Le samovar, tsar des tables russes

Gastronomie
MARIA AFONINA
Au cours de son histoire longue de près de 300 ans, la «bouilloire» russe est parvenue à se hisser au rang de précieux objet du quotidien, transmis de génération en génération, puis à prendre la poussière sur les étagères postsoviétiques, avant de devenir à nouveau populaire lors des veillées à la datcha. Voici donc dix faits à propos de cet ustensile iconique.

Les premiers samovars ont vu le jour dans l’Oural en 1740

Tout comme les pains d’épices russes, le samovar est considéré comme l’un des symboles de la ville de Toula (173 kilomètres au sud de Moscou), où sa production en masse a débuté à la fin du XVIIIe siècle. Cependant, la première mention de cet engin figure dans des documents datant de 1740. Il y est question d’un samovar en cuivre, produit dans l’usine ouralienne des entrepreneurs Demidov, dans la ville de Souksoun (1 221 kilomètres à l’est de Moscou).

Des pommes de pin en guise de combustible

Les premiers samovars fonctionnaient à l’aide d’un brasier. Pour chauffer l’eau, on utilisait ainsi n’importe quels matériaux combustibles : charbon, bois, mais aussi pommes de pin. En effet, contrairement au bois, ces dernières brûlent vite, mais procurent à l’eau un arome d’épine de pin. De tels dispositifs sont encore utilisés aujourd’hui, mais les pommes de pins sont ajoutées en complément du combustible principal, juste avant l’ébullition.

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Lavés avec de la brique

Le samovar éblouit de son éclat uniquement s’il est bien nettoyé. Autrefois, on utilisait pour cela des matériaux abrasifs, tels que du sable marin ou de la cendre. A même été employée de la brique concassée. Laver un samovar est une affaire exigeant beaucoup de temps, c’est pourquoi c’était une tâche effectuée principalement avant les fêtes.

Il en existe plusieurs dizaines de types

Les samovars se distinguent entre eux non seulement par la forme de leurs poignées et robinets, mais également par leur allure générale. Les moins chers et les plus communs ont une apparence de pot. Certains ressemblent à un verre à pied, à un ballon, à un vase…

D’autres ont même été imaginés en forme de canon, de munition, de pastèque, de poire, de botte de feutre, et de différents animaux. Pour la semaine de Pâques un samovar en forme d’œuf dominait en outre la table. Enfin, une autre variante populaire, plus onéreuse, consistait en un samovar rectangulaire ou cubique à pieds amovibles.

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Vente au poids

Au début du XIXe siècle, le prix du samovar dépendait de son poids et du matériau de fabrication. On les produisait initialement en cuivre, mais ils tombaient rapidement en panne après le nettoyage. C’est pourquoi les artisans sont passés au laiton, au cupronickel (alliage de cuivre et de nickel) et au tombac (alliage de cuivre et zinc).

Un poids important témoignait indirectement de la qualité du samovar : les parois épaisses durent plus longtemps, s’abiment moins facilement, et l’eau y refroidit moins vite.

Des samovars pour les égoïstes

La contenance habituelle d’un samovar est d’entre 3 et 8 litres. Les volumes moins importants se rencontrent plus rarement car ils sont plus difficiles à concevoir, et donc plus chers. Les samovars destinés à ne remplir qu’un verre sont surnommés « egoïst », tandis que ceux pour deux verres sont appelés « tet-a-tet », mots empruntés directement du français.

On sait par exemple que pour les enfants du tsar Nicolas II, en 1909 des artisans de Toula ont confectionné cinq samovars de l’équivalent d’un verre. La forme de chacun d’entre eux était unique. Ils peuvent aujourd’hui être aperçus au musée des samovars de Toula.

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Le plus imposant est prévu pour plus de 2 000 personnes

Le plus grand samovar fonctionnant peut contenir 555 litres d’eau et ainsi étancher la soif de 2 220 personnes simultanément. D’une hauteur de 2,5 mètres avec le tuyau, et de 1,72 sans, il a été créé par Alexandre Novokchonov en 2014. Il a été conçu en acier inoxydable dans la ville de Perm et figure dans le Livre des records de Russie.

Un samovar à 274 400 livres sterling

En 2004, lors de ventes aux enchères organisées par Sotheby’s, a en effet été acheté pour cette somme le samovar « Liochi », fabriqué par le légendaire joailler Pierre-Karl Fabergé entre 1899 et 1908. Il est orné d’argent, de dorures, d’éléments de fonte, de poinçons et de gravures. Grâce à cet achat, il a fait son retour en Russie.

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Des monuments en son honneur

Des monuments ont été érigés en l’honneur du samovar sur ses terres natales, dans la ville de Souksoun, dans la région de Perm, et bien entendu à Toula. Un samovar de quatre mètres en bronze avec une guirlande de boubliks (gâteaux en formes d’anneau) se trouve également dans l’ancienne ville marchande d’Elabouga (902 kilomètres à l’est de Moscou), au Tatarstan.

D’autres se trouvent également à Koungour (1 194 kilomètres à l’est de Moscou), la ville ayant au XIXe siècle été considérée comme la capitale russe du thé, et à Gorodets (376 kilomètres au nord-est de Moscou).

Un objet d’art tendance

Dès son apparition, le samovar s’est solidement ancré dans l’art russe. Il était et est encore le plus attractif des ustensiles, symbole à sa manière de l’aisance et du confort ménager. Il est immortalisé sur les toiles de nombreux peintres, et se retrouve aujourd’hui en vedette d’une multitude de photographies sur Instagram.

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