LADATRIP ÉPISODE 4: La Russie en Lada par deux Français – République de Khakassie – Tobolsk

Après une semaine passée à rouler de par les steppes sauvages du Touva et les pistes montagneuses et boisées de la Khakassie, nos deux aventuriers Arthur et Alexandre Boulenger ont cette fois opté pour une étape plus urbaine, alors même qu’ils approchent de l’Oural, frontière naturelle entre Russie asiatique et européenne. Attachez vos ceintures !

À la fin du dernier épisode, les deux Essonniens Arthur et Alexandre Boulenger, en pleine traversée de l’immense Russie au volant de leur Lada Niva, légendaire 4x4 soviétique, nous avaient laissés sur les chemins accidentés de Khakassie, république sibérienne connue pour ses paysages semblables aux Alpes suisses.

L'hospitalité russe, une légende?

Confronté aux pistes rocheuses inégales, aux rivières et aux autres obstacles du terrain khakasse, le véhicule de nos aventuriers a toutefois montré quelques signes de faiblesse, exprimés par un bruit inquiétant et de forts tremblements.

Après avoir fait leur entrée dans la région de Kemerovo, ils se sont par conséquent arrêtés dans la petite ville de Mejdouretchensk qui, comme son nom l’indique, se situe entre deux rivières, la Tom et l’Oussa. Cette halte, improvisée dans l’optique d’y trouver un garage, a cependant rapidement tourné en leur faveur, puisque le propriétaire de ce dernier, nommé Evgueni, leur a jovialement proposé de passer la nuit chez lui, ne pouvant effectuer les réparations nécessaires le jour-même.

Sa famille étant partie dans leur datcha de Sotchi, Evgueni a ainsi convié Arthur et Alexandre, ainsi que l’un de ses amis, à profiter de celle dont il dispose en dehors de la ville.

« On se retrouve chez lui, à la datcha, magnifique, au bord d’une rivière, il prépare le bania [sauna russe], on passe une excellente soirée, on rigole, ils nous posent plein de questions, ils étaient super ouverts d’esprit », relatent les frères, ajoutant que dans ses jeunes années, il y a une décennie de cela, ce garagiste d’origine kazakhe allait régulièrement acheter des voitures japonaises à Vladivostok pour les ramener ensuite par la route jusqu’à Mejdouretchensk ou Novossibirsk afin de les revendre, ce qui, naturellement, a participé à créer une certaine connexion entre lui et les deux Français.

Après une soirée rythmée au gré des allers-retours entre le bania et la rivière, dans laquelle ils n’ont pas hésité à se baigner, ainsi que des sessions de flagellation à l’aide de branches de bouleau, rituel incontournable aux vertus indiscutables, les frères ont été invités à prendre un savoureux et copieux petit-déjeuner au sein du café tenu par l’ami d’Evgueni.

La chaleureuse capitale de Sibérie

C’est ensuite sur Novossibirsk que les deux baroudeurs ont mis le cap, au volant de leur Lada toujours aussi bruyante, Evgueni n’étant pas parvenu à régler le problème et leur ayant conseillé de s’adresser directement à la filiale AvtoVAZ, constructeur des Lada, située dans leur prochaine ville-étape. Recommandation qu’ils ont respectée à leur arrivée, le soir venu.

Puis, c’est chez Ioulia, une utilisatrice de Couchsurfing, site d’hébergement gratuit, souhaitant d’ailleurs être appelée Julia pour se démarquer des hordes d’homonymes peuplant le pays, que nos deux compères ont temporairement élu domicile.

Cette étudiante en médecine s’est elle aussi révélée être une hôte des plus accueillantes, faisant visiter la ville, la troisième de Russie, à Arthur et Alexandre en compagnie de ses amis. Ils ont ainsi pu découvrir Akademgorodok, technoparc scientifique majeur du pays, surnommé la « Silicon Taïga » et dominé par un immeuble aux formes futuristes, rappelant à Alexandre le siège de CCTV à Pékin.

Si l’histoire de la cité les a fortement intéressés, ils en ont également apprécié les bars et restaurants. Alexandre a d’ailleurs pu présenter la succulente cuisine géorgienne à son frère. Au menu : khatchapouri, khinkali ou encore khartcho, de quoi faire saliver n’importe quelles papilles !

Khinkali à gauche et khatchapouri à droite, à s'en lécher les babines, n'est-ce-pas?

Ce séjour à Novossibirsk s’est étalé sur deux journées et trois nuits, une pause citadine rompant avec les périples sauvages qu’ils avaient principalement connus jusque-là.

« C’est un peu un changement de rythme par rapport aux semaines précédentes surtout car on est loin des grands espaces de la Khakassie, du Touva, et de l’Altaï. On a clairement compris que tout ça c’était derrière nous. C’était désiré, on voulait un peu de changement, passer un peu de temps en ville, nous reposer aussi après Touva, après toutes les nuits sous la tente en Khakassie, après Mejdouretchensk », confient-ils à Russia Beyond, précisant que privilégier le temps passé ici plutôt qu’à Moscou était un choix stratégique, la capitale russe étant une destination plus simple d’accès depuis l’Europe pour un éventuel second voyage dans le pays.

Souhaitant assister à un ballet, les frères ont cependant trouvé portes closes au Théâtre académique, le plus grand de la nation. Si les représentations ne reprendront en effet qu’à la mi-septembre, ils ont néanmoins pu contempler les environs de la place Lénine et tout particulièrement la petite chapelle Saint-Nicolas, présentée comme le centre géographique de Russie.

