LADATRIP ÉPISODE 1: La Russie en Lada par deux Français - Vladivostok-Tchita

Tourisme
ERWANN PENSEC
Arthur et Alexandre Boulenger, deux jeunes Français, s’étaient fixé le défi de traverser la Russie en Lada Niva en cet été 2018. Pari tenu, cartes et grille à chachlyks en mains, ils se sont élancés sur les routes du pays à bord de leur tout-terrain. Russia Beyond les a interrogés une semaine après qu’ils ont quitté Vladivostok, point de départ de leur périple, pour dresser le bilan des premiers (milliers de) kilomètres parcourus.

Préparatifs de dernière minute

Avant le départ, leur principale mission consistait à trouver un moyen de se procurer un véhicule, et pas n’importe lequel : une Lada Niva, 4x4 soviétique légendaire et à toute épreuve. Se considérant chanceux, ils ont à cet effet pu compter sur le soutien d’Evgueni, un contact indirect de leur réseau professionnel résidant à Vladivostok, qui s’est intéressé à leur projet et a accepté d’acquérir cette voiture et d’effectuer l’ensemble des démarches administratives afin de permettre aux deux Essonniens de prendre le volant en Russie.

« Je pense qu’Evgueni a été touché par le projet, suppose le duo lors de son entretien avec Russia Beyond. Notre site lui a montré qu’on voulait découvrir la Russie comme très peu de gens le font, et ça a suffi à lui donner envie de nous rendre service. Et si on avait décidé de faire ça avec un 4x4 Toyota à mon avis ça aurait été différent. Tout prend sens à partir du moment où on dit aux gens qu’on va découvrir et traverser la Russie en Lada, ils ont les yeux qui pétillent ».

Ils ont également bénéficié des conseils de Dmitri, concessionnaire auto auprès duquel l’achat a été réalisé et qui a, lui aussi, traversé la Russie en Niva, de Vladivostok à la Tchétchénie.

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« Il est expérimenté et passionné, ça lui a donc vraiment fait plaisir qu’on décide de faire l’aventure, il a pris le temps de nous expliquer, de nous donner des conseils, de nous dire où il fallait qu’on remplisse absolument nos réservoirs, nos jerricans, pour ne pas tomber en panne d’essence parce qu’il n’y a pas de stations-service partout », s’enthousiasment Alexandre et Arthur.

Évoquant le contenu de leurs bagages, ils citent une grille à chachlyks (brochettes de viande) offerte à leur arrivée à Vladivostok, du matériel de survie – fusées de détresse, couteaux, quelques médicaments – répulsifs anti-insectes, la Sibérie étant réputée pour ses invasions de moustiques, ou encore un drapeau français.

« On profite un peu de l’effet champions du monde, on entend des +Tchempiony, molodtsy !+ [Les champions, bravo !], ça permet de briser un peu la glace, témoigne Arthur. Ma frayeur était que la Russie se qualifie en finale et que la France la batte, ça aurait été difficile pour nous ».

En route!

Ayant atterri le 16 juillet à Vladivostok, ils devaient encore réceptionner leur bolide et s’approvisionner en vivres avant de franchir la ligne de départ. Les deux frères ont donc disposé de peu de temps pour découvrir celle que l’on surnomme la San-Francisco russe. Néanmoins, ils en ont eu assez pour percevoir la singularité des lieux.

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« Le premier jour à Vladivostok, on est allés dans un marché super sympa pour faire toutes nos provisions. Il y avait beaucoup de Chinois, et comme je ne parle pas russe, je me suis retrouvé à négocier avec eux en chinois, car j’ai passé pas mal de temps en Chine. C’était génial, on était deux Français à négocier en russe [Arthur ayant pris des cours de la langue de Pouchkine spécialement pour l’occasion] et en chinois », s’amuse Alexandre, soulignant que cette mosaïque culturelle reflète à merveille l’âme de Vladivostok, véritable carrefour où les autochtones sont peu nombreux et où se côtoient Russes caucasiens et ressortissants d’Asie centrale et de l’Est.

Le 18, nos deux aventuriers ont enfin mis le pied à l’étrier dans cette aventure si longuement attendue et préparée. Leur première destination : Khabarovsk, plus grande ville de l’Extrême-Orient russe, à quelque 750 kilomètres de là.

En chemin, après s’être familiarisés avec la conduite de leur véhicule, ils ont aperçu sur leur carte l’immense lac Khanka, réputé pour sa réserve naturelle et faisant office de frontière entre la Russie et la Chine. C’est sur ses rives balayées par les vents qu’Arthur et Alexandre ont décidé de passer la nuit, sous leur tente, pour remonter, dès le lendemain, à bord de leur emblématique Lada.

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Sur les routes de Russie, les journées sont parfois longues, inhabituellement longues. En effet, en raison de la multitude de fuseaux horaires, les deux frères se sont surpris à faire face à des journées de 25 heures, créant la confusion dans leur esprit quant aux horaires de relais au volant. « Mais attends, t’as pas conduit autant de temps ! » - « Non non, je t’assure, ça fait trois heures ! ».

