Les cosmonautes soviétiques croyaient-ils en Dieu?

Affiche « Sans Dieu, la route s'élargit », 1975\Iouri Gagarine

Affiche « Sans Dieu, la route s'élargit », 1975\Iouri Gagarine

Vladimir Menсhikov; Universal History Archive/Getty Images
La religion était un tabou à l'époque, mais elle s'est néanmoins avérée difficile à éradiquer.

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« Je suis allé dans l'espace, mais n'ai pas rencontré Dieu ». Cette phrase a été attribuée à Iouri Gagarine, le premier homme dans l'espace, après son retour de sa marquante mission. La machine de propagande soviétique s'est servie de cette citation pour, une fois de plus, faire passer le message suivant : la science est supérieure à la religion et, par conséquent, la société soviétique laïque est vouée à la victoire dans la guerre idéologique.

En réalité, cependant, il s'est avéré beaucoup plus difficile d'éradiquer la foi religieuse, et ce, même de l'esprit des cosmonautes soviétiques.

« Je l'ai vu »

Après son retour de l'espace, Gagarine a assisté à une réception au Kremlin. Là, une interaction humoristique aurait eu lieu entre lui, nouvellement devenu une icône, et le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev.

Iouri Gagarine et Nikita Khrouchtchev à l'aéroport de Vnoukovo le 14 avril 1961

Selon l'anecdote attribuée à différentes sources, Khrouchtchev aurait demandé à Gagarine s'il avait vu Dieu dans l'espace. « Bien sûr que je l'ai vu », aurait répondu Gagarine d'un air moqueur.

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La réponse de Khrouchtchev aurait été tout aussi spirituelle : « Je le savais ! Mais ne le dites à personne d'autre ».

Iouri Gagarine, 1963

En réalité, il existe des récits contradictoires sur l'opinion de Gagarine en matière de religion. D'une part, un livre écrit par ses prête-plume et publié sous son nom – Le Chemin du Cosmos – montre son désamour pour les croyances religieuses :

« Le vol spatial habité a été un coup dur pour les hommes d'église. Dans le flot de lettres qui m'ont été adressées, j'ai eu le plaisir de lire des confessions dans lesquelles des croyants, impressionnés par les réalisations de la science, renonçaient à Dieu, convenaient qu'il n'y a pas de Dieu et que tout ce qui est lié à son nom est une fiction et un non-sens ».

En outre, lorsqu'un journaliste de Reykjavík a demandé à Gagarine, qui était en tournée internationale, s'il avait prié avant son vol, le cosmonaute a répondu sèchement : « Les communistes ne prient jamais Dieu ».

Pourtant, certaines sources affirment que le premier homme dans l'espace était un croyant discret, qui ne voulait pas compromettre sa position auprès des autorités soviétiques en exprimant ce qu'il pensait.

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D'autres cosmonautes soviétiques, en revanche, n’ont laissé aucune place au doute quant à leurs convictions.

« Pourquoi crois-je ? »

Le cosmonaute soviétique Gueorgui Gretchko est devenu un fervent croyant pendant la Seconde Guerre mondiale. Il n'avait que dix ans lorsque l'Allemagne nazie a envahi l'Union soviétique, mais les souvenirs des horreurs de la guerre ont déclenché en lui des croyances qu'il a ensuite exprimées de la manière suivante :

« Pourquoi crois-je ? Parce que pendant la guerre, pas même au front, mais à l'arrière ou sous l'occupation, comme cela m'est arrivé, l’on n'a personne d'autre à espérer que Dieu. Et je peux vous dire que presque tout le monde était croyant à l'époque. Parce que [les gens] veulent vivre. Et moi, en tant que garçon, je croyais. Je croyais que j'étais né pour devenir cosmonaute. Et lorsque, par naïveté, par passion, par stupidité, je faisais quelque chose pour m'éloigner de cette voie, je soupçonne mon ange gardien de m'avoir sévèrement puni. Il me poussait au désespoir. Et puis, de la manière la plus incroyable, il me faisait revenir sur mon chemin », a-t-il confié.

Le cosmonaute soviétique Gueorgui Gretchko à bord du vaisseau spatial Soyouz 26

À l'époque soviétique, la foi n'était pas approuvée par l'État. Les cosmonautes – des personnes qui étaient à la pointe de la course technologique soviétique contre le bloc occidental et qui, par conséquent, incarnaient le système soviétique – passaient par une sélection stricte. Il était impensable alors qu'un croyant déclaré puisse être jugé apte à jouer le noble rôle de cosmonaute sous le régime d’URSS.

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Des cosmonautes posent à l'occasion du 700e anniversaire de Serge de Radonège

Néanmoins, comme les sentiments religieux s'avèrent difficiles à enrayer, les autorités fermaient parfois les yeux sur les croyances personnelles des cosmonautes, tant qu’ils pouvaient toutefois les garder pour eux.

Un prêtre orthodoxe bénit une fusée Soyouz au cosmodrome russe de Baïkonour, Kazakhstan

Après l'effondrement de l'Union soviétique, certains des athées officiels ont enfin eu la possibilité de s'ouvrir, sans craindre de répercussions. Alexeï Leonov, le premier homme à avoir effectué une sortie extravéhiculaire et, par conséquent, l'un des pionniers du programme spatial soviétique, a un jour exprimé sa position sur la religion :

« Il est difficile d'exercer notre métier sans avoir la foi. Un cosmonaute qui se rend en orbite doit savoir que tout ira bien. Aujourd'hui [contrairement à l'époque soviétique], il est possible de recevoir la bénédiction d'un prêtre, de se rendre dans une église, et beaucoup le font », a-t-il été cité.

Un prêtre orthodoxe bénit les membres de la prochaine expédition vers la Station spatiale internationale

De nos jours, la pratique communément acceptée par les cosmonautesrusses d'emporter des icônes dans l'espace ou de bénir un vaisseau spatial avant un vol aurait été perçue comme un défi inimaginable envers l'idéologie étatique sous l'URSS.

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