Qui est Vitalik Buterin, plus jeune crypto-milliardaire au monde?

Steve Jennings/Getty Images/TechCrunch (CC BY 2.0)
En mai 2021, Forbes a désigné le fondateur de la blockchain Ethereum, Vitali Buterin, comme le plus jeune crypto-milliardaire du monde. Voici comment il a rencontré le succès et à quoi il consacre sa fortune.

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Un jeune homme mince en t-shirt blanc est assis un micro dans les mains dans une salle de conférence du parc technologique de Skolkovo, en périphérie de Moscou. Plusieurs centaines de personnes l'observent, tous ses gestes et expressions faciales semblent trahir une certaine gêne.

« Nous voulons comprendre comment de tels projets de 36 milliards de dollars sont soudainement créés, d'où vient tout cela ? Je suppose que tout se passe dans l'enfance. Tu as terminé le jardin d'enfants et tu es arrivé au Canada, comment t’y es-tu retrouvé ? », demande l'animateur.

« Je suis venu avec maman et papa, en avion, je crois que c'était un avion de la compagnie Lufthansa », répond-il.

« Que s'est-il passé ? », n’en démord pas le présentateur.

« Eh bien... le vol a duré 10-12 heures, je pense que tout a été bien, parfait », esquive le jeune homme le fond de la question.

Il s’agit ici d’un extrait d'une conversation de 2017 avec Vitalik Buterin, 27 ans, l'un des créateurs de la deuxième crypto-monnaie la plus populaire au monde et du système de blockchain Ethereum. En 2017 – la vidéo le montre – il était âgé de 23 ans. Quatre ans après, Forbes l'a élu plus jeune crypto-milliardaire de la planète. Cependant, cela n'a pas été aussi facile qu’il pourrait y paraître.

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Enfance et 400 articles sur la blockchain

Vitali (Vitalik est le diminutif de Vitali, mais c’est précisément ainsi que Buterin est le plus connu) est né en 1994 dans la petite et pittoresque cité de Kolomna, à 100 km de Moscou, et a déménagé avec ses parents au Canada lorsqu'il avait six ans. Enfant, à la demande de ces derniers, il a pris des leçons de piano et est allé skier une fois – mais il n'a pas trouvé ces activités à son goût. Buterin s'est alors intéressé à la programmation et, dès l'âge de dix ans, il créait déjà ses propres petits jeux.

« J'ai commencé à coder à l'âge de cinq ou six ans. Mais, bien sûr, je m'y suis mis sérieusement à l'âge de dix-douze ans. Au début, je faisais toutes sortes de jeux. J'avais un vieil ordinateur Windows 95 et un livre sur la façon de programmer en C++ avec Allegro [...]. Tout est parti de là », a-t-il déclaré dans une interview accordée à Xakep.ru.

À l'école, Buterin s’efforçait de ne recevoir que les plus hautes notes. Il se souvient lui-même qu'il était obsédé par les études.

« Quand j'étais en cinquième ou sixième année [à 11-12 ans donc ndlr], je me souviens que beaucoup de gens parlaient de moi comme si j'étais un génie des mathématiques. Et il y a eu tellement de moments où j'ai réalisé que je ne pouvais pas être comme une personne normale et avoir une moyenne de 75% comme tout le monde », se souvient Buterin dans une interview accordée à Wired.

Vitalik a découvert le Bitcoin en 2011 grâce à son père, Dmitri, également informaticien. À cette époque, Vitalik avait déjà participé à des olympiades d'informatique et obtenu la quatrième place à l'une d'entre elles.

« Papa m'a dit qu'il existait une monnaie si intéressante qu'aucun gouvernement ou banque centrale ne la contrôlait. Au début, je me suis dit : "Comment un tel système peut-il vivre, puisqu'il ne s'agit que de chiffres dans un ordinateur ? Quelle valeur peuvent-ils avoir ?". Trois semaines plus tard, je suis tombé sur le Bitcoin sur Internet et j'ai décidé d'explorer le sujet plus en profondeur », se souvient Vitali.

Rapidement, le jeune programmeur a commencé à rédiger des articles sur le Bitcoin et la blockchain pour des forums et des sites web thématiques. En 2011, il a cofondé le Bitcoin Magazine, dédié à ce sujet.

