Ces officiers tsaristes ayant presque réussi à stopper les bolcheviks

Getty Images; Pixabay; Domaine public
S'ils avaient été plus chanceux ou plus habiles et avaient vaincu les bolcheviks, ils auraient pu devenir les dirigeants de la Russie au XXe siècle. Mais le destin en a décidé autrement.

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Tous les Russes n’accueillirent pas à bras ouverts la Révolution d'octobre 1917, lorsque les bolcheviks prirent le pouvoir dans un pays affamé, épuisé par la Première Guerre mondiale et brisé par des contradictions internes. Beaucoup partageaient le point de vue exprimé par une femme que l'écrivain Ivan Bounine cita dans son journal, Jours maudits : « Qui a tiré profit des bolcheviks ? C'est seulement devenu pire et tout d'abord pour nous, les gens du peuple ! ».

Certains de ceux qui n'étaient pas satisfaits des communistes s’y opposèrent armes en mains dans le cadre du Mouvement blanc (par opposition à l'Armée rouge bolchévique) pendant la guerre civile, qui éclata en 1918. Cette confrontation brutale dura jusqu'en 1922 et coûta la vie à environ 10 millions de Russes.

Les Blancs furent vaincus, mais leurs chefs et leurs héros avaient fait de leur mieux pour défendre ce en quoi ils croyaient. Qu'est-il advenu de ces hommes ?

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Lavr Kornilov (1870 – 1918)

Commandant en chef suprême de l'armée russe en juillet 1917, le général Kornilov eut une occasion de se débarrasser des bolcheviks avant même leur prise du pouvoir. Alors que les débats politiques faisaient toujours rage, il conduisit ses troupes depuis le front à Petrograd, impatient d'arrêter Vladimir Lénine et d'autres chefs de file bolchéviques.

L'affaire Kornilov échoua cependant : les routes de la capitale avaient été bloquées et les soldats de la garnison, restés fidèles au gouvernement modéré, arrêtèrent Kornilov et ses soldats.

« Il a passé la majeure partie de sa vie à se battre pour la Russie, sa grandeur, son bonheur et sa gloire, et il n'a pas eu le temps de penser aux avantages et aux inconvénients de tout système politique, témoigna l’adjudant de Kornilov. Il n'aimait que l'État en lui-même, qui avait un sens mystique, presque divin pour lui ». Par conséquent, voyant en les bolcheviks des traîtres ayant miné l'unité de la Russie, Kornilov décida de les combattre impitoyablement.

Comme beaucoup d'anti-bolcheviks (allant des monarchistes aux socialistes modérés), Kornilov se rendit près du fleuve du Don, dans le Sud, où l'une des premières forces militaires blanches, l'Armée des volontaires, fut formée. Héros de la Première Guerre mondiale et autorité incontestable, Kornilov prit naturellement la tête de ce mouvement.

« [Pendant les premières batailles] Kornilov a montré les meilleures compétences d'un commandant. Il était toujours avec ses hommes, dirigeant personnellement chaque bataille », écrivit son biographe. Finalement, c’est cela qui entraina sa disparition : en avril 1918, il fut mortellement blessé par une grenade. Très tôt, les Armées blanches perdirent ainsi l'un de leurs meilleurs leaders.

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Anton Denikine (1872 - 1947)

« Je croyais avant, et je crois toujours, que la lutte contre les bolcheviks jusqu'à ce qu'ils soient vaincus est nécessaire, déclara un jour le général Denikine. Sinon, non seulement la Russie, mais toute l'Europe, se transformera en ruines ». En tant qu'associé de Kornilov, il prit le commandement de l'Armée des volontaires après la mort de ce dernier, en avril 1918.

Plus tard, Denikine dirigea les Forces armées du Sud de la Russie, qui combattirent courageusement contre les Rouges, s'emparant de la Crimée, de l'Ukraine et d'une grande partie du Sud de la Russie, pour atteindre Moscou en octobre 1919. Néanmoins, les bolcheviks parvinrent à regrouper leurs forces et à vaincre cette armée blanche. À partir de l'hiver 1919-1920, Denikine battit en retraite, perdant les villes les unes après les autres, pour finalement se voir forcé de démissionner en avril. Il quitta aussitôt la Russie sur un navire de guerre britannique et, selon ses mémoires, « avec le sentiment de chagrin le plus profond ».

En émigré, Denikine mena une vie paisible, écrivant ses mémoires. Pendant la Seconde Guerre mondiale, déjà vieillard, il critiqua les émigrés blancs ayant décidé de se ranger du côté d'Hitler pour libérer la Russie des communistes (ce point de vue fut soutenu, par exemple, par le général Piotr Krasnov) : « Vous ferez couler du sang russe, en vain, et la Russie ne sera pas libérée [par les nazis] mais seulement réduite en esclavage », affirma-t-il.

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Alexandre Koltchak (1874 – 1920)

Pendant que Kornilov et Denikine se battaient dans le Sud de la Russie, l'amiral Koltchak attaquait les bolcheviks en Extrême-Orient et en Sibérie. Explorateur de l'Arctique durant son temps libre, il avait combattu pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et dirigé la flotte de la mer Noire pendant la Première Guerre mondiale. Koltchak avaient également passé un an à l'étranger après avoir été forcé de démissionner par les bolcheviks (en raison de son statut de monarchiste convaincu). En septembre 1918, il revint cependant pour libérer son pays de la « peste rouge ». Mais comme le démontre l’histoire ultérieure, il n’y parvint pas.

Déclaré souverain suprême de Russie et reconnu comme le chef du Mouvement blanc, Koltchak coopéra étroitement avec les forces étrangères (britanniques, françaises et japonaises).

« Il a plus de courage, de cran et de patriotisme honnête que n'importe quel Russe en Sibérie », assura un conseiller militaire britannique au sujet de Koltchak, ajoutant que sa tâche était « rendue presque impossible » par le manque d'aide des alliés.

Au printemps 1919, Koltchak réunit les forces antibolchéviques de l'Est de la Russie et frappa durement, battant les bolcheviks et atteignant la région de la Volga (non loin de Moscou). Mais alors, son Armée blanche, qui manquait de réserves (Koltchak avait notamment dit que « nous devons tolérer les gens qui n'ont pas leur place aux postes élevés qu'ils occupent parce que nous n'avons personne pour les remplacer »), commença à perdre du terrain.

Durant l’été, les bolcheviks passèrent à l'offensive et, six mois plus tard, les armées de Koltchak furent vaincues. Quant à lui, il fut capturé, jugé et abattu.

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Nikolaï Ioudenitch (1862 – 1933)

La guerre civile fit passer pour incompétents de nombreux commandants militaires brillants pour la seule raison qu'ils soutenaient une cause perdue. La vie du général Nikolaï Ioudenitch le prouve bien. Pendant la Première Guerre mondiale, il avait dirigé le front du Caucase et pratiquement détruit l'armée turque, ce qui lui avait valu le surnom de « nouveau Souvorov » (Souvorov est le plus grand commandant militaire de l'histoire impériale russe, n’ayant jamais perdu une seule bataille).

Tout le monde adorait Ioudenitch. Un officier rapporta : « Ioudenitch, malheureusement, n’est pas une figure typique dans notre armée, mais l’une de ces exceptions attirant à elles de larges sympathies ». Néanmoins, pendant la guerre civile, il ne fut pas en mesure d’apporter une aide salvatrice. À la tête de l'armée du Nord-Ouest, il attaqua Petrograd (contrôlée par les bolcheviks) à l'automne 1919, au moment même où l'Armée rouge concentrait toutes ses forces dans le Sud, luttant contre Denikine.

Le risque que les Rouges perdent la capitale au profit de Ioudenitch semblait très réel. Néanmoins, Léon Trotski, commissaire du peuple pour l'Armée au sein du gouvernement bolchévique, réussit à mobiliser toutes ses forces et à vaincre Ioudenitch, dont l'armée était relativement petite (seulement 20 000 hommes contre 60 000 Rouges). Arrêté par d'anciens alliés, les Estoniens, alors que ses troupes battaient en retraite, Ioudenitch fut contraint de cesser les hostilités et de quitter définitivement la Russie, vivant en exil pendant 14 ans jusqu'à sa mort.

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Piotr Wrangel (1878 – 1928)

Le général Wrangel, surnommé  « le Baron noir » en raison de ses origines nobles et de ses tenues sombres, entra dans les rangs les plus élevés des Armées blanches en 1920, après que Denikine eut perdu plusieurs batailles et fut forcé de quitter le haut commandement. À ce moment-là, les Blancs n'avaient plus que la Crimée sous leur contrôle, et elle était encerclée par les Rouges.

Wrangel était à la fois chef politique et militaire de facto, dirigeant tout le territoire contrôlé par les forces blanches. « Il n'y a qu'un seul type de pouvoir dans une forteresse assiégée – le pouvoir militaire », rédigea-t-il. Parallèlement, Wrangel fit de son mieux pour corriger les erreurs de ses prédécesseurs, gagnant plus de partisans pour la cause blanche : il travailla sur la réforme agraire, promit l'autonomie nationale aux minorités ethniques, et beaucoup plus.

Malheureusement pour les Blancs, Wrangel avait hérité du pouvoir alors que la guerre était déjà pratiquement perdue. Son armée parvint à repousser les bolcheviks pendant un certain temps, ne les laissant pas entrer en Crimée, mais en novembre 1920, les Rouges percèrent les défenses blanches, ce qui marqua la fin de cet ultime bastion tsariste. Wrangel organisa cependant parfaitement l'évacuation de ses forces, aidant près de 100 000 personnes à quitter définitivement les côtes russes. En 1928, il mourut de la tuberculose en Belgique.

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