Heureusement, le tracé des nationales russes leur laisse tout le loisir de se plonger, à tour de rôle, dans un bon livre (et notamment Les Énigmes de Moscou : 359 divertissements mathématiques de Boris A. Kordemski, casse-têtes permettant de mieux comprendre la Russie du XXe siècle) ou dans la contemplation des paysages environnants.

« On a vu pas mal de changements de végétation. Il y a des paysages qui nous ont évoqué l’idée qu’on se fait de la savane. De petits arbres au feuillage plat dans des hautes herbes et ce, à perte de vue. À Vladivostok par contre cela faisait très tropical, avec des forêts très humides, on nous a envoyé une vidéo où il y avait un tigre au bord de la route qu’on a prise le même jour. On ne l’a pas vu, mais ça en dit long », nous racontent-ils.

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Far-East et océan de conifères

À Khabarovsk, ils ont été chaleureusement accueillis par leur hôte rencontré en amont sur la Toile. Critique musical, ce dernier leur a en effet réservé un programme des plus inédits pour découvrir la ville : concert de ukulélé dans le sympathique bar de Pivnaïa Boroda et ascension clandestine sur le toit de l’un des principaux immeubles de la ville, bordant l’avenue principale, privilège dont même peu de locaux ont pu bénéficier.

Ici, ils ont été marqués par l’imposante cathédrale de la Transfiguration (qui serait la troisième plus haute de Russie), mais aussi par deux éléments de fierté locale : la statue de Nikolaï Mouraviov-Amourski, fondateur de la cité, et le pont traversant le fleuve de l’Amour, tous deux représentés sur le billet de 5 000 roubles.

Après avoir profité d’une seconde nuit chez leur hôte des plus conviviaux, nos deux Français ont plié bagages, mettant les voiles vers Tchita, capitale du kraï de Transbaïkalie, à 2 100 kilomètres de Khabarovsk.

Peu avant de rejoindre Svobodny, ville étape figurant sur leur carnet de route, ils ont fait une halte sur le bas-côté, devant un monument célébrant la route Moscou-Vladivostok. C’est là, au milieu de nulle-part, qu’ils ont fait la connaissance de Bojan, un Serbe trentenaire ayant relié Tarifa (Sud de l’Espagne) à Vladivostok, et faisant alors le trajet inverse. Non sans sourire, les deux frères constatent à ce propos que le pourtant robuste Nissan X-Trail de Bojan semble bien moins apprécier les nombreux nids-de-poule ornant le bitume que l’indémodable Niva.

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Poursuivant leur route, les deux frères ont ensuite pénétré l’une des zones les moins densément peuplées de leur périple.

« La route d’hier était magnifique. Juste une route, et rien d’autre, que de la forêt partout autour, décrivent-ils lors de leur interview. En France il y a toujours un panneau de circulation, une ville. Là c’était un océan de conifères, très vallonné, sur des centaines de kilomètres. C’était le dernier tronçon entre Chimanovsk et Tchita ».

À la fois sublime et quelque peu angoissant, cet isolement les a profondément frappés.

« Dans ce Far-East russe, il y a un peu une atmosphère de Far-West américain. Et jusqu’à il y a cinq ans, il y avait encore du banditisme, de la piraterie sur la route. On a entendu quelques histories où tu te faisais arrêter par des voitures et te faisais braquer. Et ça se manifeste notamment au travers des stations-service, qui sont presque comme des banques, expliquent-ils. Il y a un guichet, comme dans une banque en France. Ils ont aussi un magasin, mais tu n’y rentres pas physiquement, tu restes à l’extérieur, tu vois à travers les vitres, tu désignes ce que tu veux et tu as un garde armé dans chaque station-service. Et c’est ça sur mille kilomètres. Ça donne l’impression d’être dans un western le long d’un chemin de fer où l’ordre ne règne pas ».

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Après 3 000 kilomètres parcourus depuis le début de leur aventure, soit près d’un quart du trajet total prévu, Alexandre et Arthur ont enfin débarqué à Tchita, le 22 juillet, où ils ont pu poser bagages dans une auberge de jeunesse conseillée par Bojan et depuis laquelle ils ont pu entrer en contact avec nous.

Prochaine étape

Après la Transbaïkalie, les deux frères souhaitent mettre le cap vers Oulan-Oude, centre de la République de Bouriatie, afin de se rapprocher du mythique Baïkal. S’ils évoquent également une possible randonnée de plusieurs jours, un détour par la méconnue République du Touva ainsi que par l’enchanteresse route de la Tchouïa, dans l’Altaï, tout reste encore à planifier, et les deux explorateurs se laissent une marge de manœuvre au gré de leurs rencontres, découvertes et imprévus, mais toujours au volant de leur Lada Niva.

Pour la suite de leurs aventures, il vous faudra par conséquent attendre le prochain épisode, la semaine prochaine. Mais pour patienter, n’hésitez pas à suivre leurs péripéties sur Instagram et Facebook.

Pour retrouver la description du projet d’Arthur et Alexandre, n’hésitez pas à vous diriger vers ce premier article.