Dix-sept mots qui définissent l’Union soviétique

Défilé sur la Place Rouge, dédié à l'anniversaire de l'Organisation des pionniers de l’Union soviétique Vladimir Lénine

Défilé sur la Place Rouge, dédié à l'anniversaire de l'Organisation des pionniers de l’Union soviétique Vladimir Lénine

D.Tchernov/Sputnik
Comment les soviets ont-ils réussi à faire partie des plus grandes puissances industrielles mondiales et à qui le devaient-ils? Pourquoi les grands appartements des gens ont été divisés en une multitude de pièces exiguës, tandis que de gigantesques bâtiments en béton ont été construits pour les institutions? Nous expliquons les phénomènes majeurs de la vie soviétique à travers des concepts et mots clefs.

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Kommounalka

Après la révolution de 1917, le nouveau gouvernement a décidé d’optimiser le système de logement. La propriété privée a été abolie, et l’entièreté de l’immobilier était gérée par l’État soviétique. Les grands appartements, en particulier ceux au centre de Moscou et Saint-Pétersbourg, ont été transformés en appartements communautaires, ou kommounalkas. Chaque famille n’y disposait, pour elle et ses affaires, que d’une chambre (et les grandes pièces ont été divisées en plusieurs pièces petites et exiguës). Tout l’espace restant était mis en commun.

Cependant, les salles de bains, toilettes et couloirs communs étaient plus qu’un simple compromis pour le manque de logements convenables pour tous les habitants du grand pays. Il était question non seulement de construire de nouveaux logements pour les travailleurs actuels, mais pour les nouveaux travailleurs également, ces hommes soviétiques mêmes, qui faisaient toujours passer les besoins communs avant leurs besoins individuels.

Les kommounalkas existent toujours et sont encore en demande aujourd’hui, car elles sont les logements les moins chers.

Goulag

Construction du canal de la mer Blanche

Les Soviets ont continuellement augmenté leur nombre de prisonniers, les utilisant comme force de travail gratuite dans les mines, pour abattre des arbres, ou pour construire des chemins de fer. La quantité de camps s’est multipliée à mesure du durcissement des mesures répressives, c’est pourquoi il a fallu les unir sous un seul système. C’est ainsi qu’apparut le « goulag », abréviation pour « Direction principale des camps » (Glavnoïe Oupravlenié Laguereï).

Pendant ses années d’existence, le système pénitentiaire des goulags a réuni près de 30 000 camps de détention. Ces derniers avaient des buts économiques et productifs divers, c’est pourquoi les conditions de traitement pouvaient y varier. Cependant, le système du goulag avait été établi de façon à ce que les prisonniers ne puissent pas se faire de contacts ni organiser leur vie, car ils ne restaient jamais au même endroit bien longtemps, étant en permanence déportés d’un camp vers un autre, « par étapes ».

Selon les statistiques du Musée d’histoire du Goulag, des années 1920 jusqu’aux années 1950, plus de 20 millions de personnes furent prisonnières des camps, pour plus d’un million de morts.

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Pionniers

Des pionniers

Les dévots communistes étaient littéralement enrôlés dès le berceau. Les enfants de 7 à 9 ans devenaient dans un premier temps de petits octobristes avant d’être faits pionniers. L’Organisation des pionniers de l’Union soviétique Vladimir Lénine acceptait les enfants de 9 à 14 ans. Ils déclaraient solennellement le serment du pionnier et devaient à compter de cet instant porter à toute heure un foulard rouge, qui était leur marque d’identification.

Le mouvement des pionniers est apparu en 1922, et pendant un certain temps ils n’acceptaient pas tout le monde, c’était une société pour l’élite qui suivait le modèle du mouvement scout. Son caractère élitiste a ensuite disparu, et l’initiation pour rejoindre leurs rangs n’était plus obligatoire. Cela devint plutôt un évènement très désiré dans la vie de chaque enfant soviétique. La récolte de ferraille, de vieux papiers et autres types de travaux d’intérêt général, la participation aux compétitions militaires sportives et avoir de bons résultats à l’école, voilà ce qui était attendu des pionniers. Leur salut était particulier : la main levée juste au-dessus de la tête démontrait que le pionnier plaçait les intérêts communs avant les siens. Au mot d’ordre « Sois prêt ! », les pionniers répondaient : « Toujours prêt ! ». À quoi ils devaient se préparer, seul le Parti le savait, mais le pionnier n’avait qu’à lui faire aveuglément confiance.

