Petrozavodsk, pionnier de la construction de voiliers en bois traditionnels

Le club nautique Odyssée polaire reproduit des copies exactes des voiliers conçus entre les XVIIe et XIXe siècles.

Lorsqu’on se balade le long du quai fréquenté d’Onejski, à Petrozavodsk (1 030 km au nord de Moscou et à 430 km de Saint-Pétersbourg), au-delà du port de marchandises, on peut soudainement se retrouver hors du temps : devant la jetée en bois, les vagues clapotent, les voiles se hérissent et les bouches des petits canons navals fixent tendrement les touristes perdus.

Vous êtes dans le centre nautique Odyssée polaire, le premier chantier naval privé à avoir vu le jour en URSS et où, depuis une trentaine d’années, les amateurs reproduisent des copies exactes des voiliers tels qu’ils étaient construits entre les XVIIe et XIXe siècles.

Dans les pas des anciens Pomores 

En 1978, Victor Dmitriev, ingénieur de Petrozavodsk, acheta une vedette en bois et, avec ses amis, fit la traversée de Petrozavodsk à Saint-Pétersbourg. Initialement, la vedette s’appelait Golden Hind, mais les amis rebaptisèrent leur premier bateau Odyssée polaire. Ce nom allait par la suite devenir connu sur les cinq continents.

Ils firent d’abord un voyage en mer Blanche. L’expérience de sa première traversée poussa Victor Dmitriev à s’intéresser à celle de ces prédécesseurs, les Pomores (ethnie russe dont les représentants peuplent les rives de la mer Blanche depuis la nuit des temps), qui empruntaient également cet itinéraire.

Les Pomores, ancêtres des anciens habitants de Novgorod, parvinrent à maîtriser une technique spéciale de construction de bateaux en bois, qui leur permit d’atteindre Svalbard (archipel norvégien de l’océan Arctique) avant tout le monde.

Pour Victor Dmitriev, qui avait déjà une première expérience de voile sur les eaux tumultueuses du Nord, ce voyage semblait impossible : à travers la banquise et les tempêtes, les navires des Pomores naviguaient sous des latitudes qui s’avèrent dangereuses même pour les navires modernes. Il se passionna alors pour l’idée de refaire ce voyage ! Mais comment ? Avec l’apparition des moteurs et des brise-glaces, le secret de construction des « kochs » (c’est ainsi que s’appelaient ces bateaux des Pomores) s’était perdu.

Plusieurs années durant, il étudia la culture des Pomores, recopia des croquis trouvés dans des livres anciens, consulta des spécialistes et, en 1987, un nouveau « koch », baptisé Pomore, vit le jour sur le chantier naval de Petrozavodsk. Ce fut le premier voilier privé construit sur un chantier naval privé en URSS. A bord de ce koch, Victor Dmitriev et ses amis atteignirent Svalbard en traversant la mer de Barents.

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Briser le « rideau de fer » 

Petit à petit, ce passe-temps s’est transformé en l’œuvre d’une vie. Le club nautique Odyssée polaire fut créé à Petrozdovsk et tout naturellement, Victor Dmitriev devint son président. En 1989, trois bateaux en bois virent le jour en même temps sur le chantier naval du club : Vera, Nadejda et Lioubov.

A bord de ces navires, les amateurs de Petrozavodsk se lancèrent dans une sorte de pèlerinage et atteignirent Israël pour se rendre à Jérusalem en compagnie d’un prête orthodoxe. Pour l’époque, cela revenait à briser le « rideau de fer ».

En 1991, le dynamique président du club nautique rejoignit les Etats-Unis à bord du koch Pomore. En revanche, la tentative de faire le tour du monde échoua : le voyage dût être interrompu près des îles Canaries pour des raisons bureaucratiques. Pourtant, cela n’empêcha pas un autre équipage de rejoindre l’Australie un peu plus tard.

 
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Les inévitables difficultés liées à ce type d’entreprises ne sont pas parvenues à entamer la motivation de ces passionnés. En trente ans, plus de 40 voiliers en bois virent le jour, dont des répliques exactes du célèbre bateau de Pierre 1er, un drakkar de vikings norvégiens, des strooks et des canots de Cosaques pour les films de fiction, ainsi que plusieurs frégates.

Mais la plus célèbre est sans doute la copie exacte du bateau marchand pomore Saint-Nicolas. C’est ce trois mats élégant qui, depuis 1991, participe tous les ans aux festivals nautiques européens et qui fut officiellement désigné comme le plus beau participant de la course traditionnelle Cutty Sark, qui se tient à Newcastle, en Angleterre.

Il reste à ce jour un participant fidèle à toutes les festivités de Pertozavodsk. C’est depuis le Saint-Nicolas que le fondateur de Petrozavodsk, Pierre 1er, a débarqué sur le quai de la capitale de la Carélie à l’occasion de la Journée de la ville et c’est encore à bord du Saint-Nicolas que de nombreux touristes voguent avec plaisir.

Nouveau débouchés touristiques

L’Odyssée polaire est également un établissement scolaire : les jeunes hommes de Carélie y apprennent différents métiers liés au travail du bois, les étudiants de l’école fluviale locale y apprennent la navigation sur les voiliers, les amateurs de voile y prennent leurs premiers cours de navigation sur lac.

Le club est dirigé par le fils de Victor Dmitriev, alors que son fondateur, malgré son âge qui dépasse les 70 printemps, est toujours plein d’idées et convaincu qu’un grand avenir attend la construction de navires en bois en Russie.

« Récemment, j’ai conçu un projet de bateaux-maisons – des constructions robustes, pratiquement insubmersibles, sortes de maisons flottantes autonomes dotées d’une voile et d’un moteur. Elles peuvent accueillir jusqu’à 6 personnes, se démontent facilement et se déplacent d’un endroit à un autre. Actuellement, le gouvernement de Carélie s’intéresse au projet et, s’il bénéficie de son soutien, on pourra créer un réseau de location de ces bateaux-datchas et ainsi créer un nouveau loisir pour les Russes », rêve Victor. 

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