LADATRIP ÉPISODE 5: La Russie en Lada par deux Français – Tobolsk – Moscou

Dernière ligne droite pour Arthur et Alexandre, les deux frères s’étant lancés dans une folle traversée de Russie à bord de leur Lada Niva. Alors que dans le dernier épisode ils arpentaient encore les routes de Sibérie, cette semaine, ils ont franchi l’Oural et gagné la capitale russe. Retour sur cette fin d’aventure riche en découvertes et en rencontres!

Après avoir grandement apprécié la cité de Tobolsk, c’est en direction de Tioumen que s’est dirigé notre duo. En chemin, ils ont marqué une halte au monastère pour hommes de Notre-Dame-du-Signe d'Abalak qui, du haut de son imposante colline, dispose d’un « emplacement exceptionnel » sur la berge de la rivière Irtych.

Désireux de trouver un emplacement pour dresser leur camp, ils ont ensuite rapidement abandonné cette idée face aux hordes de moustiques faisant la loi dans les campagnes russes à cette époque de l’année. C’est ainsi dans une auberge de jeunesse de Tioumen qu’ils ont passé la nuit, avant de repartir au petit matin.

Mission sauvetage et Goulag

Ayant bien conscience que la fin de leur périple, dans la partie occidentale du pays, se déroulerait avant tout en milieu urbain, Alexandre et Arthur ont alors décidé de profiter de leur passage dans l’Oural, chaîne de montagnes faisant office de frontière naturelle entre Russie asiatique et européenne, pour s’immerger une dernière fois dans la nature sauvage.

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C’est ainsi au bord d’une falaise, dans un cadre boisé enchanteur, qu’ils ont pu apprécier leur soirée en tête-à-tête avec l’horizon. Malgré de médiocres conditions météorologiques, ils évoquent cet endroit comme l’un de leurs plus beaux lieux de campement depuis le début de cette épopée.

Bien que naturel, ce parc national abrite par ailleurs de nombreuses datchas, où les amateurs d’air pur et de verdure viennent se ressourcer. Or, en rebroussant chemin le lendemain, les frères ont été approchés par une septuagénaire occupant l’une d’elle et semblant en proie à la panique. Elle leur a en effet expliqué avoir été piquée par une tique, insecte redouté en Russie car à l’origine de diverses maladies, et nécessiter un transfert à l’hôpital. Sans la moindre hésitation, les deux aventuriers l’ont alors conduite jusqu’à la clinique voisine, à 10 minutes de là. Un geste pour lequel cette femme, qui, malgré son âge, s’est efforcée de parler anglais pendant le trajet, a témoigné une incommensurable reconnaissance.

Après avoir franchi l’Oural, Arthur et Alexandre se sont arrêtés au camp de travail forcé Perm-36, ancien site du Goulag. Durant la visite guidée de ce lieu de mémoire, ils ont eu l’occasion d’en apprendre plus sur le labeur effectué par les détenus et les conditions de vie de ces derniers. Bien qu’ils regrettent un manque d’authenticité en raison de la reconstruction complète du site, qui suit d’ailleurs encore son cours, ils se sont montrés particulièrement intéressés par le sujet, évoquant par exemple le régime strict de visites des proches ou encore la détention de Soljenitsyne dans un établissement de ce type.

Plus tard, dans la ville de Perm, ils ont tout d’abord poussé la porte du Two Look, un bar chaleureux dont les murs sont recouverts de reliques soviétiques et étrangères, parmi lesquelles ils ont notamment aperçu une pochette d’album de Serge Gainsbourg. Ils ont ensuite été accueillis par leur hôte du jour, Alex, un jeune homme vivant avec sa grand-mère dans un petit appartement. Celui-ci s’est avéré être aussi un baroudeur, puisqu’il compte à son actif un tour d’Europe en autostop avec seulement 300 euros en poche.

