Quelles unités de combat étrangères ont combattu les nazis aux côtés de l'armée soviétique?

Pilotes russes et français durant l’opération militaire conjointe de Prusse-Orientale, en janvier 1945.

Pilotes russes et français durant l’opération militaire conjointe de Prusse-Orientale, en janvier 1945.

Sputnik
Des centaines de milliers d'étrangers ont combattu dans les rangs de l'armée soviétique durant la Grande Guerre patriotique. La contribution la plus importante a été celle des Polonais, qui ont même participé à la prise de la capitale allemande.

Des dizaines de bataillons militaires, composés de citoyens étrangers ont été constitués sur le territoire de l'Union soviétique pour combattre les nazis : Roumains, Polonais, Yougoslaves, Français, Tchécoslovaques et Hongrois. En 1945, le nombre de soldats les composant a même atteint un demi-million.

Officiellement, ces unités étaient sous le commandement des gouvernements de leur pays, mais en pratique, elles étaient intégrées au système militaire de l’URSS et suivaient les ordres des commandants et de l'État-major soviétiques.

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En première ligne

Un officier de l’Armée rouge félicite des soldats tchécoslovaques à leur retour dans leur pays d’origine. 6 octobre 1944.

Après l'annexion de la Tchécoslovaquie par le Troisième Reich en 1939, de nombreux citoyens de ce pays ont migré, notamment vers l'URSS. Le 27 septembre 1941, le Kremlin et le gouvernement Tchécoslovaque en exil ont alors signé un accord pour la création d'une unité militaire composée de Tchèques, Slovaques et de Ruthènes ayant réussi à rejoindre l'Union soviétique.

C’est ainsi qu’est né le 1er bataillon indépendant tchécoslovaque, sur les bases duquel sera fondé le corps d'armée tchécoslovaque en 1944. Le bataillon a fait son baptême du feu le 8 mars 1943, près de la ville de Sokolovo en Ukraine, et est devenu la première unité étrangère de l'Union soviétique à combattre les nazis.

Infirmières et signaleuses de l’unité tchécoslovaque.

Le commandant de l'unité et futur président tchécoslovaque (de 1968 à 1975), Ludvik Svoboda, se rappelle l'importance de cet accord pour les Tchécoslovaques d'URSS : « Il semblait que toutes les portes nous avaient été ouvertes. Il y avait d'innombrables demandes et un afflux d'engagements sans précédent » (Ludvik Svoboda, Z Buzuluku do Prahy, 1970).

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Comme l'a dit Svoboda, les Tchécoslovaques exilés ont eu une opportunité d'« aider leur peuple à effacer leur honte de Munich », en référence aux Accords de Munich de 1938, lorsque leur pays a été livré à Hitler par les puissances occidentales.

Soldat de l’Armée populaire polonaise (à gauche) et soldats soviétiques (à droite), dressant un drapeau à Varsovie, venant d’être libérée. 17 janvier 1945.

Plus de 30 000 personnes ont servi dans le corps d'armée tchécoslovaque, dans la première division aérienne indépendante tchécoslovaque ainsi que dans les divisions auxiliaires et à l'arrière. Ces combattants ont participé à la libération de leur pays, ont supporté le soulèvement national slovaque et ont été parmi les premières unités à entrer dans Prague en mai 1945.

Les Allemands exécutaient souvent les prisonniers tchécoslovaques sans aucune forme de procès. Étant officiellement citoyens du protectorat de Bohême-Moravie, ils étaient considérés comme des traîtres au Troisième Reich.

Une armée dans l'armée

L'histoire de l'armée populaire polonaise a débuté avec l'établissement de la première division d'infanterie « Tadeusz Kosciuszko », le 6 mai 1943. Elle a été rejointe par les Polonais se trouvant sur le territoire de l'URSS (soldats internés, réfugiés etc.) mais aussi par les citoyens soviétiques d'origine polonaise.

