Cinq peuples de Russie éteints à tout jamais

Nénètses et Samoyèdes de l'Enisseï, en 1913

Nénètses et Samoyèdes de l'Enisseï, en 1913

Fridtjof Nansen/Bibliothèque nationale de Norvège/Domaine public
Plus de 190 peuples vivent aujourd'hui en Russie, mais il y a cent ans, ils étaient bien plus nombreux.

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De nombreuses ethnies ont perdu leurs traditions, leur culture et leur langue à un moment donné du processus d'ethnogenèse d’autres peuples, se fondant ainsi dans des ensembles plus grands. De cette manière, au XVIIe siècle, les Coures se sont mélangés aux peuples baltes, les Mériens au XIVe siècle se sont assimilés aux Maris et Mordves, tandis que les Proto-Bulgares ont participé à l'ethnogenèse des Tatars, des Koumyks et des Nogaïs, et ont donné leur nom à l'État actuel de Bulgarie.

Les peuples de Russie que nous nous apprêtons à vous présenter ici ont quant à eux disparu relativement récemment – selon les normes historiques, littéralement hier.

Äyrämöisets

Femmes äyrämöisets en costume traditionnel

De multiples peuples ont toujours occupé l'isthme de Carélie (au nord de Saint-Pétersbourg). Ces territoires sont passés à différentes époques de la Russie à la Suède, et les Russes, Suédois, Finnois, Vepses, Votes et Caréliens y étaient voisins. L'un des peuples autochtones était les Äyrämöisets (appelés en russe Evremeïss) – ils vivaient à l'origine le long de la rivière Vouoksa et étaient apparentés aux Finnois, aux Caréliens et aux Ijoriens. Ils pratiquaient le luthéranisme et en partie le christianisme orthodoxe, mais parlaient leur propre langue (semblable au carélien et au finnois) et avaient leurs propres coutumes.

Au début du XVIIe siècle, la province d'Ingrie a été fondée en ces terres, et les Äyrämöisets formaient la majeure partie de la population locale. Leurs nouveaux voisins sont ensuite devenus les Savakots, ayant migré depuis la région finlandaise de Savonie. Au début, les deux peuples se tenaient à l'écart l'un de l'autre, mais d’ici la fin du XIXe siècle – début du XXe siècle, la différence entre eux avait disparu et ce nouveau groupe a été simplement appelé Finnois d'Ingrie. De nos jours, ce peuple est également considéré comme peu nombreux – seuls 4 000 individus environ s’identifient à lui dans la région de Leningrad. Les villages de Louppolovo, Vartemiagui, Rappolovo, Toksovo, Barychevo et Kavgolovo sont considérés comme traditionnellement associés au peuple des Äyrämöisets.

Mators

Allons à présent en Sibérie. Ici, sur le versant nord des monts Saïan (au sud de la région de Krasnoïarsk et en Khakassie), vivaient il n'y a pas si longtemps les Mators, qui appartenaient aux peuples samoyèdes et étaient parents des Nénètses, Énètses, et Nganassanes. Ils s'adonnaient, comme les autres peuples nordiques, à la chasse et à l'élevage de rennes. La langue matore était l'une des deux principales langues samoyèdes (l'autre étant le kamasse), mais est aujourd'hui considérée comme éteinte. Les Mators se sont assimilés à leurs voisins, les Touvains et Khakasses, dès le XIXe siècle. À noter que de nombreux membres de cette ethnie ont disparu à cause d’une épidémie de variole.

Lire aussi : Ces peuples minoritaires de Russie comptant moins de 500 représentants

Kamasses

Famille kamasse des Salamatov, la belle-fille (deuxième à droite) étant Russe. Village d'Abalakovo, 1925

Les Kamasses vivaient sur le territoire de l'actuelle République de Khakassie et dans le sud de la région de Krasnoïarsk. Ils étaient divisés en deux groupes : les Kamasses de la steppe et ceux de la taïga (parfois appelés Tatars de la taïga), tandis que la langue kamasse possédait plusieurs dialectes. Au XVIIe siècle, ce peuple était déjà en déclin – les pionniers russes de l'époque n’ont, à leur arrivée dans ce coin de Sibérie, compté qu'environ 500 représentants de cette ethnie.

À la fin du XIX siècle, ce peuple samoyède s'était presque entièrement mêlé aux Russes et aux Khakasses locaux. Il est intéressant de noter que les ethnographes soviétiques ont toutefois rencontré de rares représentants du peuple kamasse dans les monts Saïan lors d'expéditions scientifiques. Ils vivaient dans des tchoums (nom des huttes de certains peuples nomades de Russie), comme leurs parents du nord. Le dernier locuteur de la langue kamasse est décédé en 1989, et lors du dernier recensement de 2010, seuls deux personnes se sont identifiées comme Kamasses.

Kottes

Point de repeuplement près de Kansk

Le peuple nomade des Kottes (aussi appelés Tatars de Kansk) vivait dans le sud de la Sibérie, le long du fleuve Enisseï. Ils parlaient le kott, du groupe des langues enisseïennes. Aujourd'hui, ces dernières sont considérées comme mortes, à l'exception du ket, qui est actuellement parlé par environ 200 personnes. Les Kottes ont laissé derrière eux des noms géographiques qui se terminent par « chet » et « tchet » (par exemple, la ville de Taïchet).

Kètes

À la fin du XIXe siècle, les Kottes s'étaient complètement assimilés aux Samoyèdes (y compris aux Kamasses) ainsi qu'aux Bouriates et aux Russes. L’on ne dénombrait déjà à l’époque plus que cinq locuteurs de leur langue, comme le confirme l'expédition du philologue finlandais Matthias Castrén. Dans les années 1960, le linguiste soviétique Alexandre Matveïev a à son tour organisé une expédition ethnographique sur les lieux où vivait ce peuple et, à ce moment-là, les locaux ne se souvenaient déjà plus rien au sujet des Kottes.

Goaïés

Gravure représentant Touapsé. À la fin de l'été 1863, la quasi-totalité du versant nord du Caucase occidental avait déjà été occupée par les troupes russes, qui avaient repoussé les Adyguéens vers la chaîne principale du Caucase, puis vers la mer, les contraignant à un exil en Turquie.

Le Caucase est probablement la partie la plus multiculturelle de la Russie moderne et abrite plusieurs dizaines de peuples. Le long de la rivière Aché (dans l'actuelle région de Krasnodar), vivaient depuis des siècles les Goaïés, considérés comme l'une des sous-ethnies adyguéennes. Parmi les autres peuples, ils avaient un statut privilégié et une certaine indépendance, tandis qu’au moins 17 clans sont connus pour en avoir fait partie, ce dont témoigne également la toponymie. Les Goaïés parlaient un dialecte de la langue adyguéenne.

On pense que ce peuple a disparu après la guerre du Caucase, au milieu du XIXe siècle, mais en 1930, des ethnographes soviétiques ont rencontré plusieurs familles de Goaïés, qui portaient les anciens noms de leurs ancêtres. Les scientifiques ont également réussi à parler à des résidents âgés qui se souvenaient d'un autre clan de princes goaïés qui vivait près de Sotchi. La région abrite aujourd'hui le village d'Alekseïevka (de son ancien nom Gvaï) et le lieu-dit de Gouarek, associés à l’histoire des Goaïés.

Dans cet autre article, nous vous présentions le top 10 des langues autochtones les plus rares de Russie.

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