Comment les monuments russes font-ils pour être constamment ornés de fleurs fraîches?

Inauguration du monument en l'honneur du centenaire du théâtre Vakhtangov, qui sera célébré en 2021 à Moscou

Inauguration du monument en l'honneur du centenaire du théâtre Vakhtangov, qui sera célébré en 2021 à Moscou

Sofia Sandourskaïa/Agence Moskva
Les monuments des écrivains, des scientifiques, des poètes et de nombreuses autres personnalités historiques sont toujours entourés de fleurs fraîches en Russie. Qui les y amène et pourquoi?

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Au centre de Moscou se trouve un monument à l'un des poètes russes les plus aimés, Alexandre Pouchkine. Officiellement, les fleurs ne sont déposées que les jours fériés, mais l’on peut constater la présence de bouquets et de couronnes rouges au pied de la statue presque toute l'année. Et cette observation peut être faite pour l’écrasante majorité des monuments du pays, y compris les plus « insignifiants ». D'où vient cette tradition ?

Fleurs naturelles ou artificielles ?

Statue de Pouchkine, sur la place portant son nom, à Moscou

En général, le rituel consistant à déposer des fleurs fraîches sur des tombes ou sur des monuments commémoratifs est pratiqué dans de nombreux pays, et la Russie ne fait pas exception. Dans la tradition chrétienne, les fleurs symbolisent l'espoir de la vie éternelle et la mémoire vivante des gens. Les fleurs artificielles ne peuvent quant à elles être vues que sur les tombes qui sont rarement visitées, car elles n'ont pas besoin d'être entretenues.

Jeunes mariés déposant des fleurs au pied de la statue de Pouchkine, à Moscou

Les Russes, en outre, ont l'habitude d'apporter aux morts un nombre pair de fleurs, ce qui signifie la fin de la vie. Le type de fleurs est également important. Par exemple, on apporte aux jeunes femmes défuntes des lis clairs, aux amis disparus – des chrysanthèmes, aux morts tragiques – des roses bordeaux, aux militaires – des œillets. Souvent, des conifères sont plantés sur les tombes : épicéa, genévrier, pin.

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Une tradition soviétique

Musée central Lénine, dépôt de fleurs dans l'une des salles

Déposer des fleurs sur les monuments urbains, sans lien avec les enterrements, n’est devenu une pratique régulière qu'au cours des années soviétiques. Dans les villes, les jours fériés, on apportait des bouquets aux statues du leader de la Révolution de 1917, Vladimir Lénine, en reconnaissance de l'espoir d'un avenir radieux. De tels monuments existent encore dans presque toutes les villes post-soviétiques.

Après la Seconde Guerre mondiale en URSS, sont apparus de nombreux monuments aux morts et, avec eux, la tradition de déposer des couronnes et des œillets aux soldats tombés au combat en défendant la Patrie.

Tombe du Soldat inconnu et flamme éternelle au jardin Alexandre, à Moscou

Dans ces couronnes, on peut souvent voir des fleurs rouges ou bordeaux, qui symbolisent le sang versé. On évite par contre les fleurs roses ou orange pour les bouquets de deuil. Dans la version classique, les combinaisons d'œillets blancs et rouges sont appropriées.

Il est intéressant de noter que cette tradition soviétique est devenue partie intégrante non seulement des fêtes nationales, mais aussi des cérémonies officielles. Par exemple, lorsque des délégations d'autres pays viennent dans des villes russes, elles déposent également des fleurs au pied des monuments.

Jeunes mariés devant la statue des Saints Pierre et Fevronia à Omsk (Sibérie)

Même certains jeunes mariés, après avoir enregistré leur union dans les bureaux d'état civil, se rendent, avant le restaurant, auprès des monuments militaires de leur ville avec des fleurs.

Jeunes mariés sur le mont Poklonnaïa, à Moscou

À Moscou, on se rend généralement sur le mont Poklonnaïa (où se trouve le parc de la Victoire et un gigantesque complexe mémoriel), auprès du monument à Pouchkine, dans le jardin Alexandre, ou sur la rue Arbat. Il existe cependant en vérité une multitude de statues dont les fleurs sont fréquemment renouvelées.

Jeunes mariés déposant des fleurs aux pieds de Iouri Gagarine, le premier cosmonaute. Ce monument a été érigé à 200 mètres de son lieu d'atterrissage lors de son vol historique.

Les régions ont leurs propres traditions : en plus des monuments militaires, on y honore les monuments aux habitants célèbres des villes ou aux poètes et écrivains y ayant vécu. La tradition est vivante jusqu'à présent.

Monument au chanteur d'opéra Dmitri Khvorostovski à Krasnoïarsk (Sibérie), sa ville natale

Dans les républiques de Russie où la majorité de la population est de confession musulmane, il n'est traditionnellement pas d'usage d'apporter des fleurs aux tombes ou encore d'ériger des monuments à la mémoire des gens. Néanmoins, dans le Caucase, au Tatarstan et au Bachkortostan, l’on apporte aussi des fleurs aux monuments commémoratifs lors des fêtes. Cette tradition est apparue à l'époque soviétique et est restée jusqu'à nos jours, explique Mikhaïl Rochtchine, chercheur principal à l'Institut d'études orientales de l'Académie des sciences de Russie.

Le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov déposant des fleurs sur le monument du premier président de la République de Tchétchénie, son père, Akhmat Kadyrov, à Grozny, la capitale régionale

« Beaucoup de choses ont changé à l'époque soviétique, l'islam ayant été mis de côté à la fin des années 20 [toutes les religions ayant été interdites en URSS]. C'est pourquoi l'installation de monuments et la pose de fleurs sur des monuments dans le Caucase du Nord se sont également répandues », précise-t-il, ajoutant qu'il est extrêmement difficile de se défaire de cette tradition soviétique.

Dans cet autre article, nous vous présentons les cinq monuments les plus controversés de Moscou.

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