Un tour d’horizon de la Russie actuelle pour apaiser le dialogue

Igor Davidov
L'observatoire Franco-russe a publié son ouvrage annuel

La situation économique de la Russie, sa place géopolitique et l'état des relations franco-russes en ces années difficiles font l'objet, avec d'autres sujets « de niche », du nouvel almanach 2016 de l'observatoire franco-russe.

L'année 2015 a été particulièrement difficile pour la Russie et pour les relations internationales : une baisse de 3,7% du PIB, de la production manufacturière de 5% et du commerce extérieur, avec une forte chute des importations, en raison des sanctions réciproques et la baisse du rouble.

Le tout dans un contexte de tension internationale et de sanctions économiques réciproques qui ont évidemment eu des conséquences dommageables, d'abord sur le niveau de vie des ménages russes et ensuite sur le niveau des investissements directs étrangers qui ont sensiblement baissé.  

Mais « il n'y a pas de mal sans bien », dit un proverbe russe. Et l'économie russe n'a pas seulement souffert des sanctions occidentales.

Certains secteurs comme la chimie, le bois, l'exportation d'armements et l'alimentaire ont commencé à profiter réellement de la substitution des importations, selon les études qui soulignent toutefois que l'économie n'a pas profité autant qu'elle aurait dû de l'arrêt des importations de certains produits et de la protection de fait que lui a assuré la forte baisse du rouble en fin d'année.

D'abord en raison de l'absence de produits de substitution sur le marché russe, ou en raison de problèmes de qualité qui ont obligé les entreprises russes à continuer de payer au prix fort des importations indispensables. 

Les analyse sectorielles, nombreuses dans l'ouvrage qui est écrit en coordination avec la Chambre de Commerce franco-russe, doivent permettre aux investisseurs et professionnels concernés de commencer à se faire une idée plus précise de la situation.

Sont ainsi étudiés les perspectives de l’industrie automobile, le secteur des assurances et, bien sûr, le domaine pétrolier et gazier avec une étude sur l'état des infrastructures et les projets en cours pour l'exportation gazière.

Les infrastructures de transport, avec le souci des autorités de relever le défi du développement du routier (poids lourds et voitures légères) qui a toujours été délaissé à l'époque soviétique mais a connu un développement spectaculaire et parfois anarchique depuis la Perestroïka, la poursuite de la modernisation du rail, déjà visible, et la croissance du transport aérien et des structures aéroportuaires font l'objet d'une étude dans le contexte des sanctions.

Y est également soulignée la volonté des autorités de ne pas céder à la tentation générale de nombreux pays de favoriser des zones de concentration, en actant de fait une inégalité territoriale.

En liaison avec la préoccupation des transports, un chapitre fait très opportunément le point sur l'industrie touristique. Depuis la fin de l'ère soviétique, le tourisme des Russes vers l'étranger était privilégié.

Suite aux sanctions, à la chute du rouble, aux tensions avec la Turquie ainsi qu’au terrorisme en Égypte le secteur est en train de se reconvertir vers l'aménagement du tourisme d'accueil en Russie et la mise en valeur d'un potentiel jusqu'à présent délaissé.

Autre retournement spectaculaire, celui de la production céréalière. De pays importateur du temps de l'URSS, la Russie est devenue le cinquième exportateur de blé. D'une production de blé de 34,5 millions de tonnes de blé en l'an 2000, la production est passée à 60 millions de tonnes en 2015 et devrait être plus élevée en 2016.

Favorisée par la baisse du rouble et les mauvaises récoltes chez ses principaux concurrents, notamment l’UE, la Russie doit améliorer ses structures portuaires d'exportation et ses capacités de stockage.

Malgré les faiblesses du secteur bancaire, frappé plus que d'autres par les sanctions américaines, et les difficultés issues de l'application des mesures sur la propriété de la terre, ces modernisations semblent être en bonne voie.

Les différents auteurs en déduisent que l'économie russe se trouve à un moment décisif en termes de restructuration et de choix politique afin de poursuivre la politique de développement amorcée depuis le début de la décennie.     

La question devient dès lors politique. L'étude privilégie la politique extérieure et la place géopolitique de la Russie. Sans doute à raison, car la tension internationale actuelle explique dans une large mesure le soutien de près de 80% des Russes à leur président Vladimir Poutine, si diabolisé dans les médias occidentaux.

En matière de politique intérieure proprement dite, la satisfaction de l'électeur russe est sans doute loin d'être aussi considérable. L'analyse se focalise sur les relations russo-américaines, enjeu principal de l'année électorale à venir, bien que le partenariat économique principal lie Moscou à l'Union européenne.

Les auteurs nuancent la tentation de parler d'une nouvelle guerre froide, notamment en raison de la fin de la bipolarité qui existait du temps de l'URSS, de l'absence de conflit idéologique et d'inégalité trop importante entre les moyens des USA et ceux de la Russie.

Mais le constat n'en est pas rassurant pour autant : au contraire. Car des canaux de communication et une sorte de règle du jeu existaient entre l'URSS et les Américains. Ce n'est plus le cas et nous sommes à la merci de n'importe quel dérapage.

Il faudrait invoquer encore les instances internationales comme l'Union économique eurasiatique, le traité de Shanghai ou les Brics et bien sûr la coopération privilégiée avec la Chine à laquelle la Russie est poussée par l'ostracisme des Occidentaux.

Concernant les relations avec la France, qui souffre aussi de la politique menée contre la Russie, les auteurs du livre de l'année disent leur espoir et affirment qu’« à l'heure où les sanctions supplantent le dialogue, nous plaidons avec vigueur pour une relation bilatérale franche et apaisée faite de dialogue et de compréhension mutuelle ».

Souhaitons qu'un ouvrage comme celui-là y contribue.

Lire aussi :

Pourquoi la Russie ouvre ses gisements pétroliers aux étrangers

Le gouvernement russe passe en mode business

La France, premier investisseur étranger dans l'économie russe

 

 

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.