Comment «Lénine» a accueilli des explorateurs occidentaux au point le moins accessible d'Antarctique

Histoire
NIKOLAÏ CHEVTCHENKO
Sa statue témoigne de la réussite de la tentative des explorateurs soviétiques de pénétrer dans l'étendue de ce continent gelé.

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En 2007, une équipe composée d'explorateurs britanniques et canadiens a atteint le pôle Sud d'inaccessibilité et a vu sur place un buste de Lénine. Il se trouve que le collectif a en réalité découvert une ancienne station soviétique enfouie sous une épaisse couche de neige.

Un refuge en milieu hostile

Il y a plusieurs décennies, le 14 décembre 1958, une expédition soviétique dirigée par l'explorateur polaire Evgueni Tolstikov a atteint le point dit d'inaccessibilité de l'Antarctique. Ce terme désigne le point du continent le plus éloigné des mers environnantes dans toutes les directions. Il s'agit du centre d'un cercle imaginaire que l'on peut tracer avec un rayon maximal possible, mais sans toucher aucune des côtes. Le point d'inaccessibilité est donc l'endroit du continent le plus éloigné de tout littoral, qui est par conséquent aussi le plus difficile à atteindre, surtout sur un continent inhabité comme l'Antarctique.

Cette expédition soviétique était la réponse de l'URSS à la station Amundsen-Scott que les États-Unis avaient construite au pôle Sud deux ans plus tôt, en 1956. Pour contrebalancer le succès des Américains en Antarctique, la troisième expédition antarctique de l'Union soviétique, composée de 18 scientifiques, est arrivée au pôle d'inaccessibilité du continent en tracteur.

Entre autres équipements, l'équipe soviétique a emporté avec elle une cabane portable préassemblée de 24 mètres carrés. Elle était équipée d'un four électrique et d'un poêle à pétrole, d'un générateur et d'une radio. Mais, plus important encore, l'équipe transportait également un buste de Lénine, que les explorateurs ont placé au sommet de la cabane qu'ils ont installée au point d'inaccessibilité.

L'expédition soviétique disposait de réserves décentes de nourriture et de carburant, mais elle est tout de même partie au bout de 12 jours, laissant derrière elle l'installation, les provisions et le buste de Lénine pour servir de refuge et d'aide à tout casse-cou qui tenterait de conquérir cet endroit difficile d'accès à l'avenir. Les Soviétiques ont également laissé une note invitant les futurs visiteurs à utiliser la cabane et les provisions.

Des décennies plus tard, le buste de Lénine deviendra un sujet d'amusement pour les rares explorateurs qui réussiront à atteindre l'endroit le plus inaccessible du continent.

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Lénine repositionné

En plus d'être l'endroit le plus éloigné de ce continent peu hospitalier, le point d'inaccessibilité de l'Antarctique se trouve également à 3 700 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cela contribue à la sévérité des conditions en ce lieu désertique : la température moyenne annuelle est de -58,2°C.

Ces conditions difficiles font que le refuge soviétique n'est que rarement fréquenté par les explorateurs. Pourtant, quelques personnes s'y sont aventurées.

En 1965 notamment, un groupe d'explorateurs américains a atteint le point d'inaccessibilité de l'Antarctique dans le cadre de l'expédition Queen Maud Land Traverse. En découvrant la cabane soviétique surmontée du buste, les Américains auraient repositionné ce dernier de manière à ce qu'il fasse face à Washington et non à Moscou.

La cabane n'a ensuite été visitée par l'homme qu'en 1967, lorsqu'une autre expédition soviétique a atteint le point d'inaccessibilité de l'Antarctique. Après cela, aucun humain n'a foulé ce sol gelé jusqu'à 40 ans plus tard.

Nouvelle expédition

Le 4 décembre 2006, l’équipe N2i d'explorateurs canadiens et britanniques, dont le Canadien Paul Landry et les Britanniques Rupert Longsdon, Rory Sweet et Henry Cookson, a tenté un nouveau voyage audacieux vers le point d'inaccessibilité de l'Antarctique, qu’ils atteindront le 19 janvier suivant.

Après avoir quitté la base scientifique russe Novolazarevskaïa et parcouru 1 700 kilomètres en snowkite, sans aucun véhicule motorisé, les explorateurs ont aperçu quelque chose dépassant de l'épaisse couche de neige.

« À une trentaine de kilomètres, nous avons repéré un point noir à l'horizon. En nous rapprochant, le point a commencé à grossir, ce qui nous a donné quelque chose à atteindre. Avant cela, je me contentais de me concentrer sur l'horizon », a déclaré Rupert Longsdon au journal britannique The Independent, peu après que l'équipe a atteint l'ancienne base soviétique située au point d'inaccessibilité.

« Une fois que nous étions à environ 200 mètres du point noir – le buste de Lénine – nous nous sommes tous arrêtés et avons enlevé nos skis. Il y a eu beaucoup d'accolades et de cris pendant que nous parcourions la dernière partie du chemin », raconte l'explorateur.

Lorsque l'équipe N2i a atteint la station soviétique, celle-ci était presque entièrement ensevelie sous la neige. Seul le buste de Lénine, que les Soviétiques avaient placé au point le plus haut de toute la structure, était visible.

À ce jour, personne ne sait si le buste est toujours observable ou s'il est désormais entièrement recouvert de neige, tout comme le reste de la cabane soviétique installée au point le moins accessible de l'Antarctique.

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