Covid-19: le médecin-chef d'un hôpital spécialisé de Moscou répond aux questions

Denis Protsenko

Denis Protsenko

Sergey Vedyashkin/Moskva Agency
Pourquoi Moscou a-t-il un besoin urgent de construire un hôpital, s'il y a peu de personnes malades, et avec quoi traite-t-on actuellement le virus en Russie? Ces questions et d'autres ont été posées par le médecin-chef de l'hôpital où les patients malades du Covid-19 sont emmenés. Voici ses réponses.

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Presque tous les patients suspects de Covid-19 à Moscou sont conduits dans un hôpital spécial à Kommounarka (en bordure de Moscou). Son médecin-chef, Denis Protsenko, dans une interview accordée à la chaîne RT, a répondu aux questions les plus importantes sur l'infection à coronavirus.

À propos des symptômes :

Il s'agit de fièvre (température supérieure à 38°), cela avait lieu chez tous nos patients positifs au Covid-19. Chez certains, elle peut disparaître seule ou avec une simple dose de paracétamol. Nous observons les patients, mais nous ne les soignons pas, malgré le fait qu'ils soient positifs au Covid. Ils guérissent d'eux-mêmes.

La forme grave présente une combinaison de fièvre, de toux sèche sans expectoration, d'essoufflement et d'un signe très alarmant - une diminution de l’oxygène dans le sang artériel (saturation). Cette dernière se produit car un très important volume de tissu pulmonaire est affecté par le virus et il cesse de remplir sa fonction principale - le transfert de l'oxygène de l'extérieur vers le sang. Suite à cela, l'essoufflement se produit, et le corps manque d'oxygène.

À propos de la situation à Moscou :

À Moscou, la situation en termes d'information est très ouverte. Il y a 62 patients confirmés au Covid-19 à Moscou (depuis leur nombre est passé à 262), nous ne le cachons pas. La situation est tendue, la tendance que je constate est que l'âge moyen de ces patients commence à augmenter. Si auparavant il y avait des jeunes venus d'Italie, et on pensait que précisément cela expliquait l’absence de patients en état grave, maintenant on voit que l’âge moyen des patients a commencé à glisser de 35 ans vers 37-39 ans. Des patients âgés ont commencé à apparaître, il y en a six à l'hôpital et aucun d’eux n'est sous ventilation artificielle.

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À Moscou, il y a environ 5 000 appareils de ventilation qui fonctionnent, je parle des hôpitaux de la ville, pas des appareils privés. Je pense qu'actuellement Moscou est prête à faire face au virus, mais il faut plus de personnel médical.

Pourquoi y a-t-il si peu de malades en Russie (438 au total)

À Moscou, il y a une augmentation exponentielle du nombre de cas, mais la hausse est contenue. Ce n'est pas comme en Italie, où vendredi il y avait deux patients, et lundi 500. Nous nous préparons. Nous réorientons les hôpitaux, nous suivons des formations d'anesthésistes, nous savons comment agir, nous avons une équipe de bénévoles qui ne demandent pas « combien on paie pour ça ».

Le faible nombre d'infectés n'est pas un miracle, mais le résultat de mesures draconiennes mises en place à Moscou : traitement des personnes en contact avec les malades, isolement, etc. Nous avons une très bonne méthode d’enquête.

À propos du traitement du coronavirus :

Chez une grande partie de nos patients, le Covid-19 lui-même se déroule sur fond de prise unique de paracétamol, car ils sont jeunes. Mais nous avons eu un patient qui a 44 ans - ce n'est pas le groupe à risque, mais c'est un fumeur, et c'est important. Il a passé neuf jours en soins intensifs. (…) Nous sommes tous très différents génétiquement. Quelqu'un tolère une température de 37,5 sans même s'en rendre compte, mais pour certains, ça crée une incapacité de se lever et d'aller travailler. 

Nous avons commencé le traitement de ce patient difficile avec des antibiotiques (aminopénicilline). Dans ce contexte, il n'y a eu aucune amélioration et nous avons changé d'antibiotiques. Ensuite, comme il n'y avait pas de confirmation du Covid-19, nous l'avons traité pour un cocktail de maladies grippales potentielles. Après avoir confirmé le diagnostic, nous avons donné une thérapie antirétrovirale combinée [elle est utilisée dans le traitement du VIH] – Kaletra (lopinavir + ritonavir).

