Trois moyens de venir vivre en Russie en évitant le casse-tête de la bureaucratie

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Vous avez décidé de vous rendre en Russie? Si vous n’êtes pas Gérard Depardieu, qui a obtenu un passeport russe via un décret présidentiel signé par Vladimir Poutine, préparez-vous à crouler sous une montagne de paperasse. Pour éviter les maux de tête, suivez notre guide.

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1. Avoir un visa d’étude et s’installer pour plusieurs années

Le meilleur moyen de vivre en Russie, c’est d’y étudier. Il est d’ailleurs possible de le faire gratuitement et d’obtenir une place dans une résidence universitaire : beaucoup d’universités ont des quotas pour les étrangers qui sont fixés en accord avec l’ambassade. Si votre candidature est retenue, vous recevrez une invitation qui vous permettra d’obtenir un visa gratuitement.

Le Coréen Chiun Choi étudie à l’Académie de théologie de Saint-Pétersbourg. Il parle russe couramment : il prend des cours de langue et vit en résidence universitaire avec des Russes.

En dépit de sa spécialité, les règles pour l’obtention d’un visa d’étude dans son établissement sont on ne peut plus classiques : « Les étudiants étrangers de l’Académie de théologie de Saint-Pétersbourg se voient délivrer un visa valable un mois, qui est ensuite prolongé pour une durée d’un an ». Certains établissements fournissent des visas valables une année et prolongés tous les ans. Le visa d’étude ne permet pas de travailler.

2. Trouver un emploi et signer un contrat de trois ans

Un autre moyen de vivre en Russie est de trouver un emploi officiel. Deux variantes sont possibles :

Permis et visa de travail

Dans le cas où un étranger est embauché par un employeur russe, ce dernier doit faire preuve d'une grande volonté pour le faire venir. Il doit pour cela recevoir l’autorisation d’accueillir un employé étranger, déposer un dossier auprès du Service fédéral des migrations, recevoir une accréditation et payer pour se voir remettre une invitation. Si vous êtes un spécialiste hautement qualifié – si vous percevez plus de 2 millions de roubles (28,5 milles d'euros) par an – vous sauterez la première étape.

Il vous faut trouver un emploi avant de vous installer, recevoir l’invitation de votre employeur, traduire et faire certifier votre passeport et vos diplômes, passer des examens médicaux et être en possession d’un certificat de niveau de langue (russe) ou équivalent. Le visa de travail est valable trois ans maximum, mais si vous décidez de démissionner de votre premier emploi pour être embauché dans une autre entreprise, il vous faudra obtenir une nouvelle invitation et un nouveau visa.

« J’ai essayé de me faire embaucher officiellement à Saint-Pétersbourg, explique Anna, originaire de Lituanie. La chef était d’accord. Mais quand elle en a appris un peu plus sur les démarches à effectuer, elle m’a proposé de travailler au noir ou de trouver un nouvel emploi. J’ai travaillé au noir ». 

Autorisation de travail

L’autorisation de travail est uniquement délivrée aux personnes qui ne sont pas en possession d’un visa et comporte son lot de restrictions. Premièrement, on ne peut exercer que la fonction indiquée sur l’autorisation. Deuxièmement, elle inclut des limites géographiques. Il est ainsi impossible de travailler à Moscou si vous avez une autorisation de travail délivré pour une petite ville de Sibérie. Qui plus est, il n’est pas possible de déposer une demande d’autorisation de travail pour la région de Moscou et de travailler à Moscou même. On peut en revanche se voir délivrer deux autorisations distinctes pour pouvoir travailler à Moscou et dans sa région.

L’autorisation de travail s’obtient relativement aisément, ne coûte que 17 euros par mois et n’est pas soumise à l’impôt.

Alexeï est arrivé en Russie en provenance d’Ukraine pour y travailler. Il a obtenu son autorisation en 10 jours seulement et sans embûches. « Les problèmes sont apparus quand il a fallu prolonger l’autorisation, a-t-il expliqué. Je suis retourné au bureau pour prolonger mon autorisation 10 jours avant l’expiration, et on m’a dit que c’était trop tard ! J’ai dû faire un aller-retour en Ukraine ».