« J'ai écrit dans divers forums thématiques jusqu'à ce que je trouve un gars qui a commencé à me payer en Bitcoins pour mes articles sur son blog [...]. Le truc, c'est que le Bitcoin a combiné tous les intérêts que j'avais déjà – les mathématiques, l'informatique, la programmation, la cryptographie », a confié Buterin dans une interview avec la chaîne YouTube Abra, consacrée aux cryptomonnaies.

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La blockchain au lieu de l'enseignement supérieur

Buterin a ensuite, en 2013, imaginé le concept d'Ethereum, une plateforme blockchain et une crypto-monnaie du même nom. L'année précédente, il avait réussi à s'inscrire à l'université de Waterloo au Canada, mais l’avait finalement abandonnée pour travailler sur des crypto-projets.

« En 2012, j'ai abandonné l'université et j'ai voyagé dans différents endroits avec des projets de Bitcoins. Finalement, je suis arrivé en Israël. Beaucoup de personnes présentes se sont concentrées sur le concept d'utilisation de la blockchain pour d'autres choses que la monnaie. Les développeurs proposaient de créer des protocoles distincts pour chaque application de la blockchain, des types particuliers de transactions. J'ai vite compris que c'était très contraignant », a relaté Vitali à Rusbase. Il a alors eu l'idée de créer une plateforme unique avec son propre langage de programmation, de sorte que n'importe quelle application puisse être écrite à l’aide de ce dernier.

Il a écrit la stratégie du projet et l'a envoyée à 15 amis pour qu'ils la critiquent, et ceux-ci l'ont envoyée à leurs propres amis. Deux semaines plus tard, une vingtaine de personnes se sont portées volontaires pour aider Buterin dans son projet.

Pour le lancement, Vitalik a collecté de l'argent grâce au financement participatif : les gens envoyaient un Bitcoin en échange de 2 000 Ethers, la future monnaie d'Ethereum – au final, Buterin a collecté 30 000 Bitcoins, soit, au taux de change de 2013, 18,5 millions de dollars.

En 2014, il a remporté les World Technology Awards, parmi les autres nominés desquels figurait, par exemple, Mark Zuckerberg, célèbre fondateur de Facebook. La même année, Vitalik a reçu une subvention de 100 000 dollars du fondateur de PayPal, Peter Thiel.

« Ma plus grande crainte était que si je ne publiais rien, quelqu'un inventerait cela tout seul et personne ne saurait que c'est moi qui l'avais inventé en premier. Pour moi, être le premier est bien plus important que l'argent », a déclaré Buterin.

Les hauts et les bas d'Ethereum

Vitali Buterin et trois autres cofondateurs, Mihai Alisie, Anthony Di Iorio et Charles Hoskinson, ont lancé Ethereum en juillet 2015.

Ethereum est essentiellement un système unifié où les gens peuvent créer des applications et effectuer des transactions sans intermédiaire. Par exemple, il est possible de créer des portefeuilles de cryptomonnaies, de télécharger dans une base des documents qui ne disparaîtront pas et ne pourront être modifiés unilatéralement. Il permet également de créer des applications pour vendre ou acheter des actifs financiers, des jeux, ses propres réseaux sociaux, organiser des élections où les votes ne peuvent être trafiqués, etc.

Il était uniquement possible d'acheter des Ethers contre des Bitcoins – pour un bitcoin, un nouvel utilisateur recevait 2 000 Ethers. Après 42 jours d'échanges, Ethereum avait vendu pour 31 000 bitcoins d'Ethers, soit 18,4 millions de dollars, selon le site Web d'Eyerys.

« L'intérêt était réel. Ce n'était pas des gens qui se contentaient de paroles. Cela m'a donné un sentiment de fierté et de responsabilité », a déclaré Buterin à Eyerys.

Au lancement, un Ether valait 2,9 dollars ; un an plus tard, il en valait 10 à 11 ; deux ans plus tard, en 2017, il oscillait entre 160 et 271 dollars.

De grandes entreprises comme IBM, Goldman Sachs, JP Morgan et d'autres ont ainsi commencé à coopérer avec le système. En mars 2016, la capitalisation du projet a atteint 1 milliard de dollars. La même année, sur la base de la plateforme Ethereum, le programmeur Christoph Jentzsch a créé un projet blockchain nommé Decentralized Autonomous Organization (DAO), un fonds d'investissement autonome, qui a levé 150 millions de dollars.

