Dix choses que les femmes russes s’efforcent d’éviter durant leur grossesse

Donner naissance est un véritable défi dans n’importe quelle société, mais en Russie, les jeunes femmes ont à affronter toute une série d’embûches: de la paperasse nécessaire pour profiter des joies du congé maternel aux refrains des proches plus âgés, qui insistent pour qu’elles respectent les anciennes superstitions.

1. Reporter sa visite chez le médecin

En Russie, une femme enceinte doit consulter un docteur au plus tard 12 semaines après la conception de l’enfant. La grossesse et l’accouchement sont compris dans le système d’assurance médicale obligatoire, et n’entrainent donc aucune dépense pour les Russes. De plus, durant l’enregistrement de sa grossesse, une femme reçoit environ 600 roubles (8 euros) de la part de l’État. Elle peut cependant tout à fait faire le choix d’une clinique privée. Quel que soit l’établissement sélectionné, elle devra ensuite passer de nombreux tests médicaux.

« Nous avons énormément de diagnostics, j’ai passé plein de tests trois fois, l’échographie doit être faite trois fois également », assure Alexandra Karlinskaïa, une manager d’un centre éducatif qui a récemment donné naissance à une petite fille. Certaines femmes rendent visite au médecin encore plus souvent, effectuant plusieurs examens sanguins afin de vérifier leur taux de glucose et la présence d’éventuelles infections.

2. Oublier de s’occuper des documents au travail

Une femme enceinte peut prendre un congé maternité à partir de 30 semaines et son travail sera gelé jusqu’à la naissance de l’enfant. Certaines femmes prennent également des jours de congé. « Le médecin fournit les documents nécessaires et un certificat médical pour 140 jours, vous le transférez au département financier et dans les 10 jours vous recevez l’argent pour votre congé maternité », explique Alexandra. La somme est calculée sur la base du salaire moyen de la femme au cours des deux dernières années. « J’ai reçu environ trois fois mon salaire », précise-t-elle. Une femme sans emploi obtient au minimum environ 34 000 roubles (500 euros). Le montant maximal est approximativement de 290 000 roubles (4 200 euros). Après son accouchement, une femme reçoit un montant forfaitaire de près de 16 000 roubles (230 euros). Si elle met au monde un deuxième enfant, elle touche environ 450 000 roubles (6 500 euros), une aide appelée « capital maternité », qui peut être dépensée pour l’éducation et le logement de l’enfant. Enfin, si elle a un troisième bébé, elle bénéficie d’avantages tels que la gratuité des transports publics, des vacances supplémentaires, etc.

Lire aussi : Études gratuites et exonération d’impôts: comment la Russie stimule la natalité

Une fois les 140 jours écoulés, une indemnité mensuelle est versée sur le compte en banque de l’heureuse maman jusqu’à ce que l’enfant ait un an et demi. Le montant est là aussi basé sur son salaire et varie de 3 000 roubles (40 euros) à 24 000 roubles (350 euros). Une femme peut rester à la maison pour les trois premières années de l’enfant, mais beaucoup choisissent de reprendre le travail avant.

3. Choisir sa maternité au dernier moment

Le processus de sélection d’une maternité est assez simple : au bout de 30 semaines de grossesse, une femme enceinte reçoit un certificat de naissance. Grâce à ce document elle peut accoucher gratuitement dans n’importe quel hôpital public. « Si une femme a un problème de santé, son docteur doit lui conseiller de se rendre dans un hôpital disposant par exemple d’une unité de cardiologie compétente », avance Tatiana Rousakova, une journaliste et maman d’un garçon et d’une fille.

Si la mère souhaite profiter de services supplémentaires ou accoucher dans une clinique privée, elle doit signer un contrat pour un accouchement payant. Le prix dépend de l’établissement. « Par exemple, à la clinique Setchenov (à Moscou), où j’ai signé un contract, ça coûte environ 99 000 roubles (1 500  euros), confie Alexandra. Mais initialement ma polyclinique locale voulait m’envoyer vers un autre hôpital voisin, donc j’ai dû remplir un formulaire de refus, car j’avais choisi cet établissement avant », ajoute-t-elle.

Lire aussi : L’application russe qui aide les femmes à tomber enceintes

4. Dormir sur le ventre

De nombreux docteurs conseillent aux femmes enceintes de dormir sur le côté gauche, afin que le bébé exerce moins de pression sur les organes internes de la mère, rapporte Maria Zagriadskaïa, manager en ressources humaines et mère de deux filles. « Cela manque énormément à celles qui aiment le faire de ne pas pouvoir dormir sur le ventre. Je ne pouvais pas dormir sur le dos, car ça me faisait mal », raconte-t-elle.