« Kopeïka »

Une « Kopeïka »

La voiture la plus populaire et répandue du parc automobile soviétique était la « VAZ 2101 » ou Lada 2101, surnommée « Kopeïka », d’après le kopeck, le centième de la monnaie du rouble. C’était la voiture soviétique la plus abordable. La « Kopeïka » a été la première voiture de beaucoup de gens, qui en sont encore nostalgiques aujourd’hui.

Les six premières voitures du modèle sont sorties de la chaîne de montage en 1970. Les concessionnaires automobiles soviétiques avaient choisi la Fiat 124 italienne comme prototype qu’ils avaient adapté aux routes et besoins locaux. Il y a eu de nombreuses versions de la « Kopeïka », comme par exemple un modèle de course, un autre pour la milice, une version allongée pour ceux qui aimaient partir à la campagne, et même une électrique !

Dissidents

Andreï Sakharov, l'inventeur soviétique de la bombe H

Les Soviétiques utilisaient le mot « dissident » du latin pour signifier « en opposition ». L’opposition soviétique, qui demandait de façon non violente au pouvoir que les lois figurant sur la Constitution soient exécutées, fut désignée ainsi à partir des années 1960. Les dissidents ont lutté pour la liberté de parole, de réunion et de circulation, pour de vraies élections, pour la libération des prisonniers politiques ainsi que pour d’autres droits de l’homme fondamentaux. Leur but n’était pas de prendre le pouvoir, ils n’avaient même pas de plan défini pour sa réforme. Si l’on considère comme dissidents ceux qui d’une façon ou d’une autre ont attiré l’attention du KGB et ont été invités à « un entretien préventif », alors ils ont été près d’un demi-million entre les années 1960 et 1980. On ne sait toujours pas aujourd’hui combien ils étaient exactement, car la majorité d’entre eux n’était pas active politiquement, et ne faisait par exemple que garder chez soi de la littérature interdite ou imprimait et faisait circuler des ouvrages clandestins alors appelés samizdats. 

Les dissidents ont été persécutés, enfermés en prison, envoyés dans des camps, en soins forcés en hôpital psychiatrique, ou on leur retirait leur citoyenneté avant de les déporter. Le mouvement s’est éteint à la fin des années 80, quand les premières démarches vers les réformes démocratiques ont débuté dans le pays.

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Samizdat

Des Moscovites achètent un samizdat

On appelait ainsi les publications de brochures, livres et enregistrements audios que les gens faisaient eux-mêmes. Le samizdat était le seul moyen de contourner la censure. Il pouvait s’agir d’un texte avant sa publication officielle (par exemple, un livre longtemps « resté sur l’étagère » des censeurs) ou la Bible, qui n’était pas interdite en elle-même, mais dont la demande dépassait de loin l’offre. Le samizdat était généralement imprimé sur du papier carbone à la machine à écrire ; et dans de rares exceptions, dans les imprimeries de l’État derrière des portes normalement closes, ce qui était dangereux, car les pages étaient comptées. Une copie d’un livre issu du samizdat pouvait passer entre les mains de centaines de personnes. Ce fut le cas du roman de Vassili Grossman Tout passe, qui a circulé entre les mains de 200 personnes (le chiffre exact est connu, car le propriétaire connaissait toutes les personnes qui l’ont eu).

Brutalisme

Le brutalisme est l’un des styles d’architecture moderne les plus controversés du XXe siècle : en Europe, par son association avec le communisme, et dans l’ensemble à cause de l’austérité de son apparence, il a progressivement été abandonné. Cependant, en Russie, des constructions brutalistes massives en béton armé sont toujours en service.

Le brutalisme a eu de nombreux fervents admirateurs en URSS. Dans les années 1950 à 1970, des bâtiments dans ce style ont été érigés dans toute l’Union. Ils étaient particulièrement pratiques en tant que bâtiments administratifs, grâce à leur structure constituée de plusieurs segments. Leur forme en bloc et leurs textures simples correspondaient parfaitement au besoin d’ériger d’immenses constructions (la période soviétique était aussi marquée par un certain goût pour le gigantisme) et ces dernières reflétaient les symboles des accomplissements scientifiques et techniques. Il suffit de voir l’institut de robotique de Saint-Pétersbourg pour comprendre.

