Alors que sonne le glas de l’été et que les peaux se couvrent à nouveau peu à peu de tissu, il est en Russie primordial de faire ses adieux à la nature avant qu’elle ne se plonge dans son long sommeil hivernal. À cet égard, la République de Carélie, située au nord-ouest du pays et célèbre pour ses époustouflants paysages, apparait comme le lieu idéal pour respecter ce rituel.
Après une nuit en fabuleux train-couchettes, c’est ainsi de bonne heure que nous marquons notre arrivée à Petrozavodsk, la capitale carélienne (697 kilomètres au nord de Moscou). Bordée par l’immense lac Onega, le deuxième plus vaste d’Europe, cette cité semble, de par son relief, inviter ses visiteurs à rejoindre ses quais.
Erwann Pensec
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Nos affaires déposées à l’auberge, nous gagnons donc le port, découvrant alors cette semble-t-il interminable étendue d’eau en proie aux vagues, comme le serait une véritable mer. Accosté là, nous attend un hydroptère, embarcation à l’allure des plus surprenantes. Sa destination ? Elle n’est nulle autre que la mythique île de Kiji.
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Les amarres larguées, la terre ferme disparait rapidement de notre champ de vision sur ce lac d’une largeur de 92 kilomètres et d’une longueur de 245, soit un quart de la distance séparant les extrêmes nord et sud de la France.
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S’y trouvent çà et là de petits ilots dominés par les cimes des arbres et ornés parfois de maisonnettes de bois. Les passagers, quant à eux, n’hésitent pas à sortir sur la passerelle reliant les deux salles afin d’apprécier au mieux les paysages lacustres, et ce, malgré les éclaboussures et autres agitations provoquées par la vitesse de l’embarcation.
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Après une heure et demie de navigation, apparaît enfin celui ayant motivé notre venue : le pogost (enclos paroissial) de Kiji, se tenant fièrement non loin des berges. Une fois débarqués, nous voici effectuant nos premiers pas dans ce que l’on pourrait sans affabuler qualifier de musée à ciel ouvert.
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De part et d’autre des sentiers se dressent divers édifices en bois : maisons, moulins, églises, et le pogost, splendide bien qu’en cours de rénovation.
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Nous envahit alors l’impression d’avoir été propulsés 300 ans en arrière. Ici, aucun signe de modernité : bottes de foin de toute évidence entassées à la fourche, personnages en costumes traditionnels… Rien ne semble avoir changé depuis des siècles.
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Hors du temps, l’esprit s’aventure ici aisément à imaginer ce qu’était autrefois la vie en ces lieux protégés par une telle enceinte aquatique.
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Le doux relief de l’île est parcouru par une herbe verdoyante, elle-même surplombée par des arbres au feuillage automnal. Ce dernier, traversé par les vents, semble être alors l’instrument dont joue Mère Nature pour égayer l’apaisant silence des environs.
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Si les alentours du pogost font aujourd’hui office de sanctuaire, le reste de Kiji est encore de nos jours habité. Ainsi, au gré des chemins, nous parvenons à un petit village où des pêcheurs s’apprêtent à gagner les flots, tandis que d’autres font leurs emplettes dans l’épicerie locale, elle aussi comme figée dans le temps.
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Alors que le Soleil entame d’ores et déjà sa descente et que les cieux s’alourdissent de nuages menaçants, l’heure est venue de rejoindre progressivement l’embarcadère. Au loin, nous apercevons une dernière fois la reine des lieux, cette église aux bulbes de bois que rien ne semble pouvoir perturber sur cette langue de terre immuable.
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C’est donc baignés des dernières lueurs du jour que nous atteignons les rives de Petrozavodsk et nous dirigeons vers notre point de chute avec pour seul repère cet horizon aux couleurs envoutantes.
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Le lendemain, nous rebroussons chemin en direction des quais, désirant longer le rivage. Au détour d’une église pittoresque, nos déambulations nous entrainent de manière impromptue au sein du quartier historique de la cité, constitué de quelques poignées de bâtisses en bois et aux couleurs vives.
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S’ouvre ensuite à nous la promenade léchée par les ondes de l’Onega. Temps radieux, sculptures élancées, tout incite les badauds à flâner ici des heures durant, à admirer le bleu intense des eaux.