Le général Zygmunt Henryk Berling dans un camp d’entrainement près de Riazan, Russie. 1er juillet 1943.

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Le commandant de la première armée polonaise, le général Stanislav Poplavsky, a écrit dans ses mémoires Camarades de première ligne, que l'Union soviétique fournissait de toutes nouvelles armes aux troupes polonaises ainsi que des munitions, mais que le problème majeur était le manque d'officiers, puisque la plupart avait fui l'URSS en 1942 aux côtés de la soi-disant armée Anders, partie combattre sur le front occidental. (Stanislav Poplavsky, Towarzysze frontowych dròg, Varsovie, 1964).

Il a par conséquent été décidé de transférer les commandants soviétiques d'origine polonaise de tous les coins du pays vers l'armée populaire polonaise. Poplavsky, lui-même citoyen soviétique, a donc son poste de commandement au 45e bataillon de carabiniers soviétiques pour rejoindre les troupes polonaises.

En 1945, l'armée populaire polonaise, aussi connue sous le nom d'armée Berling (du nom du commandant Zygmunt Berling), était composée de deux armées qui comprenaient, entre autres, 15 divisions d'infanterie, des divisions de blindés, quatre divisions d'aviation ainsi que des unités d'artillerie, d'ingénierie et de cavalerie. Comptant 330 000 personnes, c'était la plus large formation de combattants étrangers sur le front germano-soviétique ayant combattu les nazis.

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Plus de 185 000 soldats polonais ont pris part à la bataille de Berlin avec la division Kosciuszko, prenant d'assaut la capitale allemande. Le drapeau polonais est d’ailleurs apparu sur les bâtiments capturés de Berlin aux côtés des drapeaux soviétiques.

As français sur le sol soviétique

Pilotes russes et français durant l’opération militaire conjointe de Prusse-Orientale, en janvier 1945.

L'escadron de Normandie (désigné comme régiment à partir de juillet 1943) a été établi grâce à l'accord entre Staline et le gouvernement français libre du général De Gaulle en exil en 1942. Les pilotes français ont ainsi pu combattre les Allemands dans l'espace aérien soviétique et à bord d’avions soviétiques.

Toutes les dissensions idéologiques et politiques ont à cette occasion été mises de côté et les pilotes volontaires ont été envoyés dans l'escadron sans tenir compte de leurs idées personnelles. L'un d’eux, François de Geoffre, a rédigé dans ses mémoires, « la France voulait être représentée où que fut mené le combat pour la liberté ». (François de Geoffre, Normandie Niemen, Souvenirs d'un pilote, Paris, 1958).

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Le 28 novembre 1944, le régiment a été récompensé pour sa fructueuse participation à la libération de la Lituanie et le franchissement du fleuve Niemen, après quoi il a été connu sous le nom de régiment de combattants Normandie-Niemen.

Les pilotes français ont combattu les Allemands non seulement dans les airs mais aussi sur le sol. De Geoffre se rappelle comment, armés de mitrailleuses et de grenades, ils ont aidé les Soviétiques à tendre une embuscade à des unités d'infanterie allemandes retardataires qui se cachaient dans les forêts de Biélorussie et Lituanie.

Il y a eu un projet d'établir un second régiment de pilotes français, baptisé « Paris », a écrit François de Geoffre. Cependant, du fait de difficultés d'organisation, le plan n’a jamais vu le jour et de nouveaux pilotes ont continué à grossir les rangs du régiment Normandie-Niemen.

Au fil de son histoire, le Normandie-Niemen a remporté 273 batailles de l'air et a perdu 46 pilotes.

En juin 1945, le régiment aérien Normandie-Niemen est retourné sur son sol natal à bord de 37 avions de combat Yak-43 que les Soviétiques avaient offert à l'armée de l'air française renaissante.

L'Union soviétique aurait-elle utilisé des troupes allemandes pour vaincre les nazis ? Nous vous expliquons tout dans cette autre publication.

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