Quatre faits surprenants sur les liens entre la religion et la cosmonautique russe

Gennadi Popov/TASS
Pays au riche passé religieux, la Russie est la première à avoir envoyé l’Homme dans l’espace. En 1961, Iouri Gagarine, après son vol, a déclaré ne «pas avoir vu Dieu». La religion et l’astronautique ont cependant toujours été étroitement liées.

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L’idée du voyage dans l’espace a été créée par un philosophe russe orthodoxe. Son nom de famille ? Gagarine.

Portrait de Nikolaï Fiodorov

Professeur et bibliothécaire, Nikolaï Fiodorov (1829-1903) était contre la propriété intellectuelle des livres et des idées, et n’a jamais rien publié de son vivant. Il refusait de se faire photographier ou que quiconque réalise son portrait, et les deux images qui nous restent de lui ont dû être faites en secret. Il ne transmettait qu’oralement son savoir à ses amis et ses disciples. L’inventeur du mouvement cosmiste russe était le fils illégitime du prince Pavel Gagarine (1789-1872). Par un heureux hasard, le premier homme dans l’espace  portera le même nom de famille. De son vivant, Nikolaï était pourtant connu comme Fiodorov, nom emprunté à son parrain.

À la fin de sa vie, Nikolaï travaillait à Moscou à la Bibliothèque Roumiantsev, actuelle Bibliothèque d’État de Russie. Il y a rencontré de nombreux intellectuels de son temps tels que Léon Tolstoï et Constantin Tsiolkovski, le père de la cosmonautique moderne.

Fiodorov était à la fois un Russe orthodoxe strictement pratiquant et un philosophe naturaliste. Sa philosophie était basée sur le prolongement de la vie par la science. Il pensait que les développements spirituels et scientifiques de l’humanité mèneraient à l’avènement de l’idée chrétienne, à l’abolition de la mort et à la résurrection des défunts, au moyen du clonage. Il pensait également que l’exploration spatiale était nécessaire, car les ressources terrestres sont épuisables. Ses disciples, qui se nommaient eux-mêmes les « biocosmistes », diffusaient l’idée de « développement immédiat de la communication spatiale ». Sergueï Korolev, fondateur du programme spatial soviétique, a pris les idées de Fiodorov en considération lors de ses travaux.

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Le pionnier de la théorie astronautique russe était un religieux mystique

Constantin Tsiolkovski au jardin avec les modèles réduits d'un dirigeable en métal

Si Constantin Tsiolkovski est aussi appelé le « de Vinci russe », ce n’est pas pour rien : en plus de ses travaux scientifiques, il était profondément convaincu par le mysticisme. Il déclarait d’ailleurs qu’il a uniquement développé sa théorie comme un complément à la recherche philosophique sur le sujet.

Manuscrit de Constantin Tsiolkovski

À partir de ses 35 ans, il a vécu et travaillé à Kalouga, ville ensuite devenue le centre du mouvement théosophique russe. Devenu sourd très jeune à cause de la scarlatine contractée lorsqu’il était enfant, il était très introverti et est resté autodidacte toute sa vie. Il était cependant également très affectueux et bon vivant, et prétendait avoir eu des visions révélatrices deux fois dans sa vie.

Sa philosophie mêlait théisme, panthéisme et ésotérisme : il croyait en Dieu, mais ne le liait pas au Christ. Alors qu’il développait ses théories de l’exploration spatiale en parallèle des travaux de Fiodorov, il a déclaré : « La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne peut pas vivre dans un berceau pour toujours ».

L’étrange numérologie du premier homme à être allé dans l’espace

Sergueï Korolev

Sergueï Korolev (1907-1966), le principal ingénieur derrière les fusées soviétiques et le vol de Gagarine dans l’espace, a étudié les travaux de Nikolaï Fiodorov et Constantin Tsiolkovski. Leurs conclusions et leurs idées ont inspiré Korolev, qui a créé des vaisseaux propulsés par fusée. L’on n’est toujours pas sûrs aujourd’hui de si Korolev était croyant ou non, mais il était très certainement superstitieux. Par exemple, il ne prévoyait jamais de décollage les lundis, et n’acceptait pas la présence de femmes sur la zone de lancement. Les cosmonautes étaient d’ailleurs connus pour être superstitieux.

L’échelle du paradis de Saint Jean Climaque

Ce qui est remarquable pour ce premier vol spatial, outre son existence elle-même, est le nombre de coïncidences dans sa numérologie : tout d’abord, Gagarine a été envoyé dans l’espace un 12 avril, le jour où Saint Jean Climaque, auteur du traité L’échelle du paradis décrivant l’élévation du corps et de l’âme vers Dieu au travers de l’obédience monastique, est célébré dans le calendrier orthodoxe russe. La métaphore utilisée par Saint Jean Climaque pour décrire cette élévation est l’échelle de Jacob (Genèse 28).

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La durée totale du vol est aussi une coïncidence : le 12 avril 1961, Iouri Gagarine est resté en orbite pendant 108 minutes, le nombre 108 étant sacré dans l’hindouisme et le bouddhisme, car représentant l’harmonie divine, l’accomplissement et le succès. Le second vol spatial, réalisé par Guerman Titov les 6 et 7 août 1961, a duré un jour, une heure et onze minutes.

Beaucoup de cosmonautes étaient (et sont encore) chrétiens

Un prêtre orthodoxe bénit une fusée Soyouz au cosmodrome russe de Baïkonour, Kazakhstan

En 1964, trois ans après son vol dans l’espace, Iouri Gagarine est allé visiter la laure de la Trinité-Saint-Serge, à Serguiev Possad, cœur de l’orthodoxie russe, dans un but purement touristique. Cependant, dans cette ère soviétique totalement athée, cette simple visite lui a causé quelques soucis avec les officiels du Parti. À l’époque postsoviétique, la religion est redevenue une affaire personnelle. Il se trouve que de nombreux cosmonautes russes modernes sont pieux, tout comme c’est le cas pour les astronautes américains : ainsi, en 1963, Gordon Cooper s’enregistrait en train de réciter une prière de Thanksgiving pendant l’un de ses vols. Le 24 décembre 1968, l’équipage d’Apollo 8 a lu les dix premiers versets de la Genèse alors que son vaisseau était en orbite autour de la Lune.

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