Le phénomène Benoît Hamon vu de Russie

Manuel Valls et Benoît Hamon à l'issue du deuxième tour de la primaire socialiste.

Manuel Valls et Benoît Hamon à l'issue du deuxième tour de la primaire socialiste.

Reuters
​Les résultats du second tour des primaires du Parti socialiste accentuent la scission de la gauche et augmentent les chances du candidat indépendant Emmanuel Macron à la prochaine présidentielle, estiment les experts russes et avertissent que si ce dernier s’installe à l’Élysée, des moments difficiles pourraient survenir dans les relations russo-françaises.

La victoire de l’ancien ministre de l'Éducation nationale Benoît Hamon sur Manuel Valls (avec un score de 59% contre 41%) au second tour de la primaire du PS n’augmente pas ses chances de devenir président et les fruits de ce triomphe pourraient revenir à un autre candidat, assurent les experts russes.

« La terre brûle sous les pieds des socialistes français », a déclaré à RBTH le politologue Fiodor Loukianov. Selon lui, la victoire de Benoît Hamon a illustré une nouvelle fois la sérieuse scission qui mine le PS. Les socialistes français semblent divisés entre Benoît Hamon, qui symbolise « le retour aux sources » (ce que sous-entend traditionnellement la plateforme socialiste), et son rival Manuel Valls, qui représente l’aile droite du parti. Dans cette situation, les socialistes doivent se préoccuper du rétablissement de l’unité dans leurs rangs en repoussant à plus tard les dossiers relatifs à la politique de la France à l’égard de la Russie, a-t-il fait remarquer.

D’ailleurs, il est peu probable que les socialistes puissent aujourd’hui proposer une idée ou une vision nouvelle des relations entre Paris et Moscou, affirment les experts russes. Andreï Souzdaltsev, vice-doyen de la faculté de la politique internationale et de l’économie mondiale de la Haute école d’économie, estime que Benoît Hamon n’a présenté aucun nouveau concept de politique étrangère ni proposé de réviser le rôle du pays au sein des relations internationales, notamment en ce qui concerne les rapports entre Paris et Moscou. Il ne propose aucune « déviation » vis-à-vis de la direction tracée par la présidence de François Hollande.

Éventuelle victoire d’un atlantiste

Toutefois, cela n’a pratiquement aucune importance, les sondages classant le candidat du PS à la cinquième place aux élections. Dans ces conditions, l’électeur socialiste devra choisir « son » candidat parmi ceux qui ont une chance réelle de vaincre, a indiqué Iouri Roubinski, directeur du Centre des études françaises de l’Institut de l’Europe. Ce candidat  pourrait être Emmanuel Macron, ex-ministre de l’Économie et ancien membre du PS. En tant que « petit nouveau » dans le monde politique, il pourrait gagner les sympathies non seulement des partisans d’Emmanuel Valls, mais également de ceux de Benoît Hamon, qui devront « bon gré mal gré » le soutenir si au second tour il a pour rival un candidat de la droite. Il est évident que la cote d’Emmanuel Macron est aujourd’hui en hausse suite au scandale qui éclabousse la femme de l’un des leaders de la campagne présidentielle, François Fillon. Cette affaire risque de placer ce dernier à la deuxième place, après la présidente du Front national (FN) Marine Le Pen qui arriverait en tête, selon un récent sondage sur les intentions de vote au premier tour.

Une victoire des candidats de la droite, François Fillon et Marine Le Pen, serait « plus productive » pour la Russie, a poursuivi Iouri Roubinski. Les deux candidats préconisent la levée des sanctions introduites contre Moscou, ainsi qu’une lutte commune contre les islamistes radicaux. Quant à Marine Le Pen, elle est allée jusqu’à admettre l’appartenance de la Crimée à la Russie. Mais c’est tout autre chose pour Emmanuel Macron. « Lui est atlantiste. Il n’a pas l’intention de se distancier des États-Unis dans le cadre de l’Otan ni de l’Allemagne dirigée par Angela Merkel, dont l’attitude envers la Russie est loin d’être idéale pour Moscou », a-t-il expliqué.

« Ça n’ira pas mieux »

Dans le même temps, les experts appellent à voir d’un œil critique les déclarations de politiques occidentaux, notamment français, parfois qualifiées de « prorusses » par les médias. Toujours d’après Andreï Souzdaltsev, le dossier des relations avec la Russie est souvent exploité dans la lutte politique intérieure des candidats, comme ce fut le cas dans la campagne de Donald Trump ou lors du vote sur la reconnaissance du nouveau statut de la Crimée par les assemblées législatives de certaines régions italiennes. Les déclarations conciliantes en faveur de la Russie ne doivent pas toujours être prises au pied de la lettre, a-t-il affirmé.

Même en cas de victoire de Marine Le Pen, les relations entre Paris et Moscou ne deviendront pas radieuses du jour au lendemain, a-t-il indiqué. Car les problèmes proviennent du rôle croissant de la Russie sur la scène internationale. «  Nous sommes trop grands. Nous sommes gênants. Ça n’ira pas mieux pour nous avec qui que ce soit  », a-t-il constaté pour conclure.

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