Maria Sharapova suspendue pour deux ans

Maria Sharapova est disqualifiée pour deux ans – jusqu’au 25 janvier 2018. Telle est la décision du tribunal indépendant de la Fédération internationale de tennis (FIT) qui, après les délibérations des 18 et 19 mai sur l’affaire du meldonium de la joueuse russe, a reconnu qu’elle n’avait pas violé intentionnellement le règlement antidopage. L’histoire ne s’arrête pourtant pas là. Maria Sharapova compte faire appel de la décision du tribunal devant la Cour d’arbitrage sportif (CAS).
Maria Sharapova
Maria Sharapova annonce le résultat positif de son contrôle lors d'une conférence de presse à Los Angeles. Crédit : AP

Rappelons que l’« affaire du meldonium » concernant Maria Sharapova a été lancée par la Fédération international de tennis (FIT) le 2 mars, suite à un contrôle positif de la joueuse russe du 26 janvier, après sa défaite face à l’Américaine Serena Williams en quarts de finale de l’Open d’Australie. Le 7 mars, lors d’une conférence de presse spécialement convoquée à Los Angeles, la sportive a personnellement annoncé le résultat positif de son contrôle et en a assumé l’entière responsabilité. A ce moment-là, la sportive, qui compte cinq titres du Grand Chelem à son actif, était déjà suspendue et devait se présenter devant un tribunal indépendant de la FIT.

Il est important de préciser que Maria Sharapova a été l’une des premières sportives russes à avoir été contrôlée positive au meldonium. Par la suite, la présence de cette substance dans les contrôles antidopage des athlètes russes s’est avérée massive. Cependant, le cas de Sharapova s’est avéré plus complexe que prévu.

Conformément au règlement de la FIT, le choix des membres du tribunal relève de la compétence exclusive de la FIT. Ces personnes avaient la main libre pour définir les modalités de l’audience et choisir les preuves admises aux délibérations. Par ailleurs, Maria Sharapova n’avait pas le droit de parler en public du déroulement des audiences ni de contester la validité des preuves retenues contre elle dans le cadre du procès. Les audiences se sont déroulées en présence des juristes employés par la FIT, du représentant officiel de l’organisation qui surveillait le processus et de l’avocat de la joueuse John Haggerty.

La base juridique de cette affaire repose sur le Programme antidopage de la FIT pour 2016. Conformément à ce document, il n’existait pas de scénario permettant de disqualifier Maria Sharapova pour moins d’un an (dans le cas contraire, elle devait être entièrement acquittée).

La FIT avait requis la peine la plus sévère de quatre ans de suspension contre l’ancienne N°1 mondiale. Dans ce cas, Sharapova, âgée de 29 ans, n’aurait certainement pas pu revenir sur les cours. C’est sur ce point que l’avocat de la joueuse a particulièrement insisté, en soulignant que sa carrière était déjà dans sa phase finale.

Une disqualification de quatre ans suppose que les violations commises par le sportif sont « intentionnelles ». Une disqualification de deux ans reconnaît automatiquement que le joueur n’avait pas agi de manière « intentionnelle ». Une disqualification d’un an à deux ans s’applique en cas de « faute mineure  ou négligence ».

Autrement dit, une suspension de deux ans ou moins libère entièrement le sportif des accusations d’avoir cherché à améliorer ses résultats grâce aux substances interdites. C’est cette formule qui était particulièrement importante pour Maria Sharapova et son équipe. Dans le cas contraire, le verdict du tribunal aurait causé des dommages irréparables à l’image de la joueuse et de la marque « Maria Sharapova ».

D’ailleurs, l’enquête publiée sur le site de la FIT montre que Maria Sharapova ignorait l’interdiction de consommer du meldonium à cause de son agent Max Eisenbud. C’est lui qui, depuis 2013, était responsable de l’étude des amendements de l’AMA au sein de son équipe. A deux reprises, Eisenbud avait étudié ces listes lors de ses vacances dans les Caraïbes, mais en 2015, suite à son divorce, il a changé de rythme de vie et a oublié de vérifier la liste.

Les avocats de la joueuse insistaient pour que le décompte de la disqualification devait commencer le 29 janvier, le jour du contrôle positif au dopage. C’est une pratique habituelle, même si, selon nos informations, la volonté de Maria Sharapova de coopérer avec l’enquête dès le premier jour a favorisé la décision du tribunal.

« Nous espérions que la peine se traduirait par une disqualification de moins de deux ans », a précisé John Haggerty. « A mon avis, une suspension d’un an, c’est déjà assez long. Ce médicament était prescrit à Maria par son médecin, elle ne le prenait pas pour améliorer son résultat. Malheureusement, elle ne savait pas que depuis le 1er janvier 2016, le meldonium figurait sur la liste noire. Shaparova avait toujours suivi toutes les règles antidopage à la lettre. Ces 26 jours pendant lesquels une substance interdite à ce moment-là se trouvait dans son sang constituent la seule exception de sa longue carrière ».

M. Haggerty a précisé que la défense avait insisté sur le fait que son cas d’utilisation du meldonium ne pouvait être jugé de la même manière que d’autres cas.

« Il y avait des indications médicales justifiant l’utilisation de ce médicament. Elles existaient d’ailleurs depuis longtemps. J’espère que cela a été pris en compte », a souligné l’avocat.

John Haggerty insiste également sur le fait que la déclaration faite par Maria Sharapova le 7 mars était, de toute manière, opportune et correcte. En répondant à la question « Maria aurait-elle pu éviter la suspension si elle n’avait pas dit qu’elle n’avait pas lu le courrier électronique avec la liste des substances interdites mise à jour », l’avocat a déclaré : « Depuis le début, Maria estime que la vérité est l’unique voie dans cette situation. C’est pourquoi elle a tout raconté elle-même. Et elle le ferait de nouveau ».

Maria Sharapova a déjà annoncé son intention de faire appel de la décision du tribunal de la FIT devant la Cour d’arbitrage sportif à Lausanne. La CAS peut confirmer le verdict, le modifier ou annuler la décision du tribunal de la FIT.

« La FIT a mis beaucoup de temps à essayer de prouver que j’avais violé les règles antidopage intentionnellement. Pourtant, le tribunal en a décidé autrement. Je ne peux accepter la décision injuste de m’écarter des cours pendant deux ans. Je saisirai immédiatement la Cour d’arbitrage sportif à Lausanne et chercherai à contester la durée de la suspension », a écrit Maria Sharapova sur sa page Facebook.

Elle espère désormais que sa peine sera réduite à un an, mais ne croit pas que la CAS pourrait la réduire à quelques mois ou l’annuler complétement.

Notons également, que la décision du tribunal de la FIT est complétée d’une annulation automatique des résultats de Maria Sharapova à l’Open d’Australie, où le fameux contrôle antidopage avait été réalisé. Elle devra en outre rendre les prix obtenus à cette occasion. Dans le cas de Sharapova, cela n’a pas une grande importance, même si la sportive n’a pas l’intention d’arrêter sa carrière.

Article complet disponible sur le site de Kommersant

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