L'épopée du Khoudojestvenny, plus ancien cinéma en activité de Moscou

Le Khoudojestvenny après sa réouverture en 2021

Le Khoudojestvenny après sa réouverture en 2021

Mikhaïl Terechtchenko/TASS
Les amateurs d'art se sont rendus pour la première fois dans ce cinéma légendaire en 1909 pour voir le film muet français «Georgette». Plus tard, il a accueilli la première mondiale de l’épique «Cuirassé Potemkine» de Sergueï Eisenstein.

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L'un des plus anciens cinémas du monde

Le Khoudojestvenny en 1912

Le cinéma Khoudojestvenny (nom signifiant « Artistique »), sur la place Arbat, est l'un des plus anciens cinémas du monde encore en activité. Ce palais de l'image a survécu à la Révolution russe de 1917, à la Seconde Guerre mondiale, à l'ère de stagnation des années 1970 et à la tumultueuse perestroïka des années 1980.

Ce lieu emblématique a ouvert ses portes le 10 novembre 1909. Appelé à l'origine « Électro-Théâtre Artistique », il a accueilli sa première projection le jour suivant. Le public attendait avec impatience de voir le drame muet français Georgette, réalisé par Maurice de Féraudy. Les premières projections étaient très courtes et ne duraient que 15 minutes environ.

En 1909, l'auteur de Guerre et paix, Léon Tolstoï, a visité en personne cet établissement.

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Solutions de design uniques

Croquis du projet de Fiodor Schechtel en 1912

Le design original du cinéma a été imaginé par l'architecte russe Nikolaï Blagovechtchenski. Il s'agissait d'un bâtiment de plain-pied avec un dôme et une fontaine lumineuse dans le foyer. À l'origine, la salle de cinéma pouvait accueillir quelque 400 personnes.

Quatre ans après son ouverture, le cinéma a été racheté par le cinéaste et entrepreneur russe avant-gardiste Alexandre Khanjonkov. À cette époque, il était devenu évident que le public moscovite avisé était avide de films, et il fallait donc agrandir le lieu pour augmenter le nombre de places assises.

En 1913, le bâtiment a par conséquent été reconstruit selon le projet de l'architecte Fiodor Schechtel, figure de proue de la scène Art nouveau de Moscou.

Le Khoudojestvenny a été restauré et modernisé. La façade du cinéma a été conçue dans le style classique. Un système de chauffage à vapeur a été installé, avec une cabine spéciale érigée sur le toit du bâtiment pour conserver les piles de bobines de film. Le foyer a été décoré de lustres en cristal, de colonnes en marbre et de palmiers. Des musiciens et des acteurs accueillaient les invités avec des représentations en direct avant chaque projection.

La salle de cinéma a doublé sa capacité pour accueillir environ 900 personnes. Comme au théâtre, les meilleures places étaient réservées aux invités les plus en vue. L'intelligentsia moscovite s'asseyait généralement dans les fauteuils d’orchestres, tandis que les plus pauvres avaient leur place dans les rangs les plus éloignés de l’écran.

Le répertoire s'est également élargi. En 1914, une quinzaine de courts métrages muets étaient diffusés au Khoudojestvenny.

Pendant la Révolution russe de 1917, le cinéma a en outre été utilisé comme centre de détention pour les prisonniers de l'Armée rouge.

En 1919, Vladimir Lénine a publié le décret « Sur la transition du commerce et de l'industrie de la photographie et du cinéma sous le contrôle du Commissariat du peuple à l'éducation ». En conséquence, la maison du cinéma a cessé d'être privée et est devenue la propriété du nouvel État soviétique.

Service de livraison de billets

Le Khoudojestvenny (à droite) en 1925

À l'époque, le Khoudojestvenny offrait le plus haut niveau de service. C'était le seul cinéma russe qui faisait livrer des billets en papier directement au domicile des clients.

Au milieu des années 1930, le cinéma comptait près de 950 sièges, un bar à encas proposant des boissons et des friandises, une salle de lecture, un espace pour changer les bébés et un patio destiné à accueillir des concerts estivaux.

Le cinéma a même continué à fonctionner pendant la Seconde Guerre mondiale, afin de remonter le moral des citoyens de la capitale russe, qui en avaient bien besoin.

Il a été à nouveau modernisé dans les années 1950. Certaines fenêtres ont été murées, la fosse d'orchestre supprimée et les moulures anciennes retirées de la façade.

Puis, en 1955, le Khoudojestvenny est devenu le premier cinéma à écran large d'URSS.

Il est resté le cinéma le plus grand et le plus populaire de Moscou jusqu'à ce que le cinéma Rossiya (« Russie ») ouvre ses portes sur la place Pouchkine pour accueillir la deuxième édition du Festival international du film de Moscou, en 1961.

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Il a accueilli des premières de films avec tapis rouge

Maquette d'un cuirassé sur la façade du Khoudojestvenny en 1926 pour la première du Cuirassé Potemkine

En 1926, le Khoudojestvenny (qui s'appelait alors officiellement « 1er cinéma d'État ») a accueilli la première mondiale du drame historique emblématique Le Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein. Le film a fait salle comble.

En 1931, Le Chemin de la vie, le premier film soviétique avec son, a été projeté ici. Il a été acclamé au Festival international du film de Venise en 1932, Nikolaï Ekk remportant le prix du meilleur réalisateur pour son drame.

En 1936, le premier film en couleur de l'URSS, Soloveï-Solovuchko, a été projeté au Khoudojestvenny.

Une nouvelle page

Les choses ont terriblement mal tourné dans les années 1990 et le Khoudojestvenny a abrité un casino avec machines à sous. La maison du cinéma souffrait d’un besoin urgent de reconstruction et a donc fermé en janvier 2014, pour finalement connaître un renouveau au printemps 2021.

Le lieu historique a rouvert ses portes après sept ans de travaux de restauration, au cours desquels il a bénéficié d'un important lifting. Il dispose désormais de quatre écrans et peut accueillir jusqu’à 474 spectateurs. De plus, bien qu'ils soient somptueusement décorés de marbre, les lieux ne sont pas trop ostentatoires.

Le Khoudojestvenny ne diffuse pas de films pop-corn ou de superproductions, mais plutôt des films indépendants et des projets d'art et d'essai.

Par ailleurs, les cinéphiles ont la possibilité de regarder des œuvres avec leur bande originale sous-titrée en russe.

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