Nikola-Lenivets: un village russe devenu royaume des fantasmagories artistiques

Erwann Pensec
Lorsque l’été touche à sa fin et que la tourbillonnante vie moscovite se fait oppressante, il n’y a rien de tel qu’une escapade dans les vastes étendues naturelles de la province russe pour se ressourcer. À cet égard, le parc artistique de Nikola-Lenivets s’impose comme une destination idéale, puisqu’il offre un cadre onirique, dans lequel s’apprête à vous plonger Russia Beyond.

À 211 kilomètres au sud-ouest de Moscou, dans la région de Kalouga, s’étend le plus grand parc artistique d’Europe. L’atteindre n’est cependant pas chose aisée, perdu au beau milieu de la campagne, en transports en commun, il n’est accessible qu’en gagnant Kalouga par le train puis en réservant un taxi pour parcourir les 70 kilomètres restants. Le moyen le plus efficace de s’y rendre est donc au volant de sa propre voiture (pour savoir comment en louer une facilement, suivez ce lien). C’est d’ailleurs cette deuxième option que nous avons privilégiée pour ce week-end loin du capharnaüm urbain.

La route menant à ce parc de 650 hectares est, une fois l’autoroute quittée, loin d’être de tout repos, se faisant au gré de nombreux culs-de-poule. Elle offre néanmoins de pittoresques vues sur de petits villages russes parsemés de datchas colorées aux chambranles cisaillées comme de la dentelle.

Ainsi, après avoir longé durant près de 4 heures izbas et forêts verdoyantes, c’est sous un Soleil des plus radieux que nous avons fait notre arrivée sur le territoire du village de Nikola-Lenivets, qui, depuis l’an 2000, apparaît comme un avant-poste artistique en pleine cambrousse russe.

Ce projet est l’initiative du peintre et sculpteur Nikolaï Polisski, qui, main dans la main avec les locaux, a également fondé en ces lieux le festival de land art Arkhstoïanié, ayant depuis sa création, en 2006, accueilli plus de 150 artistes et vu naître plus de 100 œuvres, dont certaines sont établies ici de manière permanente.

Si de multiples logements, tous plus originaux les uns que les autres, sont proposés aux visiteurs, c’est pour une tente des plus traditionnelles que nous avons opté (500 roubles – 6 euros par emplacement).

Après un pique-nique bien apprécié au bord d’un étang, nous nous sommes alors lancés à la découverte des environs. L’exploration de ce gigantesque parc se mène à l’instinct, à travers champs et forêts, au hasard des sentiers.

Les formes artificielles les plus diverses s’ancrent à merveille dans cet environnement dominé par les verts, les bruns ou encore les teintes dorées du foin et de l’herbe réchauffés par l’astre solaire.

Les œuvres monumentales dépassant parfois la cime des plus hauts arbres offrent, à leur sommet, un panorama enchanteur sur les alentours, partie intégrante du parc national de l'Ougra, désigné réserve mondiale de la biosphère par l’Unesco.

L’omniprésence de la nature procure à ces objets d’art un caractère surréel enivrant, mettant en marche les plus profonds mécanismes de notre imagination.

Cette cabane ne pourrait-elle d’ailleurs pas soudainement céder sa place à celle de la sorcière Baba Yaga, incontournable personnage des contes russes dont la demeure au milieu des bois s’avère perchée en haut d’immenses pattes de poule ?

En suivant les chemins de terre ou de bois (et en se faisant dévorer par de voraces moustiques), il est ainsi donné d’admirer des constructions brillamment baptisées « Taureau doré », « Portes blanches », « Beaubourg », « Le phare », ou encore « Raison universelle ».

À l’image de l’« Oreille de Nikola », ces œuvres apparaissent telles des portes vers un monde surnaturel, où ces colosses de bois, de métal et de pierre sont les sujets des plus fantasques interprétations. 

Du haut de sa colline, sur les berges de la rivière Ougra, le village de Nikola-Lenivets, au cœur du parc, semble s’être entièrement consacré à l’art. Aux abords de l’église de la Trinité, toute de briques rouges vêtue, figure par exemple un atelier de sculpture peuplé de rennes, d’araignées et de chars en bois.

Un restaurant, dont les murs semblent recouverts d’écailles de bois, s’y trouve également, alimenté par un abondant potager et inondé en cette heure tardive par la lumière ocre du coucher de soleil.

Alors que nous rebroussons chemin vers notre campement, le brouillard se lève, donnant aux dernières lueurs du jour une tournure poétique.

Quelques poignées d’enthousiastes profitent encore des environs, chevauchant leurs vélos, s’amusant sur des ballots de paille, ou dégustant çà et là des chachliks grillés au barbecue.

Certains se contentent aussi de contempler l’horizon semblant en proie aux flammes, depuis les rives de l’étang, elles-mêmes ornées d’œuvres surprenantes.

La convivialité règne à la cafétéria en plein air du camping. Qui plus est, les plats servis y sont irréprochables, la soupe courge-noix de coco, les falafels et le poiré commandés nous ayant régalés. Le matin suivant, c’est d’ailleurs ici que nous prendrons des forces grâce à d’onctueux et savoureux syrnikis. Après une douche bien appréciée dans des bâtisses de bois, l’heure est ensuite venue de nous réfugier dans nos tentes pour une partie nocturne de Scrabble russe, à laquelle succèdera une nuit, il faut bien l'avouer, des plus fraîches.

Le lendemain, avant de reprendre la route et après notre collation, nous sommes partis à l'assaut de deux des plus imposantes œuvres du parc, se dressant fièrement sous un ciel toujours aussi bleu et dans un cadre toujours plus idyllique.

C’est ainsi la tête débordante d’inspiration que nous avons, quelques heures plus tard, retrouvé la capitale russe, sans oublier, comme le veut la tradition des citadins se rendant à la datcha, de marquer une halte en bord d’autoroute pour déguster d’exquis donuts.

Si le temps vous manque pour effectuer une telle excursion, pourquoi ne pas privilégier le domaine de Kolomenskoïé, en banlieue moscovite, que nous vous présentons dans cet autre article.

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