Comment d’intrépides explorateurs russes ont battu les Britanniques dans la course à l'Antarctique

Kerstin Langenberger/Global Look Press
Alors qu’Amerigo Vespucci et James Cook supposaient seulement que le continent Antarctique existait, les marins russes furent les premiers à le découvrir il y a près de 200 ans.

« Je suis sûr qu'il y a des terres là-bas, et nous avons même vu une partie de celles-ci », a écrit le capitaine britannique James Cook après avoir navigué vers l'océan Austral lors de son voyage autour du monde. Il a compris qu'il serait difficile d'atteindre le continent Antarctique en raison des conditions météo difficiles. Les Russes le savaient aussi, mais ils furent les premiers à s’y rendre.

Rivaux sur les mers

Les empires russes et britanniques étaient depuis longtemps des rivaux sur les mers. Ainsi, lorsque le célèbre commandant de la marine britannique et explorateur James Cook a formulé son hypothèse sur l’existence d'une terre méridionale, il est devenu clair que sa découverte ne serait qu'une question de temps. Pendant ce temps, les chasseurs de phoques britanniques naviguaient régulièrement dans l'océan Austral.

Les Russes ont compris que les Britanniques étaient susceptibles de découvrir ces nouvelles terres. Mais comme ils naviguaient parmi les glaces épaisses depuis l'époque médiévale, les Russes avaient un certain avantage, et ils savaient comment concevoir des navires ne craignant pas la glace et comment naviguer dans des conditions extrêmes.

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Au début du XIXe siècle, à l'époque des guerres napoléoniennes, la rivalité entre les flottes russe et britannique était à son comble. Qui serait le premier à découvrir le continent le plus méridional ? Après le premier tour du monde russe (1803-1806) mené par Ivan Krouzenchtern, les Russes étaient convaincus qu'ils pouvaient l'accomplir.

Préparation

Le 16 juillet 1819, deux navires de guerre russes - Mirny et Vostok - ont levé l’ancre à Kronstadt, arrivant à Rio de Janeiro à la mi-novembre. Le deuxième capitaine de 41 ans, Faddeï Bellinsgauzen, qui avait pris part au premier voyage autour du monde de Krouzenchtern, a été nommé à la tête de la nouvelle expédition, qui est devenue la première de Russie dans la partie la plus éloignée de l'océan Austral.

Faddeï Bellinsgauzen

Les marins étaient bien préparés, et le navire était chargé de chou fermenté et de citrons qui sont de bonnes sources de vitamine C pour aider à éviter le scorbut. Pour conserver les sources de vitamines, les marins ont profité de chaque port d'escale sur leur chemin vers le sud, échangeant de l'argent et des marchandises contre des fruits frais. Pour se tenir chaud, les marins avaient un stock de rhum considérable.

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L'équipage a pris toutes les précautions pour maintenir une bonne hygiène - tous les jours on aérait leurs vêtements, on nettoyait régulièrement les cabines et les lits, et il y avait même un banya russe à bord. En fin de compte, un seul marin est mort pendant le voyage ; le pauvre homme a succombé à ce qui a été décrit comme une « fièvre nerveuse » après avoir traversé le cercle Antarctique.

Navires de guerre russes Mirny et Vostok

Le Vostok comprenait un équipage de 117 hommes sous le commandement du capitaine Bellinsgauzen, alors que 73 marins servaient à bord du Mirny, qui était dirigé par le lieutenant Mikhaïl Lazarev, âgé de 31 ans. Ces deux navires, cependant, étaient différents. Le Mirny avait été construit par les ingénieurs navals russes et avait des caractéristiques spécialement destinées à protéger sa coque de la pression de la glace. Le Vostok avait été construit selon les conceptions britanniques et connut de nombreux problèmes ; il dut être réparé fréquemment pendant l'expédition, et sa faiblesse joua plus tard un rôle dans la découverte de l'Antarctique.

En dehors des marins, il y avait à bord un médecin, un peintre, un professeur d'astronomie et un prêtre orthodoxe. Les explorateurs avaient besoin de services religieux, et espéraient trouver des indigènes sur la terre qu'ils recherchaient afin de les convertir au christianisme. L'équipage avait aussi des fusils et des canons au cas où les indigènes seraient hostiles. En fin de compte, il n'y eut personne à convertir ou à combattre, ce qui n'a toutefois pas rendu plus facile l'expédition.

Mikhaïl Lazarev

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Découverte

De Rio, les navires mirent le cap directement sur les eaux antarctiques, où l'équipage vit de nouvelles terres - par exemple, les Terres Sandwich, qui ont été découvertes et nommées par James Cook, et qui deviendraient les îles Sandwich. Les Russes ont également découvert diverses îles, les nommant en l’honneur des membres de l'expédition.

Le 28 janvier 1820, les deux navires approchaient de la rive Antarctique. Le lieutenant Lazarev a rapporté « une couverture de glace puissante de grande hauteur s'étirant aussi loin que l'œil pouvait voir ». C'était le bouclier de glace Antarctique qui couvrait le continent nouvellement découvert. Dans le même temps, l'hiver antarctique faisait rage, et afin de se reposer et de récupérer, les marins russes ont navigué vers Port Jackson (Sydney), en Australie.

« Nos vaisseaux étaient constamment parmi les glaces. Les gens souffraient de grandes difficultés liées à la dureté des vents qui dominent ces mers, et encore plus de l'obscurité épaisse, et des neiges humides et lourdes qui sont fréquentes et abondantes ici. Le gel nous a accompagnés tout au long de notre navigation. Les montagnes de glace, certaines de plus de 400 pieds au-dessus de la mer [pieds russes, environ 120 mètres], étaient nos adversaires constants. Nous avons dû nous protéger avec les plus grandes précautions et la plus stricte vigilance. La moindre erreur aurait pu mener notre entreprise à la ruine », c'est ainsi que le capitaine Bellinsgauzen a décrit le voyage dans son rapport envoyé de Port Jackson au ministère de la marine à Saint-Pétersbourg.

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Près d'un an plus tard, en décembre 1820, les navires russes ont de nouveau traversé le cercle Antarctique, y retournant pour décrire de nouvelles terres. Un mois plus tard, cependant, l'état du Vostok empira au point qu'il était trop dangereux d’y naviguer. En janvier 1821, les navires prenaient le chemin du retour, et le 5 août 1821, ils regagnèrent Kronstadt où l'empereur Alexandre Ier les salua - un grand honneur pour l'équipage, dont les membres ont été décorés avec des médailles, des titres et d’autres honneurs. En tout, le voyage a duré 751 jours.

La prochaine fois que les Russes débarqueraient sur une rive Antarctique aurait lieu 136 ans plus tard, en 1956, lors de l'expédition soviétique en Antarctique, qui créa et construisit la première station de recherche scientifique russe sur le continent gelé. Nommée Mirny, la station honore l'un des fameux navires russes qui ont découvert le sixième continent.

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