«Le pire dans l’espace, c’est ce que vous avez oublié de faire sur Terre»

Member of the main crew of ISS-52/53 Mission to the International Space Station (ISS) Roscosmos cosmonaut Sergei Ryazansky after the comprehensive training using the 'Teleoperator' simulator at the Gagarin Cosmonaut Training Center.

Member of the main crew of ISS-52/53 Mission to the International Space Station (ISS) Roscosmos cosmonaut Sergei Ryazansky after the comprehensive training using the 'Teleoperator' simulator at the Gagarin Cosmonaut Training Center.

Eugene Odinokov/RIA Novosti
Imaginez un endroit où les levers et les couchers de soleil durent 45 minutes, où l’on peut vivre collé au plafond et où à chaque seconde, l’on parcourt 200 km. Le cosmonaute russe Sergueï Riazanski nous raconte sa vie dans l’espace.

Sergueï Riazanski. Crédit : Eugene Odinokov / RIA NovostiSergueï Riazanski. Crédit : Eugene Odinokov / RIA Novosti

Pouvez-vous imaginer qu’un biologiste prenne les commandes d’un vaisseau spatial ? Cette contradiction est incarnée par le cosmonaute Sergueï Riazanski, qui a établi le record russe de la plus longue sortie dans l’espace (8 heures et 5 minutes) et emporté la première flamme olympique dans l’espace. Avant de se lancer dans ces folles aventures, Riazanski n’en avait même pas rêvé. Sa prochaine expédition à la Station spatiale internationale (ISS en anglais) aura lieu en juillet 2017. Riazanski a été sélectionné pour diriger une équipe spatiale composée également de l’Italien Paolo Nespoli et de l’Américain Randy Bresnik.

Paolo Nespoli, Sergueï Riazanski et Randy Bresnik. Crédit : Eugene Odinokov / RIA NovostiPaolo Nespoli, Sergueï Riazanski et Randy Bresnik. Crédit : Eugene Odinokov / RIA Novosti

Missiles et ISS

De nuit, le lancement des missiles est incroyablement beau. Surtout si l’on y assiste depuis le cosmodrome. Mais si vous êtes à bord de la navette, vous ne voyez rien au début. Puis, vous commencez à soupçonner que quelque chose ne tourne pas rond : vous êtes assis sur un immense baril de poudre à canon. Enfin, à l’heure prévue, il y a une explosion et, 528 secondes après le décollage, vous êtes en orbite.

La ISS est un long tube en fer de 60 mètres de long avec six cabines. Pourtant, à un moment, elle a accueilli neuf membres d’équipage. Eh bien… l’un vivait dans le laboratoire, un autre dans la réserve et un autre encore sous le plafond. Oui, même dans un module parfaitement rond, nous avons un sol et un plafond désignés. C’est très important pour la santé de garder à l’esprit les mêmes orientations que sur Terre.

Crédit :  ZUMA Press / Global Look PressCrédit : ZUMA Press / Global Look Press

Problèmes dans l’espace

Une fois, la ISS a perdu 70% de toute son électricité et donc 70% de tous ses ordinateurs. Il y avait une situation d’urgence dans le segment américain. Nous avons appelé le Centre de contrôle des missions et nous avons dit : « Houston, nous avons un problème ». Houston nous a répondu : « Reçu. Allez vous coucher ».

C’était vraiment stressant. Dans le pire des cas, nous aurions dû revenir à la maison (la probabilité était d’à peu près 60%). Mais pendant que nous dormions, la NASA a réuni les astronautes – tous ceux qui travaillaient sur le projet –, elle est allée les chercher en avion dans le monde entier et leur a demandé de faire un exercice de travail dans cette situation (une simulation spatiale).

Honnêtement, je ne pensais pas que c’était possible. Mais le lendemain, nous avons reçu les instructions sur ce qu’il fallait faire. Sinon, les problèmes que nous avons sur place, ce n’est pas le pire dans l’espace. Le pire, c’est si vous avez oublié de faire quelque chose sur Terre.

Crédit : ZUMA Press / Global Look PressCrédit : ZUMA Press / Global Look Press

Entraînement pour la mission

Par exemple, un cosmonaute doit pouvoir sauter d’un avion en parachute et résoudre un problème avant l’ouverture du parachute. Il y a également un test de résistance. J’ai été surpris, mais, en moyenne, je le fais deux fois plus vite que sur Terre (12 secondes au lieu de 24 secondes).

Pour un autre test, on vous enferme dans une minuscule pièce sans sommeil pendant trois jours et vous devez constamment faire quelque chose – écrire, parler, vous concentrer entièrement sur une tâche. Si vous êtes forcé à de faire un atterrissage d’urgence, il faut pouvoir réagir très vite, car chaque seconde perdue dans cette situation équivaut à un écart de 80 à 200 km de par rapport à votre destination sur Terre.

Crédit : Baikonur Cosmodrome / Global Look PressCrédit : Baikonur Cosmodrome / Global Look Press

La vie d’un cosmonaute qui n’est jamais allé dans l’espace

Depuis mon enfance, je rêvais d’être biologiste. Après mes études en biochimie, j’ai commencé à travailler à l’Institut des problèmes biomédicaux. Un jour, l’Académie russe des sciences a annoncé l’ouverture aux chercheurs de postes pour mener des tests spatiaux. Pour une raison que j’ignore, nous semblions avoir des chercheurs qui étaient soit très intelligents soit en très bonne santé. Je suis du second type, donc je n’ai été sélectionné que comme cosmonaute de tests de recherche.

En 2005, j’ai achevé mon entraînement. Deux ans auparavant, la navette spatiale Columbia de la NASA s’était désintégrée dans l’atmosphère terrestre tuant ses sept membres d’équipage. Le problème, c’était que la NASA avait acheté tous les sites scientifiques jusqu’en 2017. Mais personne ne veut jouer l’homme qui n’ira nulle part pendant les 12 prochaines années. Je me suis dit : « Ce n’est rien de personnel, c’est comme ça ». Et ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai eu réellement envie d’aller dans l’espace.

Crédit : ZUMA Press / Global Look PressCrédit : ZUMA Press / Global Look Press

Je ne suis pas allé dans l’espace, mais j’ai participé à une mission de 105 jours pour le programme Mars500, la simulation d’une mission sur Mars à bord d’une navette spatiale.

Pendant la conférence de presse à l’issue de la mission, le général militaire et directeur de l’Agence spatiale russe Roscosmos m’a demandé quand j’allais partir dans l’espace et j’ai répondu : « Jamais ». «  Mais vous êtes bien un cosmonaute ? », a-t-il demandé. J’ai répondu : « Oui ». Il a donc répété : « Quand allez-vous partir dans l’espace ? ». Et j’ai de nouveau répondu : « Jamais ».

Comme il ne comprenait pas les restrictions concernant les vaisseaux qui lancent les acosmonautes dans l’espace, il a décidé de faire une exception pour moi. Ils m’ont autorisé à devenir le premier ingénieur de vol sans formation formelle d’ingénieur.

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