Émerveillement en terre d’exil

C’est sur les routes qu’ils ont passé leur journée du samedi 11 août, à bord de leur chère et tendre Lada Niva, passée entre les mains des experts d’AvtoVAZ.

« Ce qui est assez fascinant avec la Niva c’est qu’on est convaincus de la durabilité du moteur, du châssis, de toutes les pièces principales, mais on voit qu’elle tombe un peu en miettes au niveau des éléments secondaires. Des fois t’as les essuie-glaces qui commencent à se bloquer, la poignée d’inclinaison du siège qui te reste dans la main, alors que la voiture est toute neuve, elle a trois semaines », s’amusent-ils, laissant entendre que, lors de l’élaboration de ce tout-terrain, l’accent a été mis sur sa robustesse générale et non sur les détails.

Après une nuit passée en coup de vent à Omsk, Arthur et Alexandre se sont mis en direction de Tobolsk, un détour qu’ils ne regrettent aucunement.

« On a été très agréablement surpris, c’est peut-être la première ville qu’on trouve superbe en elle-même, en tous cas la vieille ville. On a trouvé ça super. On a vu qu’elle a été fondée au XVIe siècle, qu’il y a pas mal d’histoire, avec divers prisonniers qui y sont passés, comme Dostoïevski, les Romanov. Le kremlin est grandiose, la cathédrale Sainte-Sophie aussi », se réjouissent-ils, soulignant la propreté des lieux, la sérénité y régnant, même chez les conducteurs, forcés de rouler à 40km/h maximum.

Il faut dire que leur arrivée dans cette cité s’est voulue magistrale : agréable chaleur, splendide coucher de soleil sur l’horizon. Même les paysages semblent s’être parés de leurs plus beaux atours pour les accueillir. En effet, déçus d’avoir principalement longé des champs depuis Novossibirsk, les deux explorateurs ont, à l’approche de Tobolsk, eu l’appréciable surprise de se retrouver à nouveau au milieu d’une taïga dense et vallonnée, où s’affrontent conifères et bouleaux.

Le kremlin, surplombant élégamment la rivière Irtych depuis ses hauteurs, offre par ailleurs une vue imprenable sur la ville, qui comprend en outre un quartier tatar. Arthur et Alexandre ont en effet exprimé leur étonnement après avoir constaté que résidait ici une forte minorité tatare, pensant que leur population était concentrée dans la région de la Volga.

Ils ont également été surpris de voir que les auberges de jeunesse locales étaient prises d’assaut par des ouvriers semble-t-il venus de loin et avec lesquels la proximité a été comparable à celle que connaissent les matelots embarqués dans leurs sous-marins.

Une promiscuité qui, malgré la gentillesse de ces camarades de chambre, leur a fait regretter leur pourtant modeste tente. Ainsi, le lendemain midi, lors de leur entretien de cette semaine avec Russia Beyond, alors qu'ils étaient attablés et dégustaient différentes salades russes, les deux frères ont fait part de leur souhait de se diriger vers le monastère Notre-Dame-du-Signe d'Abalak, non loin de là, et de dresser leur camp à proximité une fois la nuit tombée.

« Alexandre a eu un entrainement spécial de défense contre les ours », plaisante Arthur, interrogé sur leurs craintes face à une potentielle attaque d’imposants quadrupèdes durant leur sommeil en plein air.

« En fait, ce qui change tout, c’est qu’on peut mettre la nourriture dans la voiture, du coup on s’est pas trop posé la question. C’est juste qu’on fait bien attention à ne rien laisser trainer. On met tout dans la voiture, on la ferme et on se met dans la tente, poursuit Alexandre. À mon avis il n’y a aucun problème en Russie l’été car ils ont suffisamment de nourriture et ils n’ont aucune raison de s’attaquer à toi. Ce ne sont pas des prédateurs vis-à-vis des humains, ils vont simplement chercher à se défendre s’ils se sentent attaqués. Il faudrait vraiment ne pas avoir de chance et se retrouver face à des oursons. Mais ce qu’il faut faire c’est poser la tente et faire du bruit, mettre un peu de musique, comme ça les ours savent qu’on est là et ils ne se font pas surprendre ».

À découvrir prochainement

Après Tobolsk, le duo se mettra en route pour Ekaterinbourg, capitale de l’Oural, où il compte bien regagner les espaces sauvages, dans les profondeurs des nombreux parcs naturels voisins.

« On est motivés pour le reste du voyage. On a découvert qu’il reste encore plein de belles choses à voir, assurent-ils. On s’en inquiétait un peu car depuis deux semaines on a passé tout notre temps en Sibérie, de Tchita jusqu’à maintenant, et on avait un peu peur que ce ne soit pas aussi dépaysant par la suite, que ce soit juste une série de villes les unes éloignées des autres et se ressemblant un peu. Mais on a commencé à faire des recherches sur ce qui va venir et on est super enthousiastes, notamment au Tatarstan. J’ai l’impression qu’on se fait surprendre à chaque étape. Avant le Touva on ne s’attendait pas à ça, pareil ici. Ce sont de belles surprises ».

Armez-vous donc de patience en attendant le prochain épisode de Ladatrip, qui promet d’être toujours aussi passionnant et parsemé de découvertes en tout genre ! Pour vous aider à survivre jusque-là, n’hésitez pas à suivre leurs aventures sur Facebook et Instagram !

Pour retrouver l’épisode précédent, principalement consacré à la mystérieuse République du Touva, suivez ce lien !

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