Russie, UE : de la lumière au bout du tunnel ?

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Reuters
Le dégel pourrait arriver plus vite que prévu

Ceux qui vivent l’hiver sibérien pour la première fois s’accordent généralement sur une chose : ils ont tous le sentiment que celui-ci ne se terminera jamais. Souvent, les premières neiges commencent dès fin octobre et, dans certaines régions, peuvent durer jusqu’au mois de mai suivant. Vers le mois de mars, les nouveaux arrivants commencent à douter de leur décision de déménager. Et de leur santé mentale. Pourtant, quand le dégel arrive enfin, il est fulgurant et généralement suivi d’un été magnifique. 

Ces dernières années, les relations entre la Russie et l’UE ont été emprisonnées dans des glaces profondes de dimension sibérienne. Pour Bruxelles, Moscou s’est comporté odieusement en « annexant » la Crimée et en apportant son soutien aux rebelles qui ont provoqué le chaos en Ukraine. En réalité, l’Otan estime que le soutien du Kremlin est allé bien plus loin et que des soldats russes y ont opéré en secret. Dans le même temps, certains eurocrates ont accusé Moscou d’avoir « militarisé » à peu près tout ce qui peut l’être, de l’information aux migrations, dans une « guerre hybride » contre les Etats de l’Union européenne.

Vue du Kremlin, la situation prend une autre allure. Les responsables russes sont convaincus que les eurocrates ont déstabilisé l’Ukraine en forçant le pays divisé à faire un choix définitif entre Moscou et Bruxelles. En effet, ils sont persuadés que le programme « Partenariat oriental » a été conçu spécialement pour affaiblir la Russie. En outre, certains apparatchiks russes ont récemment exprimé leur conviction que l’UE était devenue une « aile politique » de l’Otan contrôlée par les Etats-Unis. 

Cœurs froids

En ce qui concerne la Crimée, les Russes insistent sur le fait que la réabsorption de la péninsule par Moscou résulte d’un choix libre et démocratique des résidents locaux. Curieusement, cette position est confirmée par les sondages occidentaux, rapportait la revue Forbes magazine en mars. Malgré cela, de nombreux gouvernements occidentaux affirment toujours qu’ils ne reconnaîtront jamais la légitimité du contrôle russe sur la Crimée. La peur de créer un précédent qui pourrait ensuite être utilisé pour semer le chaos dans les Etats baltes est probablement un facteur important dans cette réflexion.

Ainsi, alors que de nombreuses connexions professionnelles et personnelles demeuraient solides, au niveau politique, les relations entre la Russie et l’UE étaient glaciales. Plus préoccupant encore, les signes d’adoucissement semblaient souvent si éloignés, alors que, des deux côtés, la rhétorique déclinait puis débordait. Pourtant, la semaine dernière, les choses ont changé et ont emprunté le chemin du printemps sibérien tardif avec son dégel soudain. 

Bientôt le soleil  ?

Le processus semble avoir démarré mercredi matin, lorsque le président russe Vladimir Poutine a gracié l’Ukrainienne Nadia Savtchenko, dont la détention et la condamnation avaient provoqué l’indignation occidentale. Immédiatement, les responsables européens se sont empressés de célébrer cette décision.

Avant la fin de la semaine, le quotidien allemand Der Spiegel, souvent considéré comme la revue du CDU, le parti d’Angela Merkel, annonçait que Berlin envisageait l’assouplissement des sanctions contre la Russie. Evidemment, les motivations ne sont peut-être pas complétement bienveillantes. Après tout, certains dirigeants européens – particulièrement en France, en Italie et en Grèce – ont exprimé leur mécontentement à l’égard de cette politique. En conséquence, Mme Merkel pourrait penser que préserver l’unité sur la question, dans l’état actuel, est impossible et qu’un compromis est nécessaire pour conserver le consensus au sein de l’UE.

Quelles que soient les raisons, le simple fait que Der Spiegel ait publié l’article signifie certainement qu’il reflète la pensée du gouvernement allemand. Et les débats sur le retrait des sanctions sonnent comme une douce musique aux oreilles de Moscou aujourd’hui. 

Ainsi, alors que le Kremlin digérait la notion de l’allègement de l’embargo, voici que Jean-Claude Juncker venait avec des nouvelles encore plus encourageantes. Lundi, le président de la Commission européenne a révélé qu’il se rendrait au Forum économique international de Saint-Pétersbourg, communément appelé le « Davos russe », qui se tiendra le mois prochain. Son porte-parole a indiqué qu’il « profiterait de cette opportunité pour transmettre la vision de l’UE concernant l’état actuel des relations entre la Russie et l’UE aux responsables russes et à un public plus large ».

Leonard Cohen écrit un jour que « chaque chose a des fissures. C’est ainsi que la lumière arrive ». Pourtant, il a fallu du temps à Bruxelles et à Moscou pour découvrir une crevasse lumineuse. Les Russes espéreront désormais que l’hiver diplomatique touche enfin à sa fin. Tout comme de nombreuses entreprises européennes qui ont souffert des sanctions de rétorsion de Moscou. 

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