Ensemble, ils ont passé la soirée dans un bar de rockeurs, où un habitué défiait à tour de rôle quiconque le souhaitait dans d’impitoyables bras de fer. Les deux Français y sont rapidement devenus le centre d’attention, recevant d’innombrables boissons de la part des locaux. Inutile de dire que le copieux petit-déjeuner, préparé par la babouchka d’Alex le jour suivant, a été on ne peut plus apprécié.

Détour par les terres de Kalachnikov

Peu après, les deux Essonniens sont remontés à bord de leur 4x4 soviétique, direction Ijevsk, capitale de la République d’Oudmourtie, à 270 kilomètres de là.

« On était curieux de découvrir la culture oudmourte, ça nous intéressait. Et mine de rien c’est une des seules villes où on a trouvé une cohérence dans la planification urbaine, car elle s’articule autour de l’étang et de deux monuments centraux : une cathédrale et le monument aux morts », confient-ils à Russia Beyond.

L’hôte des frères ne pouvant les rejoindre directement, elle leur a conseillé de se rendre chez l’un de ses amis. Une rencontre improvisée et haute en couleur, à laquelle ils ne s’attendaient pas le moins du monde.

« Finalement on se retrouve chez un mec qui est passionné de thé chinois, qui a un appartement entièrement dédié à ça, sur un mur il a toutes les étiquettes des thés qu’il a bus dans sa vie », décrit Alexandre.

Sont ensuite progressivement arrivés d’autres invités, dont des professeurs de yoga ou encore une jeune fille se lançant dans un atelier de calligraphie. Entre deux dégustations de thé et performances musicales, au cours desquelles Alexandre a pu échanger quelques mots de chinois, les deux frères ont également obtenu le contact d’une habitante de Kazan, présentée comme potentiellement ravie de les héberger et d’échanger avec eux en espagnol.

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Ijevsk est cependant avant tout connue pour être le centre de la production du groupe Kalachnikov, et le musée lui étant dédié s’impose donc comme un incontournable des environs. Arthur et Alexandre y ont ainsi assisté à une visite guidée, menée par une employée parlant français et dont la voix suave et douce contrastait fortement avec le thème abordé. Cerise sur le gâteau, ils ont eu le plaisir de tirer quelques balles avec une arme de production locale.

Par la suite, ils se sont sustentés dans un magnifique centre culturel bâti en rondins de bois, où ils ont pu se familiariser avec la gastronomie locale, reflet du lien unissant les Oudmourtes à la nature, notamment de par l’omniprésence de champignons.

Logés chez un couple de femmes, elles aussi grandes voyageuses, les deux explorateurs ont une fois de plus pu ressentir la légendaire hospitalité russe, leurs hôtes s’assurant de leur confort maximal.

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Tombés sous le charme tatar

Le lendemain, c’est à Kazan, capitale du Tatarstan, que les frères ont débarqué. Comme prévu, ils y ont été accueillis à bras ouverts par Anastasia. Accompagnée de son mari, elle les a emmenés diner dans un restaurant traditionnel situé dans le quartier historique tatar. Serveuses voilées, menu exempt d’alcool, l’immersion y a été totale. Ils ont ensuite pris la direction du KultBar, où ils ont pu apprécier une chicha ainsi qu’un thé, servis par un personnel aux petits soins.

Le jour suivant, leur a été présenté le resplendissant centre-ville. Arthur et Alexandre se sont d’ailleurs dit en admiration devant le kremlin, sa gigantesque mosquée, ainsi que le ministère tatar de l’Agriculture. Malgré leur récente construction (2005 et 2010 respectivement), ces deux grandioses édifices semblent avoir en effet traversé des siècles d’histoire. Au cours de la journée, ils ont également pu expérimenter la cuisine locale dans l’un des établissements de la chaîne de fastfood tatare Toubeteï.

