De jeunes mères russes racontent comment leur enfant a bouleversé leur vie

Olesia Vlasova
La photographe russe Olessia Vlasova a questionné les jeunes parents sur leur nouvelle vie avec leurs enfants. Les histoires qu’elle a entendues ne parlent pas toutes de sourires et de bonheur, mais plutôt de responsabilité et de la manière dont on vit quand l’ancien monde s’effondre et la nouvelle réalité n’est pas livrée avec un mode d’emploi.

Crédit : Olessia VlasovaCrédit : Olessia Vlasova

« L’idée du projet est née en même temps que mon propre fils. Depuis qu’il est né, absolument tout dans ma vie a changé irréversiblement. Mon monde habituel s’est effondré et ne pourra jamais revenir comme avant. J’aime profondément mon fils et je prends bien soin de lui, mais je n’arrivais pas à savoir ce que je devais faire.

Malgré l’horreur que je ressentais, j’ai commencé à poser les questions qui me travaillaient aux amis, devenus aussi parents récemment, et à les prendre en photo. Aujourd’hui, je comprends que c’est bien de grandir et de prendre des responsabilités ; c’est une bonne chose de penser aux proches et pas uniquement à soi.

Quand je présente mon projet en public, j’essaie de préserver l’anonymat des participants, j’ai donc réarrangé les morceaux d’entretiens et les photos. Les photos ne représentent pas toujours les personnes citées, mais elles montrent les similitudes dans la pensée de tous les participants du projet ».

Crédit : Olessia VlasovaCrédit : Olessia Vlasova

« Quand j’étais enceinte, j’étais effrayée par mon ventre qui poussait. Je ne pouvais pas voir le bébé grandir, je ne voyais que moi qui grandissais. J’étais surtout choquée par tous ces changements dans mon corps que je ne pouvais pas contrôler, comme s’il ne m’appartenait plus. C’était comme si j’étais une machine et qu’un programme était mis en marche. La naissance, l’allaitement et ainsi de suite… ».

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« Quand j’ai compris comment communiquer avec les enfants, tout est devenu plus facile. Mais quand mon enfant est né… les bébés sont si stressants. Dans quatre ans, tout sera beaucoup plus simple et je sais ce que je ferai alors ».

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« J’ai vu mes enfants pour la première fois au lendemain de leur naissance. Je ne pouvais pas les prendre dans mes bras, ils étaient sous perfusion. Je me souviens juste du moment où ils sont sortis. « Le premier arrive ! » et les médecins sortaient N., si minuscule. Quand M. est sorti, j’ai d’abord vu un nez. J’ai ressenti le bonheur, puis la peur. Je savais comment les choses devaient se passer, mais le tableau parfait était brisé et j’ai compris que ce n’était pas du tout ça ».

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« Je ne baptiserais pas un enfant, je pense que c’est une décision personnelle et consciente. Mon mari est un athée convaincu. Ma mère et ma grand-mère sont croyantes, mais elles ne suivent pas les traditions. Leur foi est réduite à des rituels bizarres, comme « verse de l’eau bénite sur lui et tout ira bien ». Mon mari pense que ce n’est pas bien ».

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« Ma gynéco, qui m’a suivie pendant la grossesse, a trois fils et, à chaque fois, elle a eu une dépression post-partum. En attendant, elle est directrice d’une maternité et sait ce que traversent les femmes. La première fois, allongée avec son bébé à ses côtés, elle s’est demandée ce qui se serait passé si elle avait avorté. La deuxième fois, elle avait peur, parce que le bébé était tordu, bleu et extrêmement maigre… La troisième fois, elle n’était pas loin de la quarantaine et s’est demandée : « Pourquoi tu fais encore ça, vieille folle ? », puis elle est de nouveau plongée en dépression. J’étais moi aussi secouée après l’accouchement. J’avais peur de mal faire les choses et cette peur me paralysait ».

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« Je pensais que j’aurais un bébé calme et silencieux. Quand je l’ai vu, j’étais ravie. Je pensais que je pourrais le nourrir et le coucher et que tout serait parfait. Puis, j’ai été choqué de le voir sans couche, tellement il était vigoureux. Je ne savais pas comment le nourrir, comment le laver, et puis il y a eu les cris, les pleurs, la précipitation, les massages, les lavements… C’était dur pour moi ».

Crédit : Olessia VlasovaCrédit : Olessia Vlasova

« Je ne me suis jamais imaginée mère et je n’ai toujours pas l’impression d’en être une. Je pensais seulement : je veux tomber enceinte, alors que trois médecins m’ont dit que je ne le pourrais pas. J’ai décidé de vivre pour moi-même et, à 28 ans, suis devenue mère de deux enfants – c’était, pour ainsi dire, une surprise. Auparavant, j’étais triste de ne pas pouvoir avoir d’enfants, mais en voyant des femmes payer des sommes astronomiques pour tomber enceintes, je pensais : « Vous êtes folles. Pourquoi faire ? ». C’est super quand ça arrive sans qu’on s’y attende et ça unit la famille. Mais payer pour la procédure… Il y a tant d’opportunités de vivre pour soi-même. Sinon, on peut adopter ».

Crédit : Olessia VlasovaCrédit : Olessia Vlasova

« Je me sentais coupable et je n’arrivais pas à y faire face toute seule. Je m’attendais à ce que ma mère m’aide davantage. Rapidement, j’ai noté le manque de compréhension entre moi et mes amis, qui me disaient simplement de laisser mon enfant à ma mère. « Les enfants éclatent en larmes, puis ils s’arrêtent tout simplement », disait-elle. Elle ne me comprenait pas du tout ».

« Tous mes projets de développement personnel se sont effondrés. Quand mon enfant avait deux ou trois mois, je l’ai laissé à mes parents pour pouvoir prendre une douche. Mais je l’ai immédiatement entendu pleurer et suis tout de suite retournée auprès de lui. Quand il avait six mois, j’essayais de lire ou de dessiner. Impossible. Je n’ai pas lu un seul livre en 2 ans… ».

Crédit : Olessia VlasovaCrédit : Olessia Vlasova

« Maintenant, je comprends qu’on a besoin de se détendre et de profiter du moment. Pas besoin de m’inquiéter que je ne comprends plus mes amis ou que je ne communique plus avec eux comme avant… Après l’accouchement, je m’inquiétais beaucoup à ce sujet, j’avais toujours faim, mais je devais suivre un régime… et les hormones faisaient partie du « bouquet ».

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