3. Obtenir un permis de séjour temporaire puis un permis de séjour

« Si j’avais su que ça serait aussi compliqué, j’aurais refait des visas quatre fois par an, raconte Anastasia, originaire de Lettonie. Avec un visa annuel, on peut rester en Russie 90 jours tous les 180 jours et aller où bon nous semble. De plus on peut travailler au noir. Avec cette formule, je dois attendre six mois avant de pouvoir être embauchée officiellement, et je me tourne les pouces en attendant qu’on me délivre un permis de séjour temporaire ».

Et encore, Anastasia fait partie des chanceux : elle a reçu son permis de séjour indépendamment des quotas en tant que personne déplacée. Outre ces dernières, ont le droit de postuler en dehors des quotas les personnes nées en URSS, les femmes ou les parents de citoyens russes, les enfants de personnes handicapées, les mineurs et les personnes participant à des programmes de relogement.

Les paramètres suivants peuvent vous aider à obtenir votre permis de séjour :

  1. Des parents proches vivant en Russie.
  2. L’achat d’un bien immobilier sur le territoire de la Fédération de Russie.
  3. Une importante somme d’argent sur un compte russe.
  4. Le choix de la région : en déposant une demande pour une grande ville, vous réduisez vos chances d’obtenir un permis, mais si vous postulez pour une ville où la demande en main d’œuvre est forte, vous les multipliez.
  5. La présence de requêtes émanant d’entreprises, organisations, diasporas, autonomies culturelles ethniques ou organes nationaux.

Pour se voir délivrer un permis de séjour temporaire sur quota ou sur une autre base, il vous faut tout d’abord passer des examens médicaux qui vous coûteront environ 50 dollars. Vous devrez ainsi consulter un pneumologue, un psychologue-toxicologue, un dermatologue mais aussi passer des examens pour voir si vous n’avez pas contracté le Service fédéral des migrations. Il faut compter 3–4 heures pour passer l’ensemble de la visite médicale. Pour 3 000 roubles (43 euros), vous pourrez vous faire aider par le centre des migrations.

Dès l’obtention du permis de séjour temporaire, il faut enregistrer votre adresse et déposer une demande de visa multiples entrées (si vous souhaitez sortir du pays). Si le permis de séjour temporaire est valable trois ans, vous pouvez déposer une demande de permis de séjour à l’issue de la première année de résidence dans le pays.

Si vous êtes essentiellement resté en Russie durant la première année de résidence, que vous êtes déjà enregistré, que vous avez des revenus supérieurs au minimum d’insertion permettant de couvrir tous les membres de votre famille et que vous êtes en règle, on vous le délivrera. Le permis de séjour est valable 5 ans et peut être prolongé. Vous pouvez aussi déposer une demande de naturalisation.

Permis de séjour temporaire et permis de séjour vous permettent d’avoir un accès gratuit aux services de santé, de travailler où bon vous semble et d’inscrire votre enfant dans un établissement scolaire. Qui plus est, avec votre passeport initial, vous êtes exemptés de visas dans tous les pays qui ont instauré un régime de visas pour les citoyens Russes.

Rappelons cependant que vos revenus seront imposables à 31% durant les six premiers mois d’embauche, avant de passer à 13%. Vous devrez en plus remettre un rapport détaillé sur vos revenus tous les ans. Si vous ne le faites pas, on ne vous délivrera pas de permis de séjour à l’issue des trois ans.

Pour obtenir un permis de séjour temporaire, il vous faudra effectuer un changement d’adresse. Il est possible que vous perdiez ainsi certains droits dans votre pays (comme la sécurité sociale). De plus, vous ne bénéficierez pas de la gratuité des soins en Russie tant que vous ne serez pas muni de votre permis de séjour temporaire.
Exercer une profession dans l’attente de la délivrance de son permis de séjour est strictement interdit.

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