Un hackeur a toutefois trouvé une faille dans le code source du fonds et a volé environ 44 millions de dollars sous forme d’Ethers. Le pirate n'a jamais été retrouvé et Ethereum a gelé tous les Ethers volés grâce à un rollback de la blockchain jusqu'au moment précédant le piratage – ce qui a effectivement dévalué les jetons pillés. DAO a été retirée du système, Buterin a alors réécrit le code source de la blockchain pour rendre les Ethers à l'investisseur, et a redémarré le système.

Tous les utilisateurs du système mis à jour ont reçu de « nouveaux » Ethers – des copies des anciens, mais fonctionnant avec le nouveau logiciel. Une partie des utilisateurs n'était néanmoins pas satisfaite de cette décision – selon eux, l'erreur a été commise par DAO, et non par le hacker, qui a simplement profité d'une faille dans le code source du fonds. En signe de protestation, ils ont créé leur propre cryptomonnaie, Ethereum Classic, sur l'ancienne version de la blockchain de Buterin. Cette devise existe encore aujourd'hui – son cours au moment de la rédaction de cet article était de 92 dollars.

En juin 2017, un utilisateur anonyme a en outre publié sur 4chan une information sur la mort prétendue de Buterin et sur le fait que des initiés anonymes revendaient des Ethers. Le cours de la monnaie a alors connu une forte baisse, passant de 304 à 284 dollars en une heure. Quelques heures plus tard, Buterin a publié sur son compte Twitter une photo de l'une des dernières transactions effectuées dans son système, après quoi l'Ether a retrouvé sa valeur initiale.

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Patrimoine et projets d'avenir

Pendant son temps libre, Buterin aime voyager, nager et pratiquer le tennis ainsi que le badminton.

« Je me distrais en apprenant quelque chose de nouveau ou en faisant des choses un peu bizarres, comme améliorer mon [niveau] d'allemand. Pour les choses faciles, j'aime aller me promener », a partagé Vitali.

Sur son Twitter officiel, il a publié une liste de choses qui l'intéressent.

* Cryptographie+blockchains

* Prolongation de la vie

* Nouvelle gouvernance/« social tech »

* Améliorer l'enseignement en ligne de tous types

* Construire des villes

* Réduction continue de la pauvreté dans le monde

* Espace

En 2017, Buterin a fait don de 2,4 millions de dollars à la SENS Research Foundation, une fondation de lutte contre le vieillissement.

Fin avril 2021, la Banque européenne d'investissement (BEI) a annoncé la vente d'obligations à la blockchain Ethereum pour une valeur de 100 millions d'euros. Sur fond de cette nouvelle, le prix d’un Ether est passé de 2 500 à 3 400 dollars. Vitali possédait quant à lui 333 520 Ethers, qui sont maintenant évalués à 1,09 milliard de dollars, a rapporté Forbes USA, qui l'a élu plus jeune crypto-milliardaire du monde.

Banque européenne d'investissement

Or, Buterin s'est avéré posséder une énorme quantité d'autres cryptomonnaies, ce qui peut être apprécié par sa récente activité philanthropique. Le 14 mai 2021, il a en effet fait don de 1,14 milliard de dollars à l'India COVID-Crypto Relief Fund pour lutter contre le coronavirus sous la forme de diverses devises, la plupart au travers de 50,7 trillions de Shiba Inu, écrit Forbes. Il a par ailleurs fait don d'environ 400 millions de dollars supplémentaires en cryptomonnaies à la Fondation Methuselah, une organisation développant l'ingénierie tissulaire et la médecine régénérative, ainsi qu’à Givewell, qui supervise des fondations caritatives dans le monde entier.

Selon lui, la blockchain a le potentiel pour entrer dans l'histoire, et de nombreux pays seront en mesure d'améliorer leur qualité de vie grâce à cette technologie.

« À mon avis, les cryptomonnaies sont en même temps une sorte de projet moral. Si vous ne vous souciez que de la capitalisation et de la création d'un jeton coûteux pour vous enrichir, le projet ne sera pas couronné de succès à long terme. De nombreux projets ont levé des centaines de millions de dollars auprès de fonds de capital-risque. Mais vous ne pouvez pas vraiment acheter une âme pour des centaines de millions de dollars », a raisonné Vitali dans une interview avec Inc.Russia.

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