BAM

La Magistrale Baïkal-Amour (ou BAM en russe) est la construction gigantesque la plus représentative de l’URSS. Les constructions aux infrastructures très complexes qui prenaient des années étaient célébrées idéologiquement et étaient présentées comme un nouvel exploit du système socialiste-communiste. Bien que le prix à payer pour les mener à terme était le plus souvent terrible.

La BAM détient le record absolu de cette catégorie. Construire une voie ferrée sur 4 287km à travers 11 grands cours d’eau, sur le territoire gelé et inhabité de l’Extrême-Orient a été décidé en 1932, et le Parti l’avait prévu sur un délai risible de 3 ans et demi. Le plan irréalisable a échoué, et en résultat elle ne fut achevée qu’en 1989, deux ans avant la dissolution de l’URSS. Au début, la BAM a été construite par des prisonniers qui, les dix-huit premiers mois, ont dormi à ciel ouvert et dans de rudes conditions, avec pour seule ration 400g de pain par jour. Les morts étaient remplacés à chaque nouvelle étape. La BAM a ensuite été achevée par des travailleurs en provenance de tout le pays, pour un salaire déjà plus élevé que la moyenne, sous une propagande de grande envergure. La BAM est devenue un « rêve communiste » qui n’avait d’intérêt que le rêve lui-même, car après la mise en fonctionnement de la magistrale, il se disait au début des années 2000 que personne ne l’utilisait et qu’elle n’était qu’une perte sèche pour le pays.

Léniniana

Monument à Vladimir Lénine dans la ville de Ioujno-Sakhalinsk

Le culte voué à Vladimir Lénine et son envergure en URSS était phénoménal. Dans chaque ville soviétique se trouvait une avenue, une place, une entreprise ou un kolkhoze, et bien sûr, des monuments en son honneur qui portaient son nom. En 1991, à travers toute l’URSS, on dénombrait 14 290 monuments au père des deux révolutions.

Dans le milieu de l’art, ce culte a été surnommé « Léniniana ». La « Léniniana » soviétique de la période des années 1910 à 1980 a réuni une immense quantité d’images du leader de la révolution. Rien que dans le musée Lénine se trouvent 470 tableaux le représentant. Toutes ces représentations, qu’elles soient sculptées ou peintes, étaient soumises à un canon strict, qui était déjà déjoué par les artistes à l’époque du Sots Art, un art postmoderne qui parodiait le style soviétique officiel.

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Déficit

Des Sibériens faisant la queue devant un magasin

L’économie dans l’Union soviétique, comme toutes les autres sphères de la vie, était régulée par l’État. Il définissait ce qu’il fallait produire, combien, et à quel prix avant de le distribuer dans tout le pays. Tout cela était décidé à Moscou selon un plan étatique, ce qui créait inévitablement une pénurie permanente de certains produits, même ceux de première nécessité (il arrivait par exemple qu’il n’y ait plus de papier toilette dans toute la ville). L’historienne de la période soviétique Elena Ossokina écrit : « La génération et l’aggravation du déficit étaient dans la nature même de la distribution centralisée, ce qui a créé des perturbations, des crises et des tickets de rationnement dans le commerce de façon chronique ».

Le déficit (y compris de l’information) est effectivement devenu une maladie chronique de la période soviétique, tout était strictement rationné. La situation a évolué jusqu’au point où les gens avaient beaucoup d’argent, mais ne pouvaient rien en faire. Presque tout était en pénurie dans les années 70 à 80 : les gens faisaient de longues queues pour avoir des collants, du lait concentré sucré, des chaussures, des vêtements pour enfant, ou encore du café soluble.

Cela définissait le style de vie et la mentalité des Soviétiques, qui devaient toujours profiter de la plus petite occasion, et passaient leurs jours de repos et leurs soirées libres après le travail à faire la queue. Ce phénomène de vie soviétique s’est même imposé sur le régime de transport en commun. Par exemple, il existait des trains électriques dits « de saucisses », qui faisaient des trajets organisés par l’administration urbaine pour que les habitants de la région puissent venir aux centres-villes acheter des saucisses ou d’autres produits en pénurie avant les fêtes (en particulier pour le Nouvel An).

