Trois histoires rocambolesques d’un expatrié français ayant eu affaire à la police russe

MartinZerg/Visual Hunt
Les forces de l’ordre russes font, dans l’imaginaire collectif, l’objet de visions quelque peu caricaturales, tantôt représentées omnipotentes, tantôt corrompues, quand elles ne sont pas tout bonnement associées aux services du KGB. Un Français, résidant en Russie depuis quelques années, partage son expérience haute en couleur suite à divers contacts avec la police locale.

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Selon les données de son ministère de l’Intérieur, la Russie comptait en 2019 quelque 746 859 officiers de police. Un nombre qui, rapporté à la population, apparaît comme l’un des plus élevés au monde (50,9 policiers pour 10 000 habitants). À titre de comparaison, les États-Unis affichaient en 2018 un taux de 21 officiers pour 10 000 citoyens, tandis que celui de la France se portait, en 2019, à 2,7 agents pour 10 000 personnes (police et gendarmerie réunies).

S’il convient de relativiser ces chiffres, compte tenu des différences entre les pays (le statut d’officier de police en Russie serait notamment attribué à des employés aux fonctions diverses et ne correspondant pas nécessairement à un poste de maintien direct de l’ordre), les étrangers remarquent invariablement la forte présence de ces gardiens de la paix dans l’espace public.

En vivant sur place, j’ai ainsi inéluctablement eu à rentrer en contact avec certains de leurs représentants, quand ils ne sont pas d’eux-mêmes directement venus frapper à ma porte. Aujourd’hui, je vous livre trois anecdotes qui resteront, je le pense, gravées à jamais dans ma mémoire.

Embarqué, direction le poste

Place centrale de Kyzyl

Fin août 2019, je me suis lancé dans un grand périple sibérien, dont l’un des moments forts devait être mon passage au Touva, région bouddhiste comptant parmi les plus reculées de Russie et que je rêvais de visiter depuis fort longtemps.

Mon appréhension avant cette étape aux portes de la Mongolie était toutefois grande, cette république jouissant d’une sombre réputation, puisque détentrice des pires indicateurs de criminalité du pays. En effet, s’il a nettement diminué depuis, le taux d’homicide y était, il y a 10 ans, égal à celui qu’affiche actuellement le Salvador, nation dominant ce triste classement mondial. Par conséquent, rien ne laissait guère présager que, durant ce séjour, le criminel ne serait autre que moi.

Sur place, alors que je déambulais paisiblement dans la capitale, Kyzyl, photographiant ici et là des monuments et édifices me semblant dignes d’intérêt, au détour d’une rue, un immeuble de construction récente, se démarquant particulièrement des environs, a à son tour attiré mon regard. M’arrêtant et braquant mon objectif vers sa blanche façade, j’ai cependant constaté l’ouverture simultanée de sa porte d’entrée et l’approche vers moi de trois hommes.

Comme ils ne tarderont pas à me l’expliquer, ce bâtiment appartenait à la branche locale du ministère russe de l’Intérieur, que, selon ces individus, il était interdit de photographier au vu de son caractère stratégique. Me demandant par conséquent le but de ma manœuvre et mes documents, mes interlocuteurs, évidemment des officiers de police, ont alors été étonnés d’apprendre que j’étais un ressortissant étranger en simple voyage de tourisme, le nombre de Russes à se rendre ici de leur plein gré étant déjà mince.

Me faisant monter dans leur voiture pour me conduire au poste, ils m’ont alors inondé de questions, dont les insinuations me laissaient clairement comprendre qu’ils voyaient en moi un espion ou un journaliste non accrédité. Dans leurs locaux, assis sur une chaise face à eux, la tension est toutefois rapidement redescendue, mon intérêt sincère pour leur région les ayant semble-t-il persuadés de ma bonne foi.

Après près de 40 minutes passées en leur compagnie (selon mes estimations, le temps étant difficile à mesurer en de telles circonstances), ils m’ont donc finalement, le sourire aux lèvres, rendu ma liberté, me proposant même de me déposer là où je le souhaitais. À mon retour à Moscou, j’apprendrai toutefois, par mon rédacteur en chef, que durant mon interrogatoire, l’un d’eux avait tout de même appelé mon employeur pour vérifier mes dires.

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Escorte VIP à l’église

Foule devant la cathédrale du Christ-Sauveur lors de la venue des reliques de saint Nicolas

Le printemps 2017 a été l’occasion pour mon père et ma belle-mère de me rendre visite en Russie. Leur ayant programmé un itinéraire passant par différentes villes du pays, notre première étape était naturellement Moscou. Souhaitant leur faire découvrir les principales merveilles de la capitale, c’est en toute logique que je les ai conduits aux abords de la cathédrale du Christ-Sauveur, dominant la cité de ses coupoles dorées.

