Comment les Russes ont changé ma vie: témoignage du Français Augustin

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AUGUSTIN HUOT DE SAINT-ALBIN
Dans le cadre de la rubrique «Comment les Russes ont changé ma vie», Russia Beyond confie sa plume à Augustin de Saint-Albin qui, du haut de ses 21 ans, possède une d’ores et déjà solide expérience de la Russie, et dont le quotidien est aujourd’hui intimement lié à cette vaste contrée et à ses habitants.

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Naissance et épanouissement d’une vocation

En arrivant au lycée, j’ai eu l’opportunité de commencer l’apprentissage du russe en troisième langue vivante, une occasion originale et plutôt rare en France que je n’ai pas laissée passer. Loin de regretter cette expérience, je déplore plutôt de ne pas avoir travaillé plus sérieusement. J’en ai tout de même retenu les bases et surtout un intérêt décuplé pour cette région du monde. Je suppose que l’immensité, la richesse et la diversité géographique, culturelle et historique de la Russie m’ont réellement fasciné.

Pendant mes études marquées notamment par des voyages à Saint-Pétersbourg, Moscou et une partie de l’Europe de l’Est, j’ai également commencé à réfléchir à un projet professionnel. Celui-ci me ramenait constamment vers la Russie, un pays où je m’imaginais vivre et travailler, et que je voulais découvrir et comprendre plus profondément. C’est également un pays attractif et ambitieux, en développement économique et omniprésent sur la scène internationale. Parler russe et connaitre cette région du monde peut donc être un sacré atout pour tout étudiant. La Russie a en effet tellement plus à offrir que ce qu’on peut croire en Europe occidentale, dans laquelle les clichés et préjugés datant des années 1990 ont la vie dure. Il est vrai que les compilations de vidéos russes sur YouTube n’améliorent pas non plus les choses.

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Mais pour moi, c’est là la magie de la Russie, un pays à part, qui fait voyager dans le temps. Les Porsche croisent les immuables Lada, les monuments soviétiques se dressent toujours vers le ciel mais sont désormais entourés des gratte-ciels les plus modernes. C’est véritablement le pays des extrêmes, le pays de toutes les possibilités, dans lequel on peut se perdre dans la plus grande ville d’Europe, Moscou, ou dans l’immensité de la taïga sibérienne. Partagée entre l’Europe et l’Asie, entre influence orthodoxe, bouddhiste et même musulmane, la Russie a une diversité incroyable et inspirante.

Après avoir validé ma licence, je me suis lancé plus concrètement à la découverte de ce pays. Pendant l’été 2018, j’ai visité Moscou dans tous les sens et ai pu assister au sacre mondial de l’équipe de France de football, certes pas au stade Loujniki, mais dans l’immense fanzone de la ville, où l’ambiance était tout aussi folle !

Immersion en contrées tatares

Tout juste rentré en France, me voici reparti pour un an en Russie, à Kazan, pour améliorer définitivement mon niveau encore faible dans cette langue si compliquée, et vivre enfin mon « rêve russe ».

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J’y découvre une Russie si différente de celle que j’avais pu observer à Moscou notamment, une Russie plus « authentique », dépaysante, profondément multiculturelle. Dans la République du Tatarstan cohabitent en effet depuis des siècles deux langues, le russe et le tatar, et deux religions, l’orthodoxie et l’islam. Ce mélange est vraiment spectaculaire et tranche totalement avec l’image qu’on peut avoir de la Russie en France. Vieille de plus de 1000 ans, Kazan est un joyau historique et culturel. Très dynamique, c’est l’une des principales villes étudiantes de Russie. Les étudiants étrangers et les expatriés sont nombreux et forment une communauté internationale très active. L’hospitalité et la diversité étant au cœur de la culture locale, on se sent au plus vite adopté. Vous l’aurez compris, il n’y a pas que Saint-Pétersbourg, Moscou et le lac Baïkal en Russie, ne manquez notamment pas le Tatarstan et Kazan ! 

Mes premiers mois là-bas se passent très bien, j’ai visité des endroits magnifiques et rencontré des gens du monde entier, et de plus en plus de Russes et de Tatars. Ils sont vraiment accueillants et curieux de savoir ce qui m’amène en Russie et à Kazan, et toujours prêts à rendre service. Plusieurs d’entre eux m’ont ainsi beaucoup aidé en me guidant entre les multiples bâtiments et bureaux de l’université, mais aussi pour les tâches administratives pendant mes premières semaines sur place. Ils sont souvent étonnés que je vienne étudier leur langue, et ravi de me voir progresser.

J’ai pour ma part été surpris de rencontrer des personnes aussi cultivées. La culture tatare, russe, mais aussi internationale a vraiment une importance de premier plan pour les Russes de toutes les générations. Je me les imaginais plutôt tournés vers leur propres culture et traditions mais au contraire, les habitants de Kazan, aux origines et aux influences si diverses, s’intéressent à tout et à chacun. J’ignorais par exemple que la chanson et le cinéma français étaient très populaires en Russie pendant la guerre froide, et qu’ainsi, bon nombre de Russes connaissent aussi bien Louis de Funès ou Pierre Richard que Charles Aznavour.

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Un véritable Russe en devenir

Adeptes des longues conversations sincères, les Russes m’ont aussi surpris par leur franchise, un peu rude parfois, mais finalement agréable. Récemment, alors que je discutais de politique avec l’un d’eux dans un bar, il m’a coupé au milieu du discours que je lui « récitais » et m’a dit que ce que je racontais ne l’intéressait pas, qu’il voulait savoir ce que je pensais vraiment. Je me suis senti un peu bête sur le moment, un peu vexé aussi, mais on a pu ainsi reprendre une discussion beaucoup plus honnête et profonde, sans langue de bois. Ces moments autour d’un verre sont un passage obligé pour comprendre cette fameuse « âme russe » et leur propre vision du monde actuel. Leur supposée mélancolie, leur sens de l’amitié, de l’hospitalité, leur attachement à la « Mère-Patrie », à leur culture et leurs origines sont autant d’éléments qu’il me semble important de connaître et de comprendre, et pourquoi pas d’adopter.

Leur mode de vie est aussi une source d’inspiration. J’ai déjà pris quelques-unes de leurs habitudes comme toujours retirer mes chaussures en rentrant chez moi, manger de la kacha, boire de la soupe, beaucoup de thé et un peu de vodka aussi, bien sûr ! Je suis devenu un fervent supporter de l’équipe de foot du Rubin Kazan et un grand amateur d’etchpotchmak et de tchak-tchak, des plats traditionnels tatars. J’aimerais prendre l’habitude d’aller au bania régulièrement, un excellent moyen de se détendre et l’assurance de passer un moment convivial avec ses amis. Enfin, mon rapport avec les distances a aussi largement évolué. Parcourir en train les 1 500 kilomètres me séparant de Saint-Pétersbourg ou les 4 500 kilomètres jusqu’au lac Baïkal sont des projets plus excitants que terrifiants.

Six ans après avoir commencé presque par hasard à apprendre le russe au lycée, me voici en Russie pour la troisième fois. Prêt à affronter l’hiver qui s’installe sur Kazan, à 3 500 kilomètres de Paris, il est évident que les Russes et leur beau pays ont bel et bien changé ma vie, et ce n’est qu’un début ! 

Ce témoignage vous a plu ? Découvrez dans cet autre article celui de l’Espagnol Manuel.