La détaxe donnera-t-elle un coup de pouce à l’économie russe ?

À l’un des plus grands magasins de Moscou, TsOuM.

À l’un des plus grands magasins de Moscou, TsOuM.

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Le 29 septembre, la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe a réuni à Moscou des experts du commerce de détail pour discuter des perspectives d’introduction d’un système de détaxe en Russie, ainsi que les tendances et prévisions de développement de ce marché.

Bon tax-free de Russie

À partir du 1er janvier 2017, la Russie commencera à expérimenter l’introduction par étapes d’un système de détaxe. Les touristes étrangers pourront ainsi se faire rembourser la TVA de 18% sur l’achat de produits en Russie. Cette pratique existe depuis longtemps dans la plupart des pays du monde et stimule le tourisme et le commerce.

L’expérience se fera en deux étapes : à partir du 1er janvier 2017 avec un nombre réduit de participants, c’est-à-dire quelques grands magasins seulement, et sans confirmation électronique de l’exportation des produits hors de la Fédération de Russie. A partir du 1er juillet 2017, le projet pilote sera lancé à grande échelle.

 « La Russie fait partie des dix premiers pays du monde en nombre de touristes étrangers, mais elle n’est pas présente dans le top-10 pour le montant des dépenses des touristes étrangers   », a déclaré Andreï Silantiev, partenaire chez Deloitte.

« On observe un déséquilibre : ils viennent, mais ne dépensent pas leur argent. Il est manifestement nécessaire de pousser à la consommation. Dans un contexte de chute de la demande intérieure, le tourisme pourrait stimuler le développement du commerce de détail, mais seulement si nous introduisons un système de détaxe ».

 

Etant donné que l’introduction d’un système de détaxe dans d’autres pays a mené à une hausse de la TVA globale, Silantiev estime que la Russie minimisera ses pertes de revenus. « Dans l’Union européenne, le remboursement de la TVA se fait à partir de 175€. Nous nous sommes basés sur ce chiffre, le seuil minimum sera donc de 140 euros, et le produit devra être exporté sous trois mois.

Le remboursement ne se fera pas sur tous les produits, mais il est encore trop tôt pour annoncer la liste des exceptions. Nous sommes en train de considérer (mais je ne peux pas le garantir) l’inclusion des produits d’alimentation dans la liste de produits sur lesquels la TVA pourra être remboursée (ce n’est pas le cas en Europe) ».

Moins cher qu’en Europe

Selon l’institut Rosstat, le chiffre d’affaire du commerce de détail était de 32,8 milliards d’euros en juillet 2016, ce qui, toutes choses égales par ailleurs, correspond à 95% de la même période de 2015 ; et de janvier à juillet 2016, l’indicateur était de 215,5 milliards d’euros, soit 94,4% en glissement annuel.

Comme le fait remarquer Andreï Silantiev, la baisse du pouvoir d’achat a mené à une contraction du marché russe des ventes de détail. « Selon nos prévisions, en 2017–2018, le marché renouera avec la croissance, mais les ventes de détail en Russie ne retrouveront qu’en 2018 leur niveau en dollars de 2010 ».

Les représentants des marques russes sont du même avis. « Si jusqu’à 2014, nous observions une croissance annuelle de 20%, depuis décembre 2014, nous sommes en pleine stagnation », déplore Dmitri Gourji, fondateur et présent de la société Gourji, spécialisée dans la production d’accessoires et de vêtements.

« Nous constatons une chute brutale de la demande dans les régions, à l’exception de quelques grandes villes : Rostov-sur-le-Don, Krasnodar, Nijni Novgorod. Cependant, les ventes en ligne sont en hausse ». Les experts citent également Ekaterinbourg parmi les villes potentiellement intéressantes pour le commerce.

La tendance est en revanche au maintien dans le secteur du luxe. « L’intérêt pour les produits très chers a fortement augmenté », a déclaré Anastassia Romantsova, directrice générale et de création de la marque de vêtements À la Russe.

« On pourrait appeler cela « un banquet pendant la peste  ». La classe moyenne est lessivée, mais la demande de produits de luxe augmente. Cela nous pousse à développer notre haut de gamme, car celle-ci a déjà trouvé son public ».

Les experts fondent leurs espoirs de développement du commerce de détail en Russie sur les acheteurs chinois. Anna Sibirkina, directrice du projet China Friendly, a annoncé une statistique selon laquelle le flux de touristes chinois en Russie a été multiplié par 4,3 en 5 ans, avec un rythme de croissance moyen de 43%.

Pavel Chinsky, directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe, a annoncé que selon différentes estimations, les touristes chinois avaient dépensé l’année dernière un milliard de dollars rien qu’à Moscou.

Selon Alexandre Pavlov, manager général du grand magasin TsOuM, l’un des plus grands magasins de Moscou, le plus important pour les acheteurs chinois est le prix. « Une différence de 10 à 15% avec les prix européens leur convient. Après le prix, la communication en chinois est le second élément permettant d’attirer les acheteurs chinois ».

Pour la plupart des producteurs russes, accéder au marché international est une procédure très coûteuse, qui se heurte également à des barrières administratives. Dmitri Gourji a exprimé l’espoir que le Centre russe des exportations, fondé à l’été 2015, aidera les producteurs à accéder aux marchés étrangers.

Certains des participants à la conférence sont tombés d’accord sur le fait que quelle que soit l’envie de conquérir les acheteurs français ou américains, ouvrir un show-room ou participer aux plus prestigieuses Fashion Weeks ne donne pas à une marque russe de véritable croissance des ventes auprès des acheteurs étrangers. Ceci est plutôt considéré par les producteurs comme un moyen d’augmenter le prestige de la marque auprès des acheteurs russes. 

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