« C’est marrant cette cohabitation des cultures. Je ne sais pas si le parallèle est juste, mais ça m’a fait penser à Grenade, à l’époque où les musulmans étaient présents et où il y avait une véritable cohabitation entre les chrétiens et eux. Durant les siècles que ça a duré, il n’y a pas eu de guerre, pas de conflit, et c’est ce qui se passe ici. J’ai été tellement surpris par ça en Russie, je n’avais aucune idée de ce mélange », assure Alexandre, louant par ailleurs l’infrastructure touristique de la ville, soulignant par exemple la présence de signalisation trilingue tatar-russe-anglais.

Le dimanche 19 août, ils sont partis en excursion sur l’île de Sviajsk, au beau milieu de la Volga. Pouvant se targuer de posséder une riche histoire, puisque centrale dans l’épisode de la prise de Kazan ayant opposé Russes et Tatars au XVIe siècle, elle a cependant paru malheureusement un peu trop muséifiée aux yeux des deux Français, qui s’attendaient à y voir plus de vie. Ils ont toutefois pu y contempler l’une des rares églises en bois de Russie bâtie sans le moindre clou et ayant survécu jusqu’ici.

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De retour à Kazan, ils ont fait une halte au bazar tatar, où ils ont pu acheter des lepiochkas fraîches (petits pains typiques des peuples d’Asie centrale), des épices, et des kourout (boulettes à base de lait caillé salé, que l’on retrouve chez les peuples turcs). L’ambiance y régnant a d’ailleurs fait ressurgir dans l’esprit d’Alexandre des souvenirs du Kirghizstan.

C’est ensuite un tout autre univers qu’ils ont découvert au sein du Musée du quotidien soviétique, renfermant des objets en tout genre fabriqués en URSS, allant des jouets pour enfants aux accessoires de mode et équipements sportifs.

« Il regorge de trésors, c’est super sympa car c’est très expérimental, tu peux toucher, essayer les vêtements, on s’est déguisés, c’était génial », se remémorent les deux aventuriers.

La capitale tatare leur a fait forte impression et se hisse en haut du classement de leurs villes russes préférées. Louant son environnement et sa propreté, ils précisent même avoir reçu un message d’un supporter de foot français suivant leurs aventures et s’étant rendu à Kazan durant la Coupe du Monde, qui leur a certifié qu’ils ne pourraient qu’êtres charmés par cette cité.

Terminus, tout le monde descend

Le lendemain, Alexandre et Arthur ont mis le cap sur Nijni Novgorod, au confluant de l’Oka et de la Volga. Cette ville figurait avant tout sur leur fiche de route car elle devait être le théâtre de leur rencontre avec Evgueni, ange gardien de cette traversée du pays leur ayant permis d’acquérir la Lada Niva.

Après avoir passé la nuit dans un magnifique bâtiment au bord du fleuve, ils ont assisté à une visite guidée du centre-ville, réservée par Evgueni. Les frères ont ainsi pu parcourir l’axe principal de la cité, la rue piétonne Bolchaïa Pokrovskaïa, et marcher sur les remparts du kremlin, dont ils ont apprécié l’histoire. Cette citadelle a en effet subi une trentaine d’assauts sans jamais faillir et a été le berceau de deux héros nationaux, Minine et Pojarski, qui ont libéré Moscou de l’invasion polonaise au début du XVIe siècle.

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« Pour un passionné d’histoire, de thèmes médiévaux, Nijni Novgorod est bien la ville où aller, sans aucun doute », soutiennent-ils ainsi.

Après avoir vu l’escalier Tchkalov, l’un des plus grands d’Europe, ils ont rejoint Evgueni dans un somptueux restaurant baptisé Gaucho. A alors débuté une soirée d’anthologie, au cours de laquelle leur mentor a fait preuve d’une immense générosité, mais a également su faire montre de sa considérable influence, réussissant à s’entourer d’une horde de serveurs, se faisant accueillir par la patronne de l’établissement, et son ami Andreï faisant plus tard venir spécialement pour l’occasion un expert en cocktails pour régaler les deux Français.

