Souvenirs de l'Euro-2008: la Russie peut-elle répéter son heure de gloire 10 ans plus tard?

Andrey Arshavin lors du match contre la Hollande, le 21 juin 2008.

Andrey Arshavin lors du match contre la Hollande, le 21 juin 2008.

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Il y a une dizaine d'années, les supporters de l'équipe nationale russe, généralement pas gâtés par les victoires, ont connu les jours les plus heureux de leur vie de fan lors de la demi-finale de l'Euro-2008. Depuis lors, la Russie espère toujours voir se répéter un tel triomphe…

Moscou dort rarement – et ce fut particulièrement le cas ce 22 juin 2008, après un quart de finale de la Coupe d’Europe 2008 organisée en Autriche et en Suisse, où la Russie a joué contre les Pays-Bas. Menée par le manager néerlandais Guus Hiddink, la Russie a pulvérisé 3 à 1 l'équipe qui était considérée comme l'une des favorites de l'Euro. Et les Russes ont fêté ça comme il se doit.

« Pure joie »

« C'est inoubliable », se souvient Maxime, un Moscovite de 16 ans en 2008. « Quelques secondes après la fin du match, moi et mes amis avons couru dans la rue, nous sommes allés au centre-ville (...) c'était plein de gens heureux comme tout, beaucoup ivres, criant et applaudissant, les voitures klaxonnant sans cesse. Les étrangers s'embrassaient et criaient "RUSSIE! RUSSIE! C'était du pur bonheur ».

Vassili Outkine, l'un des journalistes sportifs russes les plus célèbres, est resté sans voix, comme beaucoup de Russes, et a écrit après le match: « À l'heure actuelle, à l'Euro, personne ne joue au football mieux que nous. Après trois victoires - contre la Grèce (1: 0), la Suède (2: 0) et les Pays-Bas (3: 1), l'équipe russe a joué courageusement et magnifiquement à chaque match ». C’était le cas. Comment la Russie en est-elle arrivée là?

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Route longue et difficile

Depuis l'effondrement de l'URSS, la Russie n'a jamais été favorite d'un tournoi sérieux. Elle ne s'est même pas qualifiée pour la Coupe du Monde de la FIFA 2006, et par la suite la fédération nationale de football a embauché son premier entraîneur étranger, Guus Hiddink, qui avait auparavant travaillé avec les Pays-Bas, la Corée du Sud et l'Australie.

Lors des qualifications pour l'Euro-2008, la Russie était sur le fil du rasoir, battant l'Angleterre mais perdant face à Israël : seule la victoire de la Croatie sur l'Angleterre a permis à la Russie de se qualifier pour la phase finale de l'Euro. Dans le groupe D, la Russie a commencé avec une défaite 1 à 4 contre l'Espagne, mais a ensuite montré ses tripes, venant à bout de trois équipes d'affilée.

Le bonheur ne dure jamais longtemps - surtout si vous êtes un supporter de football russe. En demi-finale, l'équipe nationale s'est inclinée face à l'Espagne une fois de plus - 0 à 3 - et est rentrée à la maison.

Néanmoins, pour un outsider comme la Russie, obtenir le bronze, fut un succès majeur - un film sur le tournoi a même été nommé « Le Bronze d’or ». Comment la Russie est-elle arrivée aussi loin?

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Combinaison parfaite

Comme l'explique Stanislav Minine, journaliste sportif sur la chaîne Match TV, « il y avait une combinaison de facteurs qui ont conduit au succès - il est impossible d'en choisir un seul ». Voici les trois principaux.

1) Des infrastructures solides

Les experts soulignent que les fonds de l'Académie nationale de football, fondée en 2004 et parrainée par l'homme d'affaires russe Roman Abramovitch, ont contribué à la progression du football russe. Le fonds aurait dépensé environ 150 à 200 millions de dollars pour le développement des infrastructures, la construction de 140 nouveaux terrains de football et l'embauche de Guus Hiddink.

Roman Abramovitch

« L'"académie" d'Abramovich a donné une base au football russe, des fondements pour faire quelque chose, a confié Stanislav Minine à Russia Beyond. Cela s’est avéré très utile ».

2) Génération de joueurs exceptionnels

Andrey Arshavin, qui a marqué deux buts en trois matchs et s'est qualifié pour l'équipe symbolique du tournoi, est toujours considéré comme l'un des meilleurs joueurs russes. Lui, Roman Pavlyuchenko (3 scores) et plusieurs autres stars de l'Euro-2008, ont rejoint la Premier League anglaise après le tournoi.

Andrey Arshavin

« C'était une génération de footballeurs très forte, commente Minine. De plus, ils étaient au sommet de leur forme en 2008, à l’apogée de leur carrière. Le Zénith Saint-Pétersbourg a remporté la Coupe de l’UEFA cette année-là, et beaucoup de footballeurs du Zenith ont galement joué dans l'équipe nationale ».

3) Les compétences de Guus Hiddink

Après le match contre les Pays-Bas, Hiddink est devenu un héros national en Russie. Le président Dmitri Medvedev a dit en plaisantant qu'il pourrait accorder la nationalité hollandaise au directeur, plusieurs bébés ont été nommés « Guus » (ce n'est pas un nom russe typique) et l'entraîneur était surnommé « le sorcier ».

Guus Hiddink et l'équipe lors d'un entraînement

Tout le monde est d'accord pour dire que Hiddink a changé la donne. « C'était son style, estime Stanislav Minine. Il avait déjà travaillé avec des équipes moyennes - Corée du Sud et Australie - et il avait du succès partout, car il comprenait les points forts et faibles de chaque joueur. Avant l'Euro, lui et ses assistants ont choisi un système de préparation très rationnel, ce qui a permis à l'équipe d'atteindre son sommet dans les matchs les plus importants »

La fin

Pour de nombreux fans, l'Euro-2008 semblait être le début d'une ère glorieuse dans le football russe... mais le tournoi s'est avéré n’être qu’une exception à la règle. L'équipe brillante de Hiddink ne s'est pas qualifiée pour la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud, s’inclinant brusquement face à la modeste Slovénie en match de barrage.

Après cette défaite, le « sorcier » a quitté la Russie et l’effondrement a commencé. L'équipe nationale a vu se succéder différents entraîneurs, à la fois des superstars étrangères et des prodiges de la mère patrie – mais la défaite et le retour au pays étaient immanquablement au rendez-vous après les phases de groupe.

Comme Stanislav Minine le suppose, le football russe n'a pas réussi à tirer parti de ses atouts. « Inviter Hiddink, le premier entraîneur étranger, était un risque - ensuite, les officiels ont agi trop prudemment, craignant le risque, embauchant des coaches comme Cappello, dont les meilleurs jours étaient depuis longtemps terminés. Malheureusement, nos footballeurs ne sont pas parvenus à un autre niveau. Certains, comme Arshavin, ont passé deux saisons à l'étranger, mais ont montré qu'ils étaient incapables de se maintenir à un niveau élevé tout le temps ».

Cela fait 10 ans maintenant, et la Russie est engagée dans un nouveau tournoi de grande envergure à domicile. Les attentes ne sont pas très élevées, mais comme tous les fans de football le savent, ce sport est génial quand il surprend les gens. Et personne ne sait quand surviendra le jour qui relèguera dans l’oubli cette fameuse victoire sur les Pays-Bas…

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