«Pourquoi vas-tu là-bas?»: témoignage d'un avocat britannique reconverti en prof d’anglais à Moscou

Elliot Emery; Legion Media
Après avoir vécu un an à Moscou et voyagé à travers la Russie, le Britannique Elliot Emery partage ce qu'il a appris et ce qu'il trouve le plus surprenant.

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« Pourquoi vas-tu là-bas ? », était la question la plus fréquemment posée à Elliot Emery avant son départ pour la Russie en janvier 2019. Il pouvait difficilement y répondre lui-même alors qu'il travaillait comme avocat spécialisé dans l'immigration dans un « village endormi du Derbyshire », au Royaume-Uni. Pourtant, il attendait patiemment une réponse à sa demande pour devenir professeur d'anglais au pays des tsars.

Il ne cessait également de se poser cette question lorsqu'il a atterri dans la neige de Moscou et a glissé sur les marches glacées menant à son nouveau logement. Et finalement, pour trouver la réponse, il a écrit un livre avec cette même interrogation en guise de titre. Nous avons demandé à Elliot de nous révéler certaines de ses raisons.

De l'histoire soviétique au métro moscovite – première confrontation avec la Russie

Elliot s'est longtemps intéressé à la Russie et en particulier à l'époque soviétique dans ses cours d'histoire à l'école. Il était également curieux de connaître l'héritage soviétique et l'impact qu'il a encore sur le peuple.

Ainsi, au lieu de se contenter de visiter le pays, il s'y est rendu et s'y est installé. « Je voulais visiter Moscou mais je n'en ai pas eu l'occasion. Et puis j'y ai vu une offre d'emploi et j'ai décidé de me lancer et de voir ce qui arriverait », confie-t-il.

Pendant quelques années avant de déménager, Elliot avait appris le russe par lui-même et avec un professeur privé. « [Après être arrivé ici], c’était incroyable d'être entouré de la langue que j'avais apprise, de voir le cyrillique partout. Le métro a été mon premier grand choc, surtout comparé à celui de Londres, qui est tout à fait ordinaire ».

La société qui l'a invité s'est occupée de beaucoup de choses, il n'y a donc pas eu de tracas, comme par exemple la recherche d'un appartement à louer. Cependant, trouver son chemin pour rentrer chez lui a été difficile au début, car tous les bâtiments semblaient identiques. « Le problème, c'est que tous les bâtiments se ressemblent. En effet, à l'époque précédant Yandex.Maps (l'équivalent russe de Google Maps), je n'ai tout simplement aucune idée de la façon dont les gens parvenaient à trouver leur chemin à travers ces jungles de béton », écrit Elliot dans son livre, rappelant que l'absurdité de la planification architecturale soviétique avait même fait l'objet d'une comédie culte en 1976 (L'ironie du sort).

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Comment la Russie l’a-t-elle changé ?

Elliot assure qu'il n'a jamais vécu de choc culturel en Russie, mais il est certain d’avoir noté quelques différences. « La première chose est que la société est plus traditionnelle ici, et une autre chose que j'ai remarquée est que les gens s'entraident beaucoup, c'est une société plus communautaire. Dans le métro, vous pouvez voir un homme qui porte la poussette d’une femme, ou d'autres qui laissent des personnes âgées s'asseoir, ou des gens qui courent vers vous pour vous rendre ce que vous avez laissé tomber de votre poche. Cela n'arrive pas en Angleterre ».

Elliot a trouvé beaucoup d'amis russes dans différents endroits du pays. De plus, il admet que la Russie lui a appris à s’adapter plus facilement aux changements, même si ceux-ci sont parfois déroutants. « C'est ce que la plupart des étrangers trouvent difficile ici – le manque de structure. En même temps, il y a beaucoup de règles en Russie, mais elles ne fonctionnent pas toujours correctement, alors vous devez simplement accepter les choses telles qu'elles sont ».

De plus, Elliot précise qu'il est devenu non seulement plus confiant, mais aussi plus extraverti, plus aventureux et prêt à faire des folies inattendues. « Les Russes sont beaucoup plus spontanés et vivent beaucoup plus dans l’instant que les Britanniques ».

Après avoir passé un an en Russie, Elliot a passé Noël chez lui en Angleterre et a établi deux listes :

Celle des choses d’Angleterre qui lui manquent quand il est en Russie :

  1. La famille
  2. Les amis
  3. Le curry (J’essaye encore de trouver de la bonne cuisine épicée en Russie)
  4. Le Sunday Roast
  5. Le mot « désolé »
  6. Parler de la météo
  7. Parler du Brexit
  8. Sourire aux inconnus
  9. Le thé avec du lait

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Et celle des choses de Russie qui lui manquent quand il est en Angleterre :

  1. Les amis et collègues
  2. La neige (La Russie en hiver est belle)
  3. Le borchtch (ou n’importe quelle soupe en fait)
  4. La nourriture géorgienne
  5. Ne pas dire « désolé » (ne pas ressentir le besoin de le dire quand quelqu’un vous bouscule est un sentiment rafraichissant et inconnu pour un Britannique)
  6. Ne pas parler de la météo
  7. Ne pas parler du Brexit
  8. Les babouchkas
  9. Le métro de Moscou
  10. Les rues nommées en l’honneur de Lénine 

Alors pourquoi est-il venu et est-il encore là ?

Elliot donne une réponse plus détaillée dans son livre, mais au-delà de son profond intérêt pour la Russie, il veut maintenant montrer à tous que ce pays n'est pas aussi sombre que dans la perception de nombreux étrangers, avec une « économie défaillante paralysée par les sanctions et un régime autoritaire qui fait brutalement taire ses critiques », contrairement à ce que certains médias occidentaux préfèrent décrire.

Pourtant, même si cette perception était correcte à 100%, « les gens sont souvent incapables de séparer un régime de son peuple et de sa culture et refusent donc de visiter un pays », écrit Elliot dans son ouvrage. Il exhorte par conséquent les gens à ne pas être dissuadés de visiter un pays, en particulier la Russie, uniquement en raison d'informations négatives.

« Au cours des douze derniers mois, j'ai eu la chance de me promener sur la place Rouge enneigée, de voir Lénine, d'admirer la belle et pittoresque nature de la Carélie et de me promener le long des remparts anciens du kremlin de Nijni Novgorod. La Russie est un pays époustouflant et captivant, doté d'une culture merveilleuse et d'un peuple généreux et hospitalier. Jusqu'à présent, je n'ai visité que la moitié occidentale et européenne du pays. Il y a beaucoup plus à voir. Donc, si je peux vous donner un dernier conseil, ce serait de mettre de côté les sombres nouvelles que vous avez pu lire et de venir visiter ce remarquable pays ».

Mais alors, quelle est la réponse à la question « Pourquoi vas-tu là-bas ? » ? Apparemment, l’une des raisons était de trouver l'amour. Elliot a rencontré une Russe, qui était volontaire pour son cours de langue, et en est tombé amoureux. Pour l'instant, le couple ne prévoit pas de quitter la Russie dans un avenir proche.

En suivant ce lien, découvrez le témoignage de Tommy, un Irlandais ayant vécu en Russie.

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