Crédit : Agence Moskva

Cinq lieux à ne pas manquer sur la rue Tverskaïa

Les infos pour ne pas passer à côté d’une histoire fantastique cachée derrière le chic des vitrines.
19 juin 2017 Irina Ossipova

La rue Tverskaïa est l’une des plus anciennes artères de Moscou. Au XIIe siècle déjà, une route reliait Moscou à Tver (ville située à environ 200 kilomètres au nord-ouest de la capitale), d’où son appellation. Elle était séparée du Kremlin par la rivière Neglinnaïa – canalisée dans des conduits souterrains au début du XIXe siècle – qui était enjambée par un pont donnant directement sur la place Rouge et sa vie foisonnante autour de galeries marchandes. Même quand la capitale du pays a été reportée à Saint-Pétersbourg, les tsars russes ont continué à être couronnés au Kremlin. Ils empruntaient la rue Tverskaïa pour entrer dans la ville. Devenue au XVIIIe siècle l’artère principale de Moscou, la rue Tverskaïa le reste encore aujourd’hui.

Voici un petit récapitulatif des lieux les plus intéressants à ne pas manquer quand vous vous offrirez une balade dans cette rue.

L’Hôtel National et le siège de la Douma

L’entrée de la rue Tverskaïa du côté du Kremlin est flanquée de deux bâtiments qui ont seulement trente ans d’écart, mais dont l’aspect est aussi différent que les époques historiques qu’ils incarnent. Du côté gauche (le dos tourné au Kremlin), vous verrez l’Hôtel National, l’un des plus luxueux au début du XXe siècle. En face de lui, le symbole du pouvoir soviétique, le Conseil du travail et de la défense, où siège aujourd’hui la Douma (chambre basse du parlement russe).

Hôtel National. Crédit Konstantin Kokoshkin/Global Look PressHôtel National. Crédit Konstantin Kokoshkin/Global Look PressL’hôtel a accueilli ses premiers clients en 1903. Les tarifs étaient assez élevés, mais l’hôtel affichait toujours complet, car outre son emplacement avantageux et ses intérieurs luxueux, il disposait du confort moderne, des ascenseurs électriques au téléphone en passant par le chauffage à la vapeur. Le bâtiment a vu passer de nombreux hommes d’affaires, des diplomates étrangers et des représentants du monde de la culture, de l’écrivain Ivan Bounine à la danseuse Anna Pavlova. Après la Révolution d’octobre de 1917, l’une des chambres a été occupée par le chef révolutionnaire Vladimir Lénine qui y résida avant d’emménager au Kremlin.

Douma d'État. Crédit : Konstantin Kokoshkin/Global Look PressDouma d'État. Crédit : Konstantin Kokoshkin/Global Look Press

L’édifice situé en face est un symbole de l’URSS. Ce géant monumental aux façades constructivistes dont la construction nécessita la démolition d’une vieille église et d’un bâtiment du XVIIe siècle a été érigé entre 1932 et 1935 pour devenir, durant des années, un modèle d’immeuble gouvernemental soviétique. Un guide touristique de 1937 le qualifiait d’un « des plus beaux bâtiments de Moscou ».

Le Savvinskoïe Podvorïe (le bâtiment qui a déménagé ; au N°6)

Cet édifice à l’architecture fabuleuse et à la destinée unique se trouve dans la cour intérieure du N°6. Pour l’admirer il faut passer sous un arc. Une toiture à double pente, des tourelles aux angles et des façades de carrelage en céramique : le Savvinskoïe Podvorïe, ou maison de rapport Savvinsky, appartenait au monastère Savvino-Storojenski et a été construit au début du XXe siècle dans un style néo-russe en vogue à l’époque qui rappelait les vieux bâtiments des XVIe et XVIIe siècles. Cet immeuble de rapport servait de bureau et de maison de rapport.

Le Savvinskoïe Podvorïe. Crédit : Legion MediaLe Savvinskoïe Podvorïe. Crédit : Legion Media

En 1939, il s’est retrouvé en plein milieu d’un chantier, mais il a été décidé de le déplacer de 50 mètres au lieu de le détruire. C’était une pratique très fréquente à l’époque : quelque 70 bâtiments ont été déplacés, mais le Savvinskoïe Podvorïe a donné du fil à retordre, son poids atteignant 23 000 tonnes. Le déplacement a été effectué sans forcer à déménager les locataires, en l’espace d’une nuit, ce qui a dû être précédé de plusieurs mois de préparatifs. Selon une légende, la pyramide de cubes qu’un enfant avait construite chez lui avant d’aller se coucher cette nuit-là est restée intacte.

La maison du gouverneur de Moscou, aujourd’hui mairie de la ville (N°13)

Ce bâtiment rouge à colonnes était jadis bien plus petit, mais les bals que donnait le gouverneur rassemblaient le Tout-Moscou. Il a été construit en 1782 par le célèbre architecte Matveï Kazakov pour le gouverneur général, le comte Tchernychov.

La maison du gouverneur de Moscou. Crédit : Konstantin Kokoshkin/Global Look PressLa maison du gouverneur de Moscou. Crédit : Konstantin Kokoshkin/Global Look Press

À la mort de son premier propriétaire, le bâtiment a été racheté par le Trésor pour devenir la résidence officielle des maires de Moscou et ce jusqu’à aujourd’hui. Pendant l’élargissement de la rue Tverskaïa dans les années 1930, le bâtiment a été lui aussi déplacé, de 13,5 mètres seulement, mais en un temps record : 41 minutes. Deux étages lui ont été rajoutés pour lui conférer un aspect plus respectable.

Les éditions Sytine (N°18)

Le bâtiment construit dans le style art nouveau appartenait au début du XXe siècle à Ivan Sytine, éditeur et libraire moscovite. C’est ici que siégeait la rédaction de son journal Rousskoïe slovo et, ironie du sort, que s’installa après la Révolution de 1917 la rédaction du journal Izvestia, l’un des plus grands médias soviétiques.

La maison Sytine. Crédit : Legion MediaLa maison Sytine. Crédit : Legion MediaEn 1979, le bâtiment, qui cachait les nouveaux immeubles constructivistes des Izvestia, a été déplacé de 30 mètres, mais a conservé l’ensemble de son décor.

Le Club anglais (N°21)

L’unique résidence de style classique qui n’a pas été déformée par des remaniements. La propriété avec portique à colonnes, cour d’honneur et barrière de pierre avec des lions a été construite à la fin du XVIIIe siècle, mais est devenue telle qu’elle se présente aujourd’hui après l’invasion de Napoléon et l’incendie de Moscou en 1812.

Le Club anglais. Crédit : Legion MediaLe Club anglais. Crédit : Legion Media

Le bâtiment a connu une époque prospère de son histoire à partir de 1831, avec l’installation du Club anglais, une communauté élitiste réservée aux hommes dont chaque flambeur de Moscou rêvait de faire partie. Sa devise était Concordia et laetitia – Concorde et joie. On y donnait de riches déjeuners, on y jouait aux cartes ou on y engageait des discussions politiques. Les membres étaient au nombre d’environ 400, tandis qu’un millier de candidats attendaient l’occasion d’y être introduits. Un nouveau membre ne pouvait être admis que sur recommandation et à l’issue d’un vote à scrutin secret. Le bâtiment abrite aujourd’hui le Musée de l’histoire récente de Russie.

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