Sharapova jouera-t-elle à Roland-Garros?

Maria Sharapova.

Maria Sharapova.

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La Fédération française de tennis pourrait refuser d’inviter la tenniswoman russe, tout juste revenue de sa disqualification, en raison du mécontentement des autres sportifs.

Maria Sharapova. Crédit : ZUMA Press / Global Look PressMaria Sharapova. Crédit : ZUMA Press / Global Look Press

Le retour du tennis féminin russe

Le 19 mars, la première place du prestigieux tournoi BNP Paribas Open des séries WTA Masters d’Indian-Wales a été disputée entre les Russes Svetlana Kuznetsova et Elena Vesnina. Le match s’est achevée sur une victoire de Vesnina 6–7, 7–5, 6–4. Cependant, la véritable sensation était la présence de finale de tenniswomen âgées de plus de trente ans. Ces derniers temps, Kuznetsova, ancienne numéro deux mondiale et vainqueure de l’US Open et de Roland-Garros, semble avoir du mal à remporter des titres. Quant à la championne olympique Vesnina, elle est surtout connue comme une excellente joueuse de double, et une telle percée en simple est une surprise générale.

Nostalgie des finales russo-russes

Pour l’entraîneur et expert du tennis russe Viktor Yanchuk, le match entre Vesnina et Kuznetsova est un « résultat formidable » et un « événement remarquable » pour le tennis russe. Difficile de la contredire : cela faisait longtemps que l’on n’avait pas assisté à une finale 100% russe en tennis féminin. Il faut pour cela remonter aux années 2000, lorsque les sportives russes dominaient le circuit mondial. Aujourd’hui, la vedette leur a été volée.

Le succès de joueuses dont la carrière semblait derrière elles pourrait aussi inspirer l’ancienne numéro un mondiale, Maria Sharapova, âgée de 29 ans, qui, après quinze mois de disqualification pour avoir utilisé du meldonium, une substance interdite, reprendra sa carrière fin avril au tournoi Porsche Tennis Grand Prix de Stuttgart, en Allemagne.

La wild card de la discorde

Beaucoup s’attendent à ce que Sharapova réalise une belle prestation à Roland-Garros, et ce bien qu’elle ait perdu tous ses points au classement mondial durant sa disqualification. Officiellement, la sportive ne fait plus partie du groupe d’élite et devrait commencer la compétition lors des qualifications du second groupe et gagner à la sueur de son front sa participation dans le tournoi majeur. Cependant, le statut de star de Maria Sharapova l’a dispensée de commencer tout en bas de l’échelle. Les organisateurs des tournois WTA de Stuttgart, Rome et Madrid ont offert une « wild card » à Sharapova, l’invitant ainsi à sauter la file d’attente.

Elena Vesnina portant le troph&eacute;e du championnat apr&egrave;s sa victoire face &agrave; Svetlana Koznetsova lors de la finale f&eacute;minine du BNP Paribas Open &agrave; l&#39;Indian Wells Tennis Garden.nCr&eacute;dit : Reuters<p>Elena Vesnina portant le troph&eacute;e du championnat apr&egrave;s sa victoire face &agrave; Svetlana Koznetsova lors de la finale f&eacute;minine du BNP Paribas Open &agrave; l&#39;Indian Wells Tennis Garden.</p>n
Svetlana Kuznetsova en plein match lors de la 14&egrave;me journ&eacute;e du BNP Paribas Open, &agrave; l&#39;Indian Wells Tennis Garden, Indian Wells, Californie, &Eacute;tats-Unis.nCr&eacute;dit : Imago Sport / Global Look Press<p>Svetlana Kuznetsova en plein match lors de la 14&egrave;me journ&eacute;e du BNP Paribas Open, &agrave; l&#39;Indian Wells Tennis Garden, Indian Wells, Californie, &Eacute;tats-Unis.</p>n
 
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Cette décision a été loin de faire l’unanimité. Le numéro un mondial chez les hommes, Andy Murray, a déclaré qu’il trouvait malvenu d’accorder une wild card à des sportifs sanctionnés pour dopage. « Je pense que ces gens devraient avoir à regagner leur place », a-t-il expliqué au journal britannique The Times. Le Britannique a été soutenu par plusieurs de ses collègues. Le Français Jo-Wilfried Tsonga a été plus imagé : « C’est comme donner une sucrerie à un enfant qui s’est mal comporté », a déclaré le huitième mondial à tennismag.com.

Il s’est aussi trouvé des gens pour soutenir Sharapova. L’Américaine Venus Williams et la Biélorusse Viktoria Azarenko se sont ainsi déclarées en sa faveur. Et le directeur exécutif de WTA, Steve Simon a déclaré qu’en tant que vainqueure de tournois du Grand Chelem, Sharapova avait droit à un nombre illimité de wild cards. Cependant, selon lui, cette règle pourrait être réévaluée.

La tempête soulevée dans le monde du tennis par le futur retour de Sharapova n’a pas épargné la Fédération française de tennis (FFT), qui attribue les wild cards pour Roland-Garros. Son dirigeant Bernard Giudicelli a déclaré que l’invitation de Sharapova posait aux organisateurs un véritable dilemme moral.

La décision finale sera prise un mois avant les qualifications, qui débuteront le 22 mai à Paris. Et le verdict pourrait avoir une influence sur la position des organisateurs de Wimbledon et de l’US Open, les prochains tournois du Grand Chelem, auxquels la participation de Sharapova en l'absence de wild card pourrait poser problème.

« Aucun problème éthique »

Les experts russes appellent pour leur part à ne pas créer de problèmes là où il n’en existe pas. Boris Sobkine, entraîneur personnel de Mikhaïl Youzhny, demi-finaliste de l’US Open 2006 et 2010, considère que les organisateurs de Roland-Garros ne risquent rien à donner une wild card à Sharapova. « Elle n’a jamais été déloyale et on ne peut pas la soupçonner d’être malveillante. Il n’y a aucun problème éthique. Sharapova est un grand nom, une véritable marque en soi », a déclaré Sobkine à Gazeta.ru.

Anna Dmitrieva, première tenniswoman soviétique à avoir participé à Wimbledon en 1958 et actuellement commentatrice sportive à la télévision, invite les sportifs à rester corrects vis-à-vis de Sharapova. « J’estime que les sportifs doivent rester neutres. (…) Ils doivent bien comprendre que dans le cas de Maria Sharapova, il n’était pas question de dopage. Elle a pris du meldonium pendant dix ans, mais son équipe a raté le moment où il a été porté sur la liste des substances interdites. C’est une erreur de management. Je pense que Maria Sharapova a déjà été punie plus que sévèrement », fait-elle remarquer.

Sharapova restera une star 

D’ailleurs, quels que soient ses résultats sur les cours, Maria Sharapova restera une superstar. Le monde entier a suivi sa vie durant sa pause forcée. Et d’après les réseaux sociaux de la sportive, sa vie est bien remplie : elle ouvre de nouveaux magasins de sa marque de bonbons Sugarpova en Russie, lance des projets caritatifs, annonce la sortie de son autobiographie, pose à la soirée des oscars de Vanity Fair dans une sublime robe bleue de David Koma et figure sur la couverture de l’édition américaine de Vogue.

« Je crois que je deviendrais folle si je ne faisais que du tennis », a-t-elle avoué au journal de mode. Et pourtant, dans les mois à venir, il lui faudra se consacrer entièrement à sa première activité…

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