Le coronavirus n'est pas comme un rétrovirus, il est différent, mais nous le traitons avec Kaletra car il y a déjà une expérience positive, avant tout chinoise. Ils ont constaté des améliorations dans le groupe de patients traités au Kaletra. Par conséquent, nous avons commencé à traiter comme ça. Le Kaletra a des effets secondaires comme la diarrhée, mais si la vie est en jeu... Nous avons traité ce patient difficile au Kaletra et il a quitté l’hôpital.

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Pourquoi Moscou construit de toute urgence un hôpital séparé pour les maladies infectieuses si tout est sous contrôle ?

Parce qu'il y a toujours un plan B. Et dans ce plan B, il vaut mieux en faire trop, sembler ridicule, parce qu'un hôpital a été construit en un mois, mais n’a pas été utile, que de se retrouver dans le scénario italien. C'est l'idée principale, et ce sont des gens qui l’ont émise.

Pourquoi l'épidémie s'est-elle arrêtée à Wuhan ?

Je pense parce qu'il y a eu des mesures de quarantaine strictes. Mais je n'en suis pas sûr. J'ai parlé avec des experts qui se sont rendus à Wuhan. Pensez-vous que les Chinois ont montré quelque chose à qui que ce soit ? Non. Apparemment, il y avait des mesures de quarantaine très strictes, qui sont impopulaires. Peut-être parce qu'à Moscou, il y a une surveillance stricte de tous les contacts des malades, les autres villes russes de plus d’un million d’habitants sont encore calmes.

À propos des mesures de protection et de confinement :

J'ai deux griefs concernant le modèle anglais [il implique des mesures de contention légères de l’épidémie et l'idée que toute la population devrait tomber malade du virus afin de développer une immunité collective]. Tout d’abord, les personnes âgées ne sont pas toujours des personnes à qui on peut apporter un sac de nourriture, du papier toilette, puis configurer Skype. Il y a des patients alités et des patients d'AVC qui doivent être soignés. Que fait-on avec eux ? Deuxièmement : tant que nous ne comprendrons pas ce qui se passera en Italie, s'il y aura une nouvelle flambée dans les 3-4 prochains mois, nous ne pourrons pas dire si cette immunité est acquise et si elle oui ou non existera bel et bien. Et de ce fait, le modèle anglais présente des points faibles.

Par conséquent, la voie du confinement à l’italienne avec le développement parallèle d'un vaccin me semble humaine. Vu ce qui se passe en Italie, je pense que Moscou doit être fermée. Et il faut mettre fin au covoiturage. Rappelez-vous la grippe espagnole. Nous n'avons pas une mortalité comme celle-ci, mais en tant que médecin-réanimateur, je pars toujours du scénario extrême. 

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Quand la pandémie prendra-t-elle fin ?

Si nous suivons le scénario chinois, j'espère que tout se terminera en mai ou juin. Si nous imitons l’Italie et qu'il y a une explosion de la morbidité, septembre nous semblera un bon scénario.

À propos de la précision des tests :

Afin de parler de la précision de n’importe quel test, de vastes observations et calculs sont effectués. Maintenant, ce n'est qu'une réaction en chaîne par polymérase (PCR), nous ne faisons pas encore de test aux anticorps. Par conséquent, nous ne pouvons pas encore dire avec certitude que ce test est super précis. Mais nous ne pouvons pas dire le contraire. Nous faisons le test trois fois. Nous n'avons jamais vu un résultat positif à l'entrée et un résultat négatif à la sortie sans traitement.

Trois choses que nous devons tous faire dès maintenant :

Denis Protsenko

Ne paniquez pas. Suivez les instructions publiées par les autorités médicales officielles. Et protégez les personnes âgées. Les tests ne sont nécessaires que pour le groupe à risque. Si vous avez un mal de gorge et de la fièvre – confinez-vous, c'est le plus efficace. Traverser la ville pour passer le test peut être dangereux.

Dans cet autre article, nous vous présentons les mesures globales prises par la Russie pour endiguer la pandémie sur son territoire.

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