Néanmoins, qu’elle n’a pas été notre surprise lorsque nous y avons constaté la présence d’une file d’attente, encadrée par des forces de l’ordre, de plusieurs centaines de mètres pour y entrer, là où habituellement l’accès s’effectue librement et sans encombre. Afin de m’informer de la situation, je me suis immédiatement approché d’un policier en poste, qui m’a aimablement expliqué que des reliques de saint Nicolas avaient été temporairement apportées d’Italie et faisaient l’objet d’un pèlerinage sans précédent à Moscou. En un mois, près d’un million de fidèles franchiront en effet les portes de la cathédrale afin de vénérer ces précieux objets.

Désireux malgré tout de permettre à mes proches d’admirer la splendeur des intérieurs de ce lieu de culte, j’ai cependant demandé à l’officier s’il n’était pas possible de contourner la foule pour y entrer. Après quelques regards suspicieux jetés aux alentours, l’homme m’a alors rétorqué : « Vous êtes comment niveau finances ? ». Circonspect, ne comprenant pas aussitôt ce qu’il sous-entendait, je lui ai finalement indiqué être muni de 1 500 roubles, ce à quoi il s’empressera de m’énoncer, on ne peut plus discrètement, que pour 1 000 roubles (une quinzaine d’euros à l’époque) il nous accompagnerait à l’intérieur.

Ayant accepté son offre sans vraiment réaliser l’illégalité du geste, je me suis par conséquent vu, avec mes parents, escorté furtivement par plusieurs agents, se relayant sur de petites portions du trajet, vers l’arrière de la cathédrale. Là, l’on nous a rapidement fait pénétrer au niveau inférieur de l’édifice, un lieu dont je ne soupçonnais pas même l’existence. S’est alors offerte à nous une scène des plus surprenantes. Le sous-sol, où étaient exposés derrière des vitrines divers objets semble-t-il d’une grande valeur, était aménagé autour d’un amphithéâtre. Y siégeaient de nombreux ecclésiastiques en soutanes et couvre-chefs colorés, un spectacle qui, aux yeux du profane que je suis, avait des airs de réunion d’une organisation religieuse aussi mystérieuse que secrète.

L’officier de police nous a ensuite invités à prendre place dans un ascenseur, dont je n’aurais également jamais deviné la présence. À l’ouverture des portes, nous nous sommes finalement retrouvés au beau milieu de la cathédrale, après avoir dépassé en quelques instants plusieurs milliers de pèlerins.

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Le mystère de la table de nuit

L'une des deux cuisines de notre appartement communautaire, resté dans son jus depuis de nombreuses décennies

Cette histoire, la plus récente, m’est arrivée il y a quelques jours seulement. Résidant en appartement communautaire, je suis habitué à ce que des colocataires frappent régulièrement à la porte de ma chambre pour diverses raisons. Aussi, c’est insouciant que je l’ai ce jour-là ouverte, pour découvrir avec stupéfaction que mon visiteur était un officier de police, chemise bleu clair et grades arborés.

Ayant reçu mon autorisation à franchir le seuil, il n’a pas tardé pas à m’expliquer avoir été appelé pour une affaire, qui se révèlera de la plus haute importance. De multiples théories ont alors subitement défilé dans mon esprit, notre appartement ayant été ces dernières années le théâtre de bien des mésaventures dignes d’un polar. « On nous a rapporté la disparition d’une table de nuit dans le couloir », m’annonce-t-il avec sérieux.

La veille, j’avais en effet noté la présence d’un vide près de l’escalier menant à l’étage supérieur, à côté de la porte de la chambre d’un couple de retraités tatars. Ce logement étant habité par une douzaine de personnes, sa porte principale n’est effectivement jamais fermée à clef et n’importe qui peut y pénétrer, ce qui nous a par le passé valu l’irruption de bien des intrus. Cet état de fait, combiné à la personnalité parfois caractérielle des locataires et propriétaires (l’appartement, s’étalant sur près de 450m² et divisé en une quinzaine de chambres, est partagé entre cinq propriétaires), explique à lui seul cet odieux méfait.

Malgré une enquête rondement menée, impliquant une multitude de questions posées aux résidents et l’analyse attentive de la scène du crime et de l’ensemble de l’appartement, le malheureux meuble n’a, à la conclusion de ces quelques lignes, toujours pas refait surface.

Ce texte est le fruit d’une expérience personnelle et ne se veut en rien le reflet de l’entière réalité ni de l'avis de la rédaction.

Dans cet autre article, nous vous expliquions justement que faire si vous êtes arrêté par la police en Russie.

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