Si ces derniers comptaient terminer leur périple en voiture, Evgueni leur a cependant alors demandé de laisser leur Lada à Nijni afin qu’il puisse procéder à sa revente. Petite déception pour nos aventuriers, qui auraient aimé effectuer, le lendemain, une arrivée triomphale dans la capitale. Le jour suivant, Evgueni les a donc déposés et accompagnés sur le quai de la gare, où les attendait leur train.

Après un rapide trajet, Arthur et Alexandre sont ainsi enfin arrivés dans le cœur névralgique de la nation, où ils ont pu découvrir le Kremlin, la place Rouge ou encore la rue Varvarka. Au cours de cette visite, ils ont d’ailleurs noté une erreur commise par la guide ayant confondu taïga et toundra ; après un tel périple, les deux baroudeurs sont indubitablement incollables en la matière ! Contre toute attente, ils ont également reçu des messages de la part d’Evgueni, les informant de la progression de la vente aux enchères de leur véhicule, qu’ils ne pensaient pas prévue aussi rapidement. Achetée 509 000 roubles (6 439 euros), leur chère Lada Niva a ainsi finalement été cédée à 367 000 (4 643 euros).

En compagnie d’un groupe d’Allemands rencontré durant cette excursion dans le centre-ville, Alexandre a ensuite découvert le parc Gorki, l’un des lieux de promenade favoris des Moscovites. Cet écrin de verdure lui a d’ailleurs rappelé le jardin des Tuileries de Paris, de par son aménagement paysager et sa situation au bord du principal cours d’eau de l’agglomération.

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Ce jour-là, ils ont par ailleurs rencontré l’une de leurs contacts russes, qui leur a offert des sweat-shirts à l’effigie de leur voyage, sur lesquels figurent l’inscription, dans la langue de Pouchkine, « Nous avons fait une bonne virée » et le tracé de leur itinéraire sur la carte de Russie. Un précieux souvenir qu’ils portaient tous deux lors de leur rencontre finale avec Russia Beyond.

Pour le dernier jour de leur folle expédition, le duo Ladatrip a pris la direction du parc VDNKh, dans le nord-est de la capitale, où ils ont été éblouis par cette vitrine de la grandeur soviétique. Une fin de périple en beauté, puisque dès le lendemain leur avion a quitté le territoire national, clôturant la fabuleuse épopée russe des frères Boulenger, après un peu plus de 13 000 kilomètres parcourus au volant de leur Lada Niva.

Un voyage parsemé de paysages resplendissants, des rives du Baïkal aux steppes du Touva, des montagnes khakasses aux toits de Khabarovsk ; de rencontres inoubliables, de ce garagiste sibérien leur ayant ouvert la porte de sa datcha à cette étudiante de Novossibirsk leur ayant fait découvrir sa ville ; de dépaysements inattendus, des yourtes touvaines aux minarets de Kazan, en passant par les temples bouddhistes bouriates ; et bien entendu de plaisirs simples, des soirées en tente aux repas traditionnels, en passant par ce bain de boue en Sibérie. Sans oublier évidemment cette adrénaline ressentie en arpentant ces vastes espaces méconnus.

D’ailleurs, si cette traversée de Russie s’achève ici, tous deux évoquent avec enthousiasme un potentiel retour en ces terres.

« Clairement. Moi ce qui m’intéresserait c’est le Kamtchatka, le vrai Est de la Russie. Sinon, il y a le Grand Nord qui a l’air intéressant, beaucoup de découvertes, mais là ce sont des étendues immenses. J’aimerais aussi explorer plus culturellement, passer plus de temps avec les locaux dans la région de Kazan et d’Oufa », s’exclame Arthur, soutenu par Alexandre : « Et puis le Daghestan, qu’on nous a mentionné comme difficilement accessible, et un tour du Caucase, en incluant les autres pays plus au sud, ferait un beau voyage, de nouveau de plusieurs semaines ».

Pour retrouver le précédent épisode de Ladatrip, n’hésitez pas à suivre ce lien.

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