Trois scandales impliquant les ministres russes des Affaires étrangères

Malgré la nature même de leur fonction visant à résoudre les conflits pacifiquement et une riche tradition d’implication dans les affaires internationales, les diplomates soviétiques et russes se sont parfois retrouvés au centre de scandales tonitruants. Russia Beyond énumère ici les trois plus remarquables «batailles» de politique étrangère auxquelles ils ont pris part.

Tous les scandales étaient la continuation de la ligne de politique étrangère du pays. Il est difficile de dire si les mesures prises par les ministres des Affaires étrangères étaient la cause immédiate de la controverse. Toutefois, pour le public, ils sont restés étroitement liés aux responsables de la diplomatie du pays.

Mot en F

L’actuel ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a contrairement à son habitude fait les gros titres après la guerre de quelques jours qui opposa en août 2008 la Géorgie et l'Ossétie du Sud, conflit durant lequel la Russie est intervenue après l'offensive initiale de Tbilissi. L'enquête de l'UE a par la suite reconnu que Moscou n'avait pas déclenché le conflit, mais pendant que la guerre se déroulait, de nombreux médias ont présenté les événements comme une agression russe.

Sergueï Lavrov

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Dans ce contexte médiatique et au milieu de la pression constante sur Moscou exercée par les capitales occidentales, une conversation téléphonique eut lieu entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son homologue britannique David Miliband. Selon le journaliste du Daily Telegraph Andrew Porter, on y entendit « l'utilisation répétée du +mot en F+ (équivalent français de +p*tain+) de la part du ministre russe », qui, comme le journaliste l’a noté, est « un vétéran qui n’est pas connu pour ses subtilités diplomatiques ». L'expression utilisée selon Porter par Lavrov est devenue célèbre dans l'Internet russe : « Qui êtes-vous p... pour me sermonner ? »

Cependant, selon Lavrov lui-même, il ne s’est pas adressé à Miliband en ces termes. Lavrov a uniquement utilisé le « mot en F » en donnant à son homologue britannique l’avis formulé par un ministre européen qui venait de rentrer de Tbilissi concernant le président géorgien de l’époque Saakachvili. Le ministre en question avait évoqué le chef de l’État géorgien comme un « p... de lunatique ». Lavrov a recouru à cette définition en répondant aux appels de Miliband visant à lancer des négociations entre Moscou et Saakachvili.

La «ligne de trahison de Chevardnadze»

Le ministre soviétique des Affaires étrangères Eduard Chevardnadze a été impliqué dans un scandale d'un genre différent. Il ne concernait pas les mots, mais ses actions. Durant l’été 1990, il a signé un document qui définissait une frontière maritime entre l'URSS et les États-Unis en mer de Béring - question sur laquelle les deux pays avaient échoué à trouver un terrain d'entente pendant des décennies. L'accord n'a été ratifié ni par le Parlement soviétique, ni par le russe (alors que le Congrès américain l'a rapidement approuvé). Depuis déjà 27 ans, il est mis en œuvre par la partie russe sur une base temporaire.

Eduard Chevardnadze

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Selon l'accord, une partie bien supérieure de ce territoire contesté de 15 milles marins crucial pour les pêcheurs russes a été donnée aux États-Unis. Dans certaines régions, Washington a également étendu sa zone économique au-delà des 200 milles traditionnels et a également obtenu une partie beaucoup plus grande du plateau continental, qui pourrait potentiellement contenir des gisements de pétrole et de gaz.

« En 20 ans, nos pertes [russes] s'élèvent à 4 millions tonnes de poisson ce qui équivaut à 3 milliards de dollars. Cet accord, qui a conduit à des pertes pour nos pêcheurs, a été qualifié par les pêcheurs de l'Extrême-Orient russe de Ligne de trahison de Chevardnadze », a écrit en 2017 l’ex ministre adjoint de l'Industrie de la pêche de l'URSS Viatcheslav Zilanov. Des estimations similaires des pertes de la Russie ont été fournies par la Cour des comptes de la Russie en 2003.

Dans le même temps, Chevardnadze lui-même a insisté en 2004 sur le fait qu'il s'agissait d'une décision collective des dirigeants soviétiques de l'époque. En 2002, le Bureau du Procureur général de la Russie a examiné l'histoire et a conclu qu'il n'y avait rien de répréhensible dans le fait que Chevardnadze ait signé l'accord. Pourtant, 15 ans après, le document n’a toujours pas été ratifié par Moscou...

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Gromyko et la chaussure

Le prédécesseur de Chevardnadze en tant que ministre des Affaires étrangères de l'URSS, Andreï Gromyko, qui a occupé le poste pendant 28 ans, a réussi à éviter les scandales publics. Sauf, probablement à une seule occasion en 1960.

La personne qui était désignée à l'Ouest sous les expressions « Andreï le loup », « Robot-Misanthrope » et « Personne sans visage » a été forcée d'agir de manière plutôt émotionnelle. Il a dû soutenir son patron qui avait choqué les gens autour.

Andreï Gromyko

On connaît l’épisode célèbre de Khrouchtchev frappant avec sa chaussure à la session de l'Assemblée générale de l'Onu. Le leader soviétique avait été indigné par la critique de la politique de l'URSS faite par le premier ministre britannique Harold Macmillan et a de cette façon exprimé sa colère.

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« Franchement, la première pensée était que Khrouchtchev était tombé malade. Mais un instant après, j'ai réalisé que notre chef protestait de cette façon, cherchant à mettre MacMillan dans une situation inconfortable. Je me suis senti tendu et j’ai commencé à frapper sur la table - il fallait soutenir le chef de la délégation soviétique. Je n'ai pas regardé vers Khrouchtchev, je me suis senti mal à l'aise. La situation était comique », a confié plus tard Gromyko à son fils.

Dans ses mémoires, il a rappelé qu’en face de Khrouchtchev au cours de cette démarche se trouvait la délégation espagnole. Un des diplomates espagnols se pencha en arrière pour ne pas être accidentellement frappé par la chaussure du leader soviétique et commença à crier à Khrouchtchev : « On ne vous aime pas ! On ne vous aime pas ! ». Gromyko ne s’attendait pas à cette action mais n’a pas eu d’autre choix que de rejoindre le Secrétaire général dans un des épisodes les plus mouvementés de l’histoire de l’Onu.

Connaissez-vous les lieux où se joue la politique russe? Pour en savoir plus, n'hésitez pas à consulter notre article à leur sujet.

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