Fartsovka

C’est un phénomène des années 1970 à 1980 qui tire sa source du déficit soviétique et du rideau de fer qui s’entrouvrait. Il s’agit de l’achat et la revente clandestins de produits étrangers en pénurie. Initialement, la grande majorité des clients des fartsovkchtchiks (ceux s’adonnant à la fartsovka) étaient des dandys soviétiques : ils étaient tombés amoureux du mode de vie américain et cherchaient des objets étrangers à une époque où les Soviétiques vivaient dans des conditions où quitter le pays était particulièrement difficile. Avec le temps le cercle des acheteurs s’est élargi, jusqu’aux écoliers qui voulaient impressionner leurs camarades. D’ailleurs, de tels produits coûtaient bien trop cher : des jeans de marque pouvaient coûter 150 roubles, ce qui équivalait à un mois de salaire moyen dans les années 1980.

En URSS, participer à la fartsovka était puni d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à 8 ans, littéralement pour un chewing-gum, un vinyle, des jeans ou des cigarettes. Pourtant, il y a avait quand même dans ceux qui la pratiquaient des gens en contact étroit avec les étrangers : des diplomates, des taxis, des guides, etc. Ce type d’activité a disparu au début des années 1990, quand l’isolation soviétique s’est achevée et que les gens ont pu à nouveau voyager à travers le monde.

« Piatiletka »

À l'usine de tracteurs de Volgograd

On appelait ainsi les plans quinquennaux de développement économique. Leur réalisation était considérée comme un objectif prioritaire pour la vie du pays. Les plans se déroulaient par exemple comme suit : construire X routes, usines, combinats, centrales hydroélectriques, augmenter l’extraction de pétrole et de charbon de 50%, etc. C’était à la fois une forme de planification et de compétition socialiste. « Que le plan quinquennal soit réalisé en quatre ans ! », était un de leurs nombreux slogans qui appelait à travailler avec acharnement. Et au début, c’était le cas ! À la fin du troisième plan quinquennal, l’URSS était passée de pays agraire à puissance industrielle.

>>> Le coût humain des plans quinquennaux soviétiques

Cependant, à partir du début des années 1950, le plan quinquennal est devenu septennal, le rythme de développement d’après-guerre avait ralenti et ne suivait plus celui qui était prévu. Néanmoins, même les plans septennaux ont raté. Au lieu des 70% prévus pour la croissance économique, ils n’obtinrent que 15%. Le plan suivant était déjà sur huit ans. En réalité, seuls les trois premiers plans quinquennaux ont été des réussites.

Tchékistes

Félix Dzerjinski

Le mot « tchékiste » vient de l’acronyme du premier organisme de défense soviétique, la commission russe extraordinaire (Vserassiskaïa tchrezvitchaïnaïa Komissia), prononcé « VéTchéKa ». Elle est constituée de bolcheviks dévoués, « des gendarmes de la révolution », qui défendaient les intérêts du Parti et luttaient contre les antirévolutionnaires. Après la création de la commission en 1917, les tchékistes ont reçu un an plus tard pour instructions de tirer à vue sur « les agents de l’ennemi, les spéculateurs, les pillards, les fauteurs de trouble, les agitateurs antirévolutionnaires, les espions allemands ».

Sous peu, ces « défenseurs idéologiques » avaient toutes les autorisations répressives et décidaient d’eux-mêmes qui était punissable, au nom de quoi et comment, le tout sans jugement. Le nombre de personnes ainsi fusillées oscillerait entre 50 000 et 140 000 selon les résultats de plusieurs chercheurs. Pendant l’existence du pouvoir soviétique, le département de sécurité étatique a changé son nom plusieurs fois (VéTchéKa puis GPU, OGPU, NKVD, NKVB, MVD, MGB et enfin KGB), mais le mot « tchékiste » est resté le terme collectif pour tous les collaborateurs de la sécurité étatique de Russie. Ceux qui travaillent maintenant pour le FSB sont encore aujourd’hui appelés ainsi.

