Ce prof d’anglais venu d’Amérique devenu véritable montagnard du Caucase

Corey Shepherd
Les habitants du Caucase russe peuvent vous apprendre beaucoup de choses: l'hospitalité, la sincérité, le respect des anciens et la force de l’esprit. Un simple professeur d'anglais de Virginie a fait l'expérience de tout cela – et s'est parfaitement fondu dans le décor.

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Lorsqu'il est arrivé dans le Caucase du Nord russe et qu'il s'est plongé dans la vie quotidienne des « montagnards » locaux, Corey Shepherd, un linguiste américain de 42 ans, a compris que c'était exactement ce qui lui avait manqué dans la société occidentale. Une hospitalité sincère, pas de faux sourires et relations, le respect des anciens, et des familles nombreuses, qui prennent soin de leurs parents (vous ne trouverez pas de maison de retraite là-bas !). Il y a passé plusieurs années avec sa femme et ses enfants, a appris le russe et a adopté le mode de vie local. Aujourd'hui, après être retourné aux États-Unis par nécessité, le Caucase lui manque et il aimerait y retourner à la première occasion. « La plupart des gens pensent que leur culture est la norme et que tout ce qui diffère de leur culture est bizarre, explique Corey. Cependant, je pense que chaque culture a des aspects négatifs et positifs et qu'il y a des choses que nous pouvons apprendre les uns des autres, même si nous avons des désaccords ».

Une vie à la dure

En Russie, Corey est venu travailler comme professeur d'anglais – il a reçu une invitation à Moscou et s'y est installé avec sa femme et ses trois fils. Après quelques années dans la capitale, ils ont décidé de vivre un peu en province pour se plonger dans la vraie vie et apprendre la langue (à Moscou, leurs enfants étudiaient dans une école anglaise). Un des amis de Corey, Ilias, qui appartient à l'ethnie des Lezghiens, l'a emmené chez lui, au Daghestan (une région située dans les montagnes du Caucase) et il a tellement apprécié le voyage que, depuis, il y va régulièrement et y rencontre toujours de nouveaux amis.

Le Caucase russe est une zone géographique qui comprend de nombreuses républiques : le Daghestan, la Tchétchénie, l'Ingouchie, l'Adyguée, la Kabardino-Balkarie, la Karatchaïévo-Tcherkessie, l'Ossétie du Nord, ainsi que les régions de Stavropol et de Krasnodar. Outre les Russes, plus de 50 ethnies différentes y vivent avec leurs propres traditions, leur religion (l’islam notamment y est fortement représenté) et leur langue.

« Il y a plusieurs années, cette région avait la réputation d'être peu sûre et nous avons choisi de nous installer dans la ville d'Astrakhan. C'est une grande ville proche du Daghestan et de la Tchétchénie, d'où il était très facile de s'y rendre. De plus, c'est une ville multiculturelle : beaucoup de Caucasiens de différentes régions y étudient et y travaillent », explique Corey, admettant que, avec le recul, il regrette qu'ils n'aient pas déménagé à Makhatchkala, la capitale du Daghestan.

Désormais, le Caucase du Nord est une destination touristique très populaire, mise en avant notamment grâce au champion de l'UFC Khabib Nurmagomedov et aux blogueurs d'Instagram. 

« J'aime tout simplement ces petits villages isolés dans les hautes montagnes, explique Corey. La vie y est très dure, mais les lieux sont très pittoresques ».

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Respect des valeurs

« Il y a encore beaucoup de craintes inutiles à propos de la visite de la Russie et du Caucase, alors, je peux dire – allez-y, tout simplement, exhorte Corey. Pour une première fois, il est raisonnable de commencer par les grandes villes : Makhatchkala, Grozny, Naltchik. Mais, si vous en avez l'occasion, vous devriez absolument aller dans les montagnes ».

Selon lui, la meilleure façon de voyager dans le Caucase est de s’y rendre sur invitation d'un local. « Les Caucasiens prennent l'hospitalité très au sérieux : lorsqu'ils invitent des gens, ils prennent soin de vous pour vous faire vivre une très très bonne expérience ».

Corey rappelle en outre qu'il est très important de respecter la culture locale. « [Elle est] certainement plus conservatrice que la plupart des cultures occidentales. Cela ne signifie pas que les dames doivent porter le voile, mais une jupe courte dans le Caucase n'est pas une bonne idée », dit-il.

Si vous ne parlez pas russe, vous feriez par ailleurs mieux de trouver un guide touristique, car la plupart des gens là-bas ne parlent pas l'anglais, ni aucune autre langue étrangère. Corey dit qu'il n'a pas eu ce problème, car il a appris le russe lorsqu'il y vivait, tout comme sa famille : « Tous mes fils parlent maintenant russe, même sans accent, pas comme moi ! ». Il connaît également quelques phrases dans les langues locales du Caucase, mais affirme que la connaissance du russe sur place est plus importante.

Au printemps 2021, il a créé un site web intitulé « East of Elbrus » où il publie des histoires sur la culture et les traditions caucasiennes avec son ami Ilias Boukarov et la journaliste balkare Marziat Baïssieva. Comment être invité à un mariage tchétchène ? Que signifie une danse balkare ? Qui vivait dans la Cité des morts de Dargavs ?

« Nous essayons d'écrire des histoires équilibrées sur cette région et nous avons de grands projets ! Nous voulons absolument écrire sur la cuisine caucasienne, qui est célèbre dans le monde entier. Je me souviens de la première fois que je suis allé à un pique-nique avec mon ami lezghien à Moscou et qu'ils m'ont appris à préparer le lioulia kebab avec le kourdiouk [gras situé près de la queue] d'agneau. Ma femme a invité des filles chez nous et elles lui ont appris à faire du tchoudou, des mantys et des pelmenis ! »

Il y a toujours quelque chose à apprendre

« Bien sûr, je connaissais tous les stéréotypes sur la Russie avant de m'y installer, explique Corey. Le plus gros que les Américains ont est que les Russes sont méchants, grossiers et ne sourient pas. Mais lorsque nous sommes rentrés récemment aux États-Unis et que tout le monde nous a souri, cela m'a paru étrange. Pourquoi est-ce que vous me souriez ? Je ne vous connais pas ».

Après avoir vécu tant d'années dans le sud de la Russie, Corey a adopté non seulement des habitudes russes, mais aussi caucasiennes. « Il y a deux semaines, je suis allé jouer au basket avec mes garçons ici, en Amérique. Et, sur le terrain, j'ai vu des gens que je ne connaissais pas et je suis immédiatement allé vers eux pour leur serrer la main. Aux États-Unis, nous ne le faisons pas, mais dans le Caucase, il est absolument normal de saluer tous les hommes présents dans une pièce ou une salle de sport. Ces personnes ont pensé que j'étais étrange et m'ont regardé avec méfiance, mais ont fini par sourire ».

Corey confie aussi qu'il a été impressionné par la façon dont les gens là-bas prennent soin de leurs parents âgés et a appris à faire de même avec les siens : « Il n'y a pas une seule maison de retraite en Tchétchénie, juste pensez-y ». La chose qu'il ne veut cependant pas adopter concerne l'éducation de ses fils : « Là-bas, les pères élèvent leurs fils pour qu'ils soient courageux et ne les punissent pas, mais ils ne les prennent pas dans leurs bras et ne leur parlent pas de leur amour ».

Dans cet autre article, retrouvez le témoignage d’étrangers, dont deux Français, ayant décidé de s’installer dans la province russe.

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