Sept piliers culturels qui unissent les Russes du monde entier

Tatyana Manaeva
Certains concepts et habitudes unissent les Russes, qu’ils vivent en Russie ou soient expatriés depuis des décennies. Découvrons ces choses qui constituent le ciment du Monde russe par-delà les continents et les époques.   

Patriotisme, indépendance, unité : comme l’affirme l’État russe, il s’agit là des « piliers » de la Russie - des valeurs qui maintiennent la société unie. Mais en réalité, les gens de presque tous les pays pourraient tomber d’accord là-dessus. Existe-t-il des notions qui ne s'appliquent qu'aux Russes ? Si oui, quelles sont-elles ?

Calendrier

1er janvier, 23 février, 8 mars, 9 mai... Pour la plupart des étrangers, ces dates n’ont pas de signification particulière, mais pour toute personne née en Russie, le calendrier des vacances et manifestations culturelles russes est une véritable science qui rythme leur vie. Même après avoir émigré et cessé de célébrer ces fêtes, vous auriez du mal à convaincre vos parents âgés de cesser de vous envoyer des photos d’œillets et de rubans de Saint-Georges par WhatsApp le 9 mai.

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Distances

La plupart des habitants de la Russie occidentale sont émerveillés par le fait que les habitants de Tioumen (Sibérie occidentale) mentionnent avec désinvolture un vol pour rendre visite à leurs proches « dans le pays », tout comme un Moscovite parlerait d'un trajet en train de banlieue jusqu'à sa datcha. Mais même une balade dans Moscou (en général, parcourir 3 km à pied en rentrant chez moi après des heures de travail) semblerait extrêmement longue à la plupart des Européens. Être habitué à parcourir de longues distances est l’un des liens les plus communs des Russes depuis des temps immémoriaux. D'où l'amour des promenades à grande vitesse mentionnée par Nikolaï Gogol. À ce jour, l’excès de vitesse est l’un des motifs de contravention les plus répandus en Russie.

Tout faire au dernier moment (et s’en tirer comme ça)

« Date limite : hier ». Sur les sites Web russes de recherche d'emploi, ces mots se retrouvent souvent dans les descriptions de projets indépendants et même de certains emplois. Un Américain ou un Français y verrait une blague de mauvais ton, alors pour que les Russes, cela signifie qu'il y a beaucoup de travail et une opportunité de gagner plus d'argent.

Il semble que les Russes aient l'habitude de tout faire au dernier moment : les étudiants finissent leurs devoirs la veille de l’échéance, les comptables établissent leur bilan annuel les deux derniers jours de l'année (Pourquoi ? Parce que le patron peut tout changer à la dernière minute !). Même certains stades de la Coupe du monde de football 2018 ont subi la touche finale lorsque les premiers supporters ont franchi la frontière du pays. L'essentiel est de terminer. Les délais sont une préoccupation secondaire.

Tout le monde comprendra, car dépasser les délais et être en retard n’est pas considéré comme impoli en Russie, contrairement à la Suisse, par exemple, où cela témoigne d’un manque total de respect pour ses collègues.

« Avos »

Et que se passera-t-il si tout part en vrille ? Espérons que non ! C'est le cas où un russe utiliserait « avos » - un mot de l'ancien russe qui apparaît dans les plus anciennes chroniques russes, et dénote la vague espérance de surmonter les pires circonstances. Avant les tsars, les Russes vivaient dans un pays de princes en guerre perpétuelle ; les tsars aimaient présenter de nouvelles lois qui abolissaient les lois précédentes, il y avait toujours la possibilité d’une guerre soudaine, tandis que la notion de « droits de l'homme » était inexistante. De ce fait, le moujik russe s'est habitué à tout faire avec un « avos » à l'esprit. Les prouesses militaires de l'armée russe étaient très souvent basées sur l’« avos » (par exemple, la campagne suisse de Souvorov). L’« avos » est certainement l'un des piliers de la Russie - la croyance inexplicable dans la chance et le surnaturel, qui aide le Russe à aller de l’avant - et, éventuellement, à gagner (ou non).

Paganisme occasionnel

Toucher du bois ou cracher sur l'épaule ne sont pas des gestes exclusivement russes, mais s'asseoir avant un long chemin, refuser de serrer la main ou de laisser passer des objets à travers le seuil de la porte, refuser d’enjamber sur un corps étendu au sol, ne pas revenir en arrière pour prendre quelque chose que vous avez oublié après avoir quitté la maison... sont des superstitions typiquement russes, enracinées dans le passé païen, ayant survécu à des siècles de tradition chrétienne.

Même après l’adoption du christianisme, le calendrier russe conserve les célébrations païennes : Sviatki (solstice d’hiver) célébrés entre le jour de Noël et le baptême du Christ, la nuit de Koupala (solstice d’été) a réapparu comme la Nativité de Saint Jean Baptiste ; et Pâques, qui a remplacé le Nouvel an slave (célébré au printemps).

Être habitué au froid et à la neige

Mes amis sibériens se plaignent d’être constamment harcelés par leurs copains moscovites : pourquoi portez-vous un bonnet ici en hiver, vous venez de Sibérie ! « Oui, répondent-ils, de Sibérie, où nous savons qu’il est important de s’habiller chaudement ».

Mais vous n’êtes pas obligé d’être de Sibérie pour dire ça. Même si nous n’avons pas cent noms à leur donner comme le font les Esquimaux, un long hiver ou des engelures ne seraient guère surprenants pour un Russe. Lev Milov, le célèbre historien de la paysannerie russe, affirme que le caractère national russe a été forgé par notre climat, qui a lui-même défini la vie des paysans. Pendant six mois, vous travaillez comme un cheval, ensemencez puis récoltez à toute vitesse avant que le froid ne s'installe (cela tient peut-être aussi à notre tendance à tout faire juste avant la date limite), puis vous vous retrouvez six mois sur un poêle et devez inventer des activités pour vous débarrasser du pilier ultime de la Russie : le khandra, connu en Occident comme le blues.

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Khandra

En cela, nous sommes imbattables. Le « khandra » russe ne se réfère pas seulement à la mélancolie, il est également utilisé pour décrire une personne qui se sent physiquement malade.

Bien qu’il pleuve souvent pendant des semaines à Londres (la mélancolie anglaise est prédominante, de même que le type de chagrin portugais - la saudade), le khandra russe apparaît comme une partie intrinsèque de la soi-disant « âme russe ». En effet, aujourd’hui, dans la société occidentale, se plaindre de ses problèmes est considéré comme de très mauvais ton. Et si vous geignez sans arrêt, vous serez poliment ignoré en public et abandonné en privé. Mais en Russie, le fait d'ignorer une telle personne, par exemple, au travail sera considéré comme impoli et peut-être même inhumain. Une personne qui se plaint à voix haute est une personne qui réclame de l'aide, et de l'aide sera probablement fournie, même si elle provient d'un étranger. C'est l'esprit russe.

Les Russes tireraient-ils donc du plaisir dans la souffrance? La réponse, vous la trouverez dans cette autre publication

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