Revue de la presse: la primaire de la gauche vue de Moscou

23 janvier 2017 Maria Sokolovskaïa
Le premier tour de la primaire de gauche n’a pas suscité dans la presse russe le même intérêt que celle de la droite et du centre qui a propulsé en novembre dernier sur le devant de la scène François Fillon, homme politique que les médias n’ont pas alors tardé à qualifier de « favori » du Kremlin. Fait curieux, son nom et celui de Marine Le Pen figuraient plus souvent dans les médias russes que ceux des candidats de la gauche ce 23 janvier.
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S’il a suscité moins d’intérêt que le vote de la droite, l’événement a attiré l’attention des médias russes. Crédit : AP

« Pas de tournant dans les relations avec la Russie »

Dans son article paru dimanche, le journal Gazeta.ru écrit que bien que la course présidentielle ne fasse que commencer, elle a déjà dérapé, suivant un scénario que les élites politiques n’avaient pas prévu : parmi les favoris figurent d’ores et déjà Marine Le Pen et François Fillon, connus pour leurs points de vue plus ou moins radicaux et leur intention d’améliorer les relations avec la Russie.

Cité dans l’article, le directeur du Centre des recherches européennes de la Haute école des sciences économiques Timofeï Borodatchev estime que c’est M. Fillon qui a plus de chances de devenir le prochain locataire de l’Elysée. « Je le vois comme le prochain président de la République, surtout s’il emprunte une partie de l’ordre du jour de la droite », estime-t-il.

Il souligne toutefois qu’il ne faut pas s’attendre à un changement radical dans les relations entre la Russie et la France. « La tâche principale du futur président du pays – qui que ce soit – est de modifier la situation critique de la France au sein de l’UE, car les positions des Français ont reculé au cours de ces dix dernières années. Dans ce contexte, il n’y aura pas de percée dans les relations bilatérales », conclut l’expert.

« J’espère que les électeurs français seront assez raisonnables pour ne pas élire (Marine) Le Pen. Il est prématuré de poser la question d’un tournant dans les relations franco-russes », estime pour sa part Alexandre Konovalov de l’institut des analyses stratégiques.

Les auteurs de l’article, Valentine Loguinov et Ioulia Matiounenko, rappellent que les deux candidats offrent à Moscou une opportunité de construire un dialogue politique. 

Promesses non tenues

Dans son article pour le quotidien Rossiyskaya Gazeta, Viatcheslav Prokofiev constate le manque d’enthousiasme des électeurs de gauche, rappelant que seuls 1,7 million de Français se sont rendus aux urnes dimanche, contre 2,7 millions en 2011 et contre 4,3 millions de personnes ayant voté lors de la primaire de la droite et du centre en novembre dernier.

« La désintérêt des Français pour la Parti socialiste est lié à la déception générée par la politique des autorités actuelles dans les domaines économique et social et par une série de promesses non tenues », écrit le quotidien.

Tout n’est pas perdu pour Valls

Le journal d’opposition Novaya Gazeta passe en revue les raisons qui n’ont pas permis dimanche à Manuel Valls d’arriver en tête du premier tour de la primaire.

« Homme politique le plus populaire lors de sa désignation au poste de premier ministre, Valls a perdu à ce jour une majeure partie de sa cote de popularité, payant les décisions qu’il a adoptées en tant que chef du gouvernement. En outre, l’apparatchik chevronné qu’est Hollande a éclipsé une partie de son charisme, en forçant Valls à lui exprimer jusqu’au bout sa loyauté », estime Iouri Safronov dans son article.

En outre, il considère que la compagne menée par Manuel Valls n’a pas été aussi efficace qu’elle aurait pu l’être : « En décidant d’écarter de son chemin Hollande et de se présenter à la primaire à sa place, Valls s’est engagé dans une campagne modeste, au cours de laquelle il a décidé de mettre en sourdine ses points forts (…) en se présentant comme calme et raisonnable ».

Toutefois, estime l’auteur de l’article, rien n’est encore perdu pour Valls qui tentera de prendre le dessus sur Benoît Hamon lors des débats télévisés.

« Valls mettra les partisans du PS devant un choix : soit opter pour un candidat fort et il tentera encore de poursuivre la lutte pour la présidence et de +sauver le pays de la menace de la droite conservatrice+, soit voter contre le candidat fort, et alors c’est le fiasco assuré. Ainsi que la fin du Parti socialiste », est-il écrit.

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