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Il serait en ce lieu aisé de se figurer au bord de l’océan, le regard perdu à l’horizon, distrait par les mouettes et attentif aux symboles marins : voiliers et autres filets de pêche.
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Au demeurant, Petrozavodsk, fondée la même année que Saint-Pétersbourg par, comme son nom l’indique, Pierre-le-Grand, ne se démarque pas par son architecture ou sa vie trépidante. Néanmoins, cette attraction naturelle exercée par le lac justifie à elle seul le déplacement, et c’est donc pleinement satisfaits qu’après une journée d’exploration, nous regagnons notre auberge, pour quelques heures de sommeil, un autobus nous attendant avant l’aube.
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Encore à demi endormis, nous nous frayons donc un chemin à travers les ténèbres pour atteindre la gare autoroutière. Notre destination : Rouskeala, à quatre heures de route. Nous nous enfonçons ainsi dans la campagne carélienne, où règnent en maîtres sur ce territoire vallonné les forêts et les lacs. Malgré la fatigue, mes yeux ne peuvent se résigner à se fermer devant tant de beauté.
Après une matinée de trajet, achevée par deux kilomètres à pied, nous voici enfin à l’entrée du parc naturel de Rouskeala, l’un des joyaux de Carélie. Les chalets abritant boutiques de souvenirs et autres cafétérias laissent rapidement place à un spectacle saisissant : un canyon aux falaises de marbre surplombées par des arbres aux multiples coloris.
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Contemplant cette splendeur, nous faisons une halte afin de déguster sur un banc de délicieux kalitki à la pomme de terre, plat typique de cette région, mais également de la Finlande voisine, avec qui la Carélie possède de nombreux liens historiques.
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Le sentier balisé nous conduit ensuite au cœur des bois, où des gouffres béants se présentent à nos yeux émerveillés, tandis que la flore alentour se montre des plus foisonnantes.
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Nous découvrons alors l’étonnante carrière de marbre, dont les parois parfaitement lisses s’offrent telles d’abstraites peintures. C’est ici qu’ont autrefois été extraits des fragments de cette noble pierre destinés à la construction d’édifices de Saint-Pétersbourg, tels que le palais d’Hiver, les cathédrales Saint-Isaac et Notre-Dame-de-Kazan, le palais de Marbre ou encore plusieurs stations du métro.
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Au gré des grottes, des bois et des sentiers longeant le canyon, nous arrivons enfin à un atelier de sculpture sur marbre, où un artisan grave à la main d’anciennes runes nordiques aux divers pouvoirs présumés.
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Après avoir réservé un taxi, nous rejoignons en milieu d’après-midi la petite ville de Sortavala, située à une trentaine de kilomètres de là, sur les rives du Ladoga, le plus vaste lac d’Europe.
Si cette étape était absolument imprévue, c’est avec un plaisir tout particulier que nous faisons la connaissance de cette cité de 18 000 âmes. Les bâtiments historiques y sont légion, tandis que le tourisme semble permettre à cette pourtant modeste ville de jouir d’une honorable prospérité.
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Sur les conseils de notre aubergiste, nous grimpons sur les hauteurs du parc Vakkosalmi. Arpentant ses pentes boisées, nous arrivons ainsi à sa scène en plein air, avant de gravir les escaliers menant au sommet de cette imposante colline.
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De là-haut, un panorama à 360 degrés, sublimé par un astre solaire déclinant, régale nos rétines. Le lac, les forêts, la cité, tout paraît à portée de main, alors qu’une pleine sérénité s’empare de nous. Un lieu exquis, sans prétention, mais pleinement apprécié.
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La nuit recouvrant les environs de son obscur manteau, nous entamons finalement notre retour vers l’auberge. Après être venus en aide à deux adolescentes cherchant à faire descendre leur chat perché dans un bouleau, nous nous apprêtons donc à passer notre dernière nuit en Carélie, pour poursuivre notre périple en d’autres contrées.
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Le lendemain matin, une fois de plus bien avant l’aurore, nous voici par conséquent à la gare, prêts à embarquer pour de nouvelles aventures mais ravis de pouvoir, une ultime fois, admirer à travers la fenêtre du wagon les perspectives feuillues et lacustres de Carélie, dont on ne saurait se lasser malgré l’immensité de cet empire forestier.
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