La primaire de la droite et du centre vue par la presse russe

22 novembre 2016 Ekaterina Sinelchtchikova
Les médias russes suivent attentivement la course préélectorale en France et n’hésitent pas à citer le favori du Kremlin. L’ex-premier ministre François Fillon pourrait facilement tenir le rôle du « nouvel ami » de Moscou.

Le président russe Vladimir Poutine et l’ex-premier ministre français François Fillon. Crédit : APLe président russe Vladimir Poutine et l’ex-premier ministre français François Fillon. Crédit : AP

L’ex-premier ministre François Fillon est le grand vainqueur du premier tour de la primaire de la droite et du centre. Il affrontera Alain Juppé au second tour, le 27 novembre, lui aussi ancien chef de gouvernement. Pour ce qui est de Nicolas Sarkozy, candidat privilégié par Moscou, exclu de la compétition dès le premier tour, il n’aura pas l’occasion de relancer les relations avec la Russie. Toutefois, Moscou n’est pas désappointé pour autant. François Fillon est en effet une connaissance et un partenaire de longue date de Vladimir Poutine et c’est à lui que les médias russes prédisent la victoire.

« Les Républicains se joignent à la coalition russe »

L’échec de Nicolas Sarkozy contrarie cependant les Russes car le président avait beaucoup œuvré en faveur de Moscou sur la scène internationale.

« Quand la Russie s’est retrouvée sous pression à cause du conflit russo-géorgien, Nicolas Sarkozy a été l’unique dirigeant européen à défendre notre position et il n’a pas eu peur de s’élever contre l’Amérique », constate Irina Komarovskaïa, experte de l’histoire de France, dans un entretien avec le site Gazeta.ru.

C’est Nicolas Sarkozy qui est devenu en 2008 le personnage principal des négociations entre la Russie et la Géorgie. Toutefois, si François Fillon devait s’installer à l’Élysée, ce ne sera pas mauvais non plus pour le Kremlin, a-t-elle poursuivi, car il fut le premier ministre de Nicolas Sarkozy tout au long de son mandat de président.

C’est aussi lui qui s’est montré favorable à un rapprochement avec la Russie dans la lutte contre Daech [organisation terroriste interdite en Russie, ndlr], indique Nezavissimaya Gazeta dans un article intitulé Les Républicains français se joignent à la coalition russe.

Les médias font pourtant remarquer que dans la campagne présidentielle française le sujet de la Russie est le plus souvent – pour ne pas dire exclusivement – évoqué en relation avec la crise syrienne.

« François Fillon a déclaré qu’il réviserait la position [de la France] vis-à-vis de la Russie en critiquant vivement François Hollande », a rappelé au journal Evguenia Obitchkina, professeure à l’Institut des relations internationales de Moscou.

En ce qui concerne Alain Juppé, sa position est plus compliquée parce qu’il s’est trouvé mêlé de très près à la campagne libyenne, en tant que ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy. « Alain Juppé s’est alors vivement élevé contre la position de la Russie qui n’avait pas soutenu l’ingérence en Syrie et qui vilipendait l’intervention militaire en Libye », a-t-elle expliqué.

« L’ami François »

Le magazine Expert évoque quant à lui, la position de François Fillon au sujet des sanctions décrétées contre la Russie. Ce dernier est sans doute l’unique représentant de l’élite politique française qui considère, avec tout son sérieux, l’impératif tracé dans le domaine de la politique étrangère par le général de Gaulle : une Europe unie « de l'Atlantique à l’Oural ».

Il a dans son entourage depuis plusieurs années des partisans d’un rapprochement avec Moscou, fait observer Expert. Le plus connu d’entre eux est probablement Thierry Mariani qui a organisé des visites de parlementaires français en Crimée (sud) en 2014 et 2016, qui estime la question de l’appartenance de la péninsule désormais réglée une fois pour toutes et qui a l’intention de se rendre dans la Donbass.

En outre, un lien entre François Fillon et Moscou a été tissé personnellement par Vladimir Poutine qui, après la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, l’a appelé pour lui demander ce qu’il avait l’intention de faire. « Élu par la suite député de Paris, l’ancien premier ministre a maintenu son statut d’homme politique à l’échelle internationale dans une grande mesure grâce à Vladimir Poutine », peut-on lire dans les colonnes d’Expert

« Le pays est vacciné contre la droitisation »

Par ailleurs, de nombreux experts estiment que, dans le cadre de la prochaine présidentielle, la Russie a raison de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et de maintenir des contacts cordiaux avec le principal concurrent des Républicains, la nationaliste Marine Le Pen (Front national) qui a effectué plusieurs visites de travail en Russie, constate Gazeta.ru. Quant au Parti socialiste (PS), il n’a pratiquement aucune chance de rester au pouvoir après la présidence de François Hollande.

Selon les interlocuteurs de l’agence russe RBC, dans le cadre de la crise actuelle des élites politiques en France qui ressemble à s’y méprendre à celle que connaissent les États-Unis, une surprise comme la victoire du Brexit ou celle de Donald Trump est peu probable. Il voient plutôt Alain Juppé l’emporter : « Le pays est vacciné contre la droitisation : même dans les temps les plus difficiles pour l’Europe, dans les années 1930, quand les pays voisins vivaient la fascisation de l’élite politique, la France n’a rien connu de tel ».

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