Les véritables raisons du voyage à Berlin de Vladimir Poutine

La réunion du « Quartet de Normandie » à Berlin.

La réunion du « Quartet de Normandie » à Berlin.

Reuters
Tenue le 19 octobre à Berlin, la réunion du « Quartet de Normandie » n’a pas débouché sur des progrès sensibles dans le règlement de la crise dans l’est de l’Ukraine. Les experts russes considèrent que le format dit « de Normandie » est pour le moment incapable de faire avancer la situation et que Vladimir Poutine s’est rendu en Allemagne pour s’entretenir non avec son homologue ukrainien, Petro Porochenko, mais avec les leaders européens.

La rencontre du 19 octobre à Berlin entre les leaders de Russie, de France, d’Allemagne et d’Ukraine ne promettait aucune percée : Moscou et Kiev s’accusaient mutuellement de violer les accords de Minsk et le Kremlin n’a annoncé la participation de Vladimir Poutine à l’entrevue que la veille de celle-ci. Le président russe a exprimé jusqu’au dernier moment des doutes quant à l’utilité de l’entretien.

Les autorités de Kiev étaient elles aussi sceptiques : Konstantin Elisseïev, chef adjoint de l’administration du président Petro Porochenko, a déclaré avant la rencontre qu’une percée était peu probable. « Il ne faut pas espérer de miracle », a-t-il affirmé.

Pas de lumière au bout du tunnel

En effet, il n’y eut pas de miracle : aucun document n’a été signé à l’issue de cinq heures de négociations. Les politiques ont seulement annoncé qu’une nouvelle « feuille de route » serait élaborée d’ici un mois pour régler la situation dans le Donbass.

Malgré les déclarations prudentes des participants à la rencontre sur les résultats de celle-ci – ainsi, Vladimir Poutine a relevé l’attachement de tous les leaders aux accords de Minsk et Petro Porochenko a répété qu’il n’existait pas d’alternative au format dit « Normandie », – les experts estiment que des contradictions de principe persistent entre Moscou et Kiev.

« Les relations de la Russie avec l’Ukraine restent toujours tendues et s’il était question de dialoguer seulement avec Kiev, Moscou aurait sans doute refusé la rencontre », estime Sergueï Karaganov, doyen de la faculté de l’économie mondiale et de la politique internationale de la Haute école d'économie.

Selon lui, Petro Porochenko ne peut et ne veut pas appliquer la partie des accords de Minsk qui a trait à l’organisation d’élections dans le Donbass et à l’amnistie pour les participants au conflit.

Timofeï Bordatchov, producteur du forum international d’experts Club Valdaï, est du même avis : l’Ukraine n’est pas disposée à dialoguer.  « L’Ukraine déclare sans ambages qu’elle attend l’arrivée d’un nouveau président à la Maison Blanche et qu’elle espère que ce sera Hillary Clinton, ce qui permettra de revenir au scénario de la confrontation », a-t-il indiqué à RBTH.

Soutenir Merkel et renouer avec Hollande

Les experts sont convaincus que Vladimir Poutine n’est pas venu à Berlin pour s’entretenir avec son homologue ukrainien. « La rencontre n’était pas consacrée à Petro Porochenko, mais aux Européens, elle embrasse un large éventail de problèmes concernant moins l’Ukraine que les relations de la Russie avec l’Europe et la Syrie », a fait remarquer pour sa part le politologue Sergueï Mikheïev.

Le politologue ukrainien Mikhaïl Pogrebinski a estimé dans une interview à la radio Kommersant FM que l’un des objectifs de Vladimir Poutine était de soutenir la chancelière allemande, hôtesse de la rencontre. « Il a décidé de ne pas placer Angela Merkel dans la situation gênante d’un organisateur qui s’est démenée pour rien. Il attend sans doute quelque chose (d’elle) », a dit le politologue.

Pour Sergueï Mikheïev, ceci est dû à l’importance que revêt l’Allemagne pour la Russie. « L’Allemagne est le pays le plus influent de l’Union européenne économiquement et la Russie a d’importants échanges avec elle. Aussi est-il vital de maintenir les relations et de ne pas les détériorer sans raison », a-t-il expliqué.

En outre, a-t-il poursuivi, Vladimir Poutine tenait à parler à François Hollande après l’annulation de sa visite à Paris la semaine dernière. « La réunion des quatre pays au format dit « Normandie » est pour Vladimir Poutine et François Hollande une bonne occasion de se voir et d’arrondir les angles », a-t-il noté.

Le problème syrien

En ce qui concerne le dossier syrien, la chancelière allemande et le président français se sont penchés de nouveau sur les bombardements d’Alep par l’aviation russe et syrienne et ont estimé possible d’introduire de nouvelles sanctions contre Moscou. La Russie a pour sa part annoncé qu’elle prolongeait la pause humanitaire sur Alep et a appelé à dissocier les terroristes de l’opposition.

Sergueï Karaganov reste sceptique quant aux perspectives du dialogue sur la Syrie avec les leaders européens, mais se félicite de l’existence des négociations. « La France et l’Allemagne ne possèdent pas de leviers réels pour influencer la situation en Syrie où le rôle clé dans le camp occidental revient aux Etats-Unis. Mais s’il est possible d’examiner la situation, alors pourquoi pas ? Il ne faut pas laisