Comment une poignée de soldats soviétiques a tenu bon face à des centaines de moudjahidines afghans

AP
Il y a trois décennies, durant la guerre d’Afghanistan, un escadron de soldats soviétiques a durant des heures résisté à de multiples attaques orchestrées par des moudjahidines, et n’a ni battu en retraite ni abandonné. Plus tard, a été tourné un film relatant cet épisode historique. Néanmoins, il a sérieusement tordu la réalité des événements.

« Moscou, rends-toi ! », sommaient les moudjahidines, entreprenant attaque sur attaque contre les positions des parachutistes soviétiques, comptant parmi les participants de la bataille que nous nous apprêtons à présenter. « Les attaques des moudjahidines étaient marquées par leur bestialité, leur cruauté sauvage », affirme l’historien Viktor Vorontsov.

Les affrontements autour de la colline 3234 ont débuté aux environs de 15h30 le 7 janvier 1988 et ne se sont achevés qu’au milieu de la nuit. 39 soldats ont alors tenu leurs positions sur cette hauteur, contre des centaines de moudjahidines.

Des moudjahidines enragés

La férocité des attaques s’expliquaient par l’importance stratégique de cet endroit. Ceux qui parvenaient à s’imposer sur la colline pouvaient en effet contrôler une portion de l’importante route vers la ville de Khost, non loin de la frontière pakistanaise.

La proximité de cette cité avec la frontière en faisait un important centre pour le Pakistan et les États-Unis, pays soutenant les moudjahidines dans leur lutte contre les Soviétiques en Afghanistan. Ils tentaient donc d’étendre leur emprise en ces lieux et ont partiellement réussi à le faire. Khost et ses alentours ont, il est vrai, quelque temps été assiégés par les moudjahidines.

Néanmoins, à la fin de l’année 1987, les troupes soviétiques sont parvenues à percer ce siège au cours de l’opération Magistral. Les combattants afghans ont alors souhaité avoir leur revanche.

Des « Cigognes Noires » entraînées par les États-Unis

Selon Viktor Dobrovolski, vétéran de la guerre d’Afghanistan, les meilleures forces des moudjahidines ont été déployées pour s’emparer de la colline, qui était défendue par les pelotons du 9ème escadron d’un régiment de parachutistes.

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« L’élément caractéristique de ces attaques était la présence de troupes d’élite de moudjahidines, vêtues d’un uniforme noir. Elles étaient appelées les "Cigognes Noires" et étaient principalement constituées de commandos pakistanais, étant donné que les combattants afghans ne possédaient pas les compétences nécessaires. On sait pour sûr que les "Cigognes Noires" étaient entraînées non seulement par les Pakistanais, mais également par les Américains », témoigne-t-il.

Moment le plus effrayant

Une demi-heure de tirs d’artillerie a précédé l’offensive. Après cela, les troupes soviétiques ont eu à résister à douze attaques des moudjahidines. Comme l’a rappelé le sergent Sergueï Borisov, tous les assauts étaient bien organisés. D’après ses dires, l’offensive la plus effrayante s’est déroulée durant la nuit.

« Tout était illuminé à cause des explosions de grenades. Il y avait des pluies de projectiles venant de trois directions. Les moudjahidines étaient déjà à une distance de 20-25 mètres. Nous leur avons tiré dessus quasiment à bout portant. Nous avons été surpris de voir qu’ils ont réussi à s’approcher jusqu’à une distance de 5-6 mètres de nous et à jeter des grenades dans notre direction. À la fin, il ne nous restait que deux magasins de munitions chacun et nous n’avions déjà plus de grenades. Il n’y avait personne pour remplir les chargeurs. À ce moment, le plus terrifiant de tous, un peloton d’éclaireurs est arrivé », a raconté ce survivant de la bataille.

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À ce point-là, seulement cinq personnes pouvaient encore prendre part au combat. Toutes les autres étaient blessées. Les éclaireurs ont alors aidé à résister aux attaques. Au total, dans les rangs soviétiques, six personnes ont trouvé la mort. On estime que les pertes de l’autre côté se chiffrent par contre à deux cent. Il aurait toutefois été impossible de tenir la colline sans les renforts envoyés par le commandement et le travail massif et précis de l’artillerie.

Loin de la réalité

Le premier film du réalisateur Fiodor Bondartchouk, Le 9e escadron, tourné en 2005, relate néanmoins une histoire bien différente. Comme un journal russe l’a récemment souligné, la bataille dans ce long métrage n’a que peu en commun avec la réalité. « Il n’y a pas eu de division oubliée par le commandement, mourant presque complètement en accomplissant une mission qui n’avait pas de sens pratique », peut-on ainsi y lire.

En effet, dans le film, seule une personne survie, alors que dans la réalité le nombre de morts s’est élevé à « seulement » 6 sur 39. Dans l’œuvre, les soldats sont abandonnés par leur commandement, tandis qu’en vrai, celui-ci se trouvait à quelques kilomètres de là, observait la situation et envoyait des renforts. De plus, cette bataille n’était pas dénuée de sens au vu de la valeur stratégique de la colline.

Tous les parachutistes ont été décorés de l'Ordre du Drapeau rouge et de l'Ordre de la Croix rouge. Deux soldats ont été récompensés à titre posthume de l'Étoile d'or de Héros de l'Union soviétique.

Toutefois, en dépit du fait que, selon les mots de l’article, la vérité « a été retournée dans le film », cette production a été majoritairement bien accueillie par la critique : les commentateurs ont apprécié certaines de ses qualités cinématographiques. Dans un même temps, beaucoup luttent encore pour comprendre pourquoi le 9ème escadron a été représenté dans ce film comme une victime de son propre commandement.

Dans cet autre article, nous vous narrons la Grande halte, étrange bataille ayant conduit à l’indépendance de la Russie.

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