Ce soldat allemand élevé au rang de héros de l’Union soviétique

Maks Alpert/Sputnik
Fritz Schemenkel ne fut pas le seul soldat allemand à fuir les rangs de la Wehrmacht pour rejoindre le camp soviétique, mais seul lui reçut la plus haute décoration en URSS.

On ne peut pas dire que la défection de soldats allemands décidant de rejoindre le camp soviétique durant la Seconde Guerre mondiale fut un phénomène courant, mais il existe tout de même des centaines d’exemples. La plupart ne furent cependant pas autorisés par les Soviétiques à participer aux combats, et furent tenus loin du front.

Le plus célèbre déserteur allemand, qui eut quant à lui l’occasion de se battre contre les nazis, fut Fritz Schmenkel, un ancien ouvrier de Stettin et soldat de la Wehrmacht. Il combattit de nombreuses années aux côtés des partisans contre l’armée allemande. Schmenkel organisa et participa à une douzaine d’opérations réussies et de missions de sabotage. Malheureusement, ses mérites ne furent reconnus que 20 ans après sa mort.

Lire aussi : Comment un maréchal nazi s’est recyclé dans la propagande soviétique

Un fervent antinazi

Fritz Schmenkel avait toujours dénigré et haï le nazisme, particulièrement à partir du moment où, lors d’une manifestation communiste en 1923, des partisans de cette idéologie tuèrent son père. Partageant les valeurs de ce dernier, Fritz rejoignit la Ligue des jeunes communistes d’Allemagne. Il ne participa pas à d’importantes opérations clandestines, mais se retrouva néanmoins sous la surveillance rapprochée de la Gestapo.

Fritz Schemenkel

En 1938, Fritz Schmenkel fut mobilisé dans l’armée allemande, pour une courte période. En raison de ses appels pacifistes et sa fuite du service militaire, il fut envoyé en prison. En octobre 1941, Fritz fut relâché et envoyé sur le front Est pour sa « rééducation ». C’est là qu’il décida de déserter. Dans sa dernière lettre à sa femme, Erna, le 25 novembre, il écrivit « À présent, je sais ce que j’ai à faire ».

«Lénine, Staline, Thälmann»

À la fin novembre 1941, Fritz Schmenkel déserta donc la 186e division d’infanterie, déployée dans la région de Smolensk. En tentant de rejoindre l’Armée rouge, Fritz se cacha dans des villages locaux.

Lire aussi : La captivité en URSS, un cauchemar pour les prisonniers de guerre allemands?

Schmenkel ne parlait pas un mot de russe, mais utilisait une combinaison de trois mots : « Lénine, Staline, Thälmann », qui servait à obtenir de la nourriture et un toit auprès des locaux. En retour, il les aidait avec les tâches ménagères.

Mais un jour, sa chance le quitta : il fut capturé par les Allemands. Condamné à mort pour désertion, Schmenkel fut secouru par une unité partisane nommée « Mort au fascisme », qui entra dans le village et s’empara de lui.

Ivan Ivanovitch

Bien que les partisans aient eu vent de l’histoire de Schmenkel, ils lui faisaient peu confiance. On ne lui donna pas d’arme, seulement des jumelles. Ils étaient d’ailleurs prêts à lui tirer dessus au moindre faux pas.

Mais un jour, Fritz eut l’occasion de se démarquer. Alors que le village où stationnait son unité était encerclée par les troupes allemandes, Fritz trouva un fusil et montra son habileté au tir, contribuant ainsi à sauver ses frères d’armes. Cela lui valut l’entière confiance et un grand respect de la part des partisans impressionnés, qui lui donnèrent même le surnom d’Ivan Ivanovitch.

Lire aussi : La bataille de Berlin, dernier combat avant la fin

Il apprit à ses pairs soviétiques à se servir d’une mitraillette allemande MG-42, prit part aux combats, captura des provisions ennemies et se fit même passer pour un lieutenant allemand lors d’embuscades et de missions de sabotage.

La nouvelle concernant un soldat allemand combattant l’armée de son pays d’origine arriva cependant aux oreilles de Berlin. Comme récompense pour la capture de Schmenkel, les citoyens soviétiques se virent alors offrir huit hectares de terre, une maison et une vache, tandis que l’on promit 2 000 reichsmarks et deux mois de vacances aux soldats allemands.

Des combattants du premier détachement de guérilla formé dans la région de Smolensk, 1941.

Par miracle, Ivan Ivanovitch évita la mort lorsque, le 23 janvier 1943, les troupes allemandes lancèrent l’importante opération « Falling star », visant à détruire l’unité partisane « Mort au fascisme ». Plus de 1 500 partisans sur 4 000 furent tués ou capturés.

Travail de sabotage

Le commandement soviétique décida qu’il serait bon d’exploiter les talents uniques de Schmenkel dans des missions importantes de sabotage, plutôt qu’en tant que partisan. En juin 1943, il fut assigné à un détachement de reconnaissance sur le front Ouest. Après un entraînement, on le désigna commandant adjoint de l’unité de sabotage « Terrain », qui opérait en Biélorussie.

Lire aussi : Ces homonymes de chefs nazis qui luttaient dans l'Armée rouge

Fin décembre 1943, « Ivan Ivanovitch » effectua sa dernière mission derrière les lignes ennemies. Quelques semaines plus tard, il fut capturé avec deux de ses camarades et exécuté à Minsk, alors occupée, le 22 février 1944. Après quoi son nom tomba dans l’oubli pendant des années.

Une reconnaissance tardive

Erna Schmenkel offrant au général Piotr Batov une gravure représentant son mari.

Le nom de Fritz Schmenkel ne refit surface qu’en 1961, lorsque les autorités de sûreté de l’URSS se penchèrent sur le cas d’une unité polonaise ayant été détruite par les troupes de Schmenkel. Surpris qu’un Allemand ait été en charge d’une unité partisane, l’équipe d’investigation commença à rassembler minutieusement les informations sur sa vie. Après trois ans de recherches, quand tous les détails éclaircirent l’affaire, l’on décora Fritz Schmenkel de manière posthume de la récompense la plus élevée du pays : l’Ordre de Lénine et Héros de l’Union soviétique.

Les Soviétiques ont-ils eu recours à des troupes allemandes pour affronter les nazis ? Nous répondons à cette passionnante question dans cet autre article.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

Plus d'histoires et de vidéos passionnantes sur la page Facebook de Russia Beyond.
À ne pas manquer

Ce site utilise des cookies. Cliquez ici pour en savoir plus.

Accepter les cookies