Les Moscovites réagissent à l’entrée en vigueur du régime de confinement généralisé

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NIKOLAÏ CHEVTCHENKO
Les rues de la capitale se sont vidées et les habitants ont organisé un débat en ligne sur la légitimité des mesures introduites.

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À partir du 30 mars, le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a introduit le « régime d'auto-isolement à domicile » pour tous les résidents de Moscou, quel que soit leur âge.

Les Moscovites ne peuvent ainsi désormais quitter leur logement que dans des cas précis :

- Demande de soins médicaux d'urgence et autre menace directe pour la vie et la santé

- Les déplacements afin de se rendre au travail, pour les personnes en ayant encore l’obligation

- Faire des achats dans le magasin le plus proche ou une pharmacie

- La promenade des animaux domestiques à une distance ne dépassant pas 100 mètres du lieu de résidence (ou de séjour)

- La nécessité de sortir les ordures ménagères

Le premier jour du « régime d'auto-isolement », les rues de Moscou étaient pratiquement vides. En ligne, les habitants de la capitale se sont cependant alors divisés en deux camps : certains se sont montrés d'accord avec les mesures prises, tandis que d’autres les ont qualifiées de « quarantaine » et ont critiqué les autorités de la ville pour la pression excessive qu'elles exerçaient sur la population.

« Donc, à partir d'aujourd'hui, nous sommes tous assignés à résidence. Dans une semaine, il y aura des faillites et du chômage massifs. Pendant un certain temps, les gens tiendront grâce à leurs économies (ceux qui en ont). Et puis... Et puis le sens de l'auto-préservation des élites s’allumera et elles remballeront toute cette mascarade aussi vite qu'elle a été déballée. En Italie et dans d'autres pays gelés par le coronavirus, les élites ont déjà commencé à discuter de la manière de lever la quarantaine sans vaincre l'épidémie. Car si les mesures prises pour lutter contre une attaque sont plus néfastes que l'attaque elle-même, la seule issue n'est pas de la combattre, mais de coexister. Tout comme nous coexistons avec la tuberculose, la syphilis, les infections respiratoires virales aiguës, la possibilité de violer les dix commandements et l'inévitabilité de la mort.  Mais après cette mascarade, le monde ne sera plus jamais le même. Parce que nous savons tous maintenant qu’avec l'humanité et au XXIe siècle, l’on peut faire tout ce que l’on veut, et ce, dans les plus brefs délais. Priver de liberté de mouvement, d'entreprise, de lieu de travail, de projets, de perspectives, de mode de vie. Et si cela s'est déjà produit une fois, pourquoi ne pas le répéter », a écrit le journaliste Dmitri Sokolov-Mitritch sur Facebook.

Beaucoup ont néanmoins jugé ce point de vue trop radical.

« La question est de savoir quand ils commenceront la quarantaine et pour combien de temps. Si elle couvre le pic de propagation, alors tout est justifié. Il s'agit d'une application réussie des statistiques mathématiques, pas de la politique », a répondu l'utilisateur Vladimir Grafski.

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En parallèle, même les Moscovites qui sont d'accord avec la nécessité d'interdire de sortir, trouvent encore une raison de critiquer les mesures introduites :

« La quarantaine stricte est correcte, mais très tardive. L'indemnisation des personnes licenciées est correcte, mais très faible. Appeler la quarantaine "auto-isolement" et l'indemnisation "bourse" c’est de la novlangue honteuse. On ne parle même pas de dédommager les entreprises pour ceux qui passent à temps partiel », a écrit l'activiste de l'opposition Leonid Volkov sur Twitter.

Les autorités de Moscou elles-mêmes n'utilisent en effet pas le terme de « quarantaine », ce qui n'a pas plu à certains.

« C'est un peu drôle, bien sûr, qu'ils continuent à pousser ce terme stupide d'auto-isolement. Il y a AUTO dedans. Et quand on vous ordonne de ne pas quitter la maison, ce n’est pas vraiment AUTO. Mais qu’ils l’appellent même "Télétubbies", l'essentiel est que des mesures soient introduites », a commenté l'utilisateur de Twitter @michaelnacke.

Toutefois, étant donné que de nombreux Moscovites (à l’encontre des appels des autorités) sont descendus dans la rue la veille de l'introduction du régime d'auto-isolement afin d’organiser des pique-niques, une partie importante des habitants a soutenu la décision des autorités de la capitale.

« Au début, tout le monde se plaignait qu'au lieu de la quarantaine, ils avaient introduit des "vacances", et maintenant tout le monde se plaint qu'ils ont introduit la quarantaine, qu'ils ont, disent-ils, restreint la liberté. Compte tenu du fait que les gens sont allés en masse faire des grillades et dans les parcs, la quarantaine est une mesure nécessaire (bien qu'un peu tardive) », a argumenté @ripavika.

D'autres, même, ont estimé que l'introduction de cette mesure n'était pas assez sévère et ont constaté que les autorités n'avaient pas interdit le départ des personnes de Moscou, qui compte le plus grand nombre de personnes infectées par rapport aux autres villes de Russie.

« Si c'est vrai pour l'entrée et la sortie, cet auto-isolement est en réalité une demi-mesure, ce qui n'a aucun sens. Il y aura toujours ceux qui décideront d'aller faire un tour dans les régions voisines », s’est exclamé @yaisatshima.

Le président russe Vladimir Poutine a quant à lui commenté les mesures introduites, soutenant la décision du maire de Moscou et qualifiant le régime de « mesure justifiée et nécessaire pour une immense agglomération de plusieurs millions d’habitants ».

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