Pérédoviks

L’Union soviétique a tenté de créer un type précis de personne, l’homme soviétique, qui supposait une collection de qualités physiques et morales. Le pérédovik (ouvrier d’avant-garde) en était certainement l’incarnation. On appelait ainsi le travailleur qui dépassait régulièrement les normes et objectifs de production. Ce sacrifice volontaire au nom de l’industrialisation dans l’URSS était beaucoup plus estimé que les conditions de travail ou la santé de l’individu, et tenait de l’héroïsme. Les pérédoviks participaient à ce qu’on appelait des compétitions socialistes : le premier à dépasser la norme pouvait recevoir en récompense un voyage au sanatorium ou était placé en haut de la liste d’attente pour un logement. On appelait ça la « loyauté à l’État soviétique ».

Ce qui était encore plus apprécié (mais qui n’était pas encouragé, car considéré comme une qualité intrinsèque du citoyen soviétique) était le travail bénévole.

Soubbotnik

Des citoyens soviétiques lors d'un soubbotnik

C’était l’une des formes de travail les plus propagandistes, pour lequel on ne percevait aucun paiement. Le soubbotnik (du mot russe « soubbota », le samedi) avait habituellement lieu ce même jour : pendant le printemps et l’automne, chaque Soviétique devait participer à l’entretien des biens publics autour de son lieu d’habitation, de son école ou de son université.

Selon l’idéologie communiste, il était impossible qu’une personne digne ne vienne pas au nettoyage collectif (comme pour la parade du Premier mai par exemple). Ceux qui n’y venaient pas étaient catégorisés comme fainéants et publiquement blâmés. Si le Parti appelait au travail, les gens devaient y aller avec enthousiasme.

Collectivisation

La collectivisation était une autre utopie soviétique, dans laquelle des millions de gens devaient travailler ensemble dans la plus grande félicité et l’acceptation pour le bien de la jeune et immense nation. À partir de 1927, la collectivisation a éliminé la propriété privée et la possession individuelle paysanne ; elle les a réunies en fermes étatiques appelées  kolkhozes. Ceux qui y travaillaient n’avaient pas de salaire et ne pouvaient compter que sur une partie de ce que le kolkhoze produisait, mais uniquement pour leurs besoins et ceux de leur famille. Les paysans fortunés (on les appelait koulaks) ont quant à eux perdu leurs biens et ont été délogés.

En 1932, on comptait plus de 200 000 kolkhozes dans tout le pays. Cette même année, le système de passeports a été introduit, mais ceux qui travaillaient dans les kolkhozes n’en recevaient pas, ce qui les empêchait de s’installer en ville. De fait, la collectivisation est devenue un nouveau servage, assujettissant des millions de gens à la terre.

Charachkas

Durant la période des répressions de masse qui a commencé avec les années 1930, des milliers de scientifiques, ingénieurs et constructeurs se sont retrouvés derrière les barreaux. Ils ont cependant été enfermés dans des détachements secrets particuliers du système des goulags, intitulés charachkas, où arrivaient les commandes étatiques pour des missions scientifiques et techniques (par exemple la bombe atomique, qui a été créée dans des charachkas non loin de Moscou). Dans ces charachkas, les conditions étaient généralement plus douces que dans les camps de travail de la taïga par l’absence de lourds travaux physiques. De plus, il était possible de « mériter » sa libération – un projet réussi réalisé en prison donnait souvent droit à une grâce et une réhabilitation complète.

En outre, atterrir en charachka était on ne peut plus simple. L’aviateur Mikhaïl Gromov se souvient : « Les arrestations avaient lieu parce que les constructeurs d’avions se dénonçaient les uns les autres, chacun faisait l’apologie de son avion et coulait les autres ». Souvent, ces brigades spéciales de condamnés étaient plus efficaces que leurs collègues en liberté, et le pouvoir l’avait compris : la volonté d’être libéré était une excellente source de motivation.

>>> Pourquoi des Russes regrettent la vie en Union soviétique?

Parmi les captifs des charachkas, l’on a compté Sergueï Korolev, « le père de l’astronautique soviétique » qui a envoyé Iouri Gagarine dans l’espace en 1961 ; Vladimir Petliakov, le constructeur du Petliakov Pe-2, le bombardier soviétique le plus massivement produit de l’histoire ; l’écrivain Alexandre Soljenitsyne, mathématicien de formation ; et de nombreuses autres personnes qui sont désormais la fierté de la science soviétique.

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