5. Prendre des médicaments

« Quand vous êtes enceinte, le docteur ne vous prescrit pas de cachets, au cas où ils pourraient être nocifs pour le bébé, assure Maria. Je suis devenue allergique à la crème ordinaire pour les mains. En fait, une femme enceinte peut soudainement devenir allergique à n’importe quoi. Par conséquent les médecins recommandent d’arrêter de consommer du chocolat, des agrumes, des fraises et de l’alcool, tout ce qui serait susceptible de déclencher une allergie ».

« J’ai eu une toxicose sévère, se rappelle Alexandra. J’ai appris que dans une clinique locale il était possible d’obtenir une perfusion sans avoir à rester à l’hôpital, mais je me suis sentie mal uniquement le matin, alors je ne l’ai pas utilisée. Au final, j’ai quitté la ville pour un moment et me suis sentie mieux à la campagne. Certains disent que l’eau avec du citron et les bonbons à la menthe peuvent aider, mais le traitement contre la toxicité n’est pratiquement pas fourni ».

Lire aussi : De la maternité à la start-up, pourquoi les jeunes mamans russes créent leur business

6. Refuser les petits plaisirs

« Les médecins disent qu’il est mieux de ne pas manger de pâtisseries et de chocolat, mais je n’ai pas suivi ce régime et ai mangé tout ce que je voulais, et allais même au McDonald’s », avoue Alexandra. « Au cours des derniers mois de grossesse j’ai été assaillies de brûlures d’estomac, et seules les frites me sauvaient », insiste-t-elle.

« En principe, vous pouvez manger de tout, s’accorde Elena Potapova, une journaliste et jeune maman d’un petit garçon. Je n’ai pas mangé de viande ou de poisson cru car j’avais peur d’être empoisonnée. Mais plus le menu d’une femme enceinte est varié, mieux c’est pour son enfant ».

7. Abandonner le sport

Il est déconseillé aux femmes enceintes de pratiquer des sports intenses impliquant de sauter ou de courir. « J’étais fan d’aquagym mais les cours spéciaux pour femmes enceintes sont assez chers », assure Maria. « Je suis allé à la piscine quelques fois mais n’ai pas trop aimé ça, se souvient de son côté Elena. J’ai donc choisi le yoga et ai complètement remplacé le bus par la marche rapide ».

Lire aussi : Congé paternité: dix ans après son introduction, la société russe y est-elle prête?

8. Lever les bras

« J’ai entendu dire qu’il ne faut pas lever les bras durant la grossesse car le cordon ombilical peut s’enrouler autour du bébé, avance Alexandra. Même si j’ai réellement essayé de ne pas le faire, c’est quand même arrivé à mon enfant, donc je ne pense pas que ce soit vrai ».

« Je me rappelle que ma mère m’avait dit de ne pas lever les bras, se remémore Elena. Mais durant presque toute ma grossesse je suis allé au yoga et nous levions nos bras à chaque leçon, nous nous tenions parfois même à l’envers, je me sentais vraiment bien ».

9. Croire aux superstitions

Dans la Rus’ antique, les cheveux longs étaient considérés comme un symbole de pouvoir et l’on pensait que les femmes enceintes ne devaient pas les couper. Les femmes russes d’aujourd’hui ne croient néanmoins plus en ces superstitions. « J’ai coupé mes cheveux, ai fait des manucures, je ne voulais pas renoncer à mon apparence », confie par exemple Alexandra.

Lire aussi : Comment une petite fille russe de 4 ans a appris à parler 7 langues

« La seule superstition que j’ai respectée durant mes deux grossesses a été de résister au désir d’acheter des choses pour le bébé qui n’était pas encore arrivé, renchérit Tatiana. Toutes ses affaires ont été des cadeaux de mon mari et de mes proches reçus immédiatement après l’accouchement ».

« Beaucoup de personnes ne parlent pas de leur grossesse et ne montrent pas leur bébé durant ses premiers mois, de peur que cela porte malheur, affirme Maria. Autrefois, le niveau de la médecine n’était pas très élevé, les parents essayaient donc de minimiser le contact de leur enfant avec les autres, mais aujourd’hui ce n’est qu’une superstition ».

10. S’oublier soi-même

« Une semaine avant l’accouchement j’ai passé un super moment au mariage d’amis dans un club de jazz, se souvient Alexandra. Ils disent que les bébés aiment le jazz, alors je lui ai offert la chance d’en écouter ».

« Je suis allée en boîte de nuit durant le septième mois, nous avions une soirée au boulot, note Maria. Tout dépend de comment vous vous sentez ».

« Je pense que la grossesse n’est pas une maladie », soutient Elena, avant d’ajouter qu’il vaut mieux éviter de lire les forums en ligne pour femmes enceinte, afin d’échapper à l’anxiété et aux tracas inutiles. « À mon avis, le principal pour une femme enceinte est de profiter pleinement de la vie », conclut-elle.

La naissance d’un enfant est un événement important dans la vie d’une personne. Découvrez comment de jeunes mères russes ont vécu cela comme un bouleversement majeur.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

À ne pas manquer
Plus d'histoires et de vidéos passionnantes sur la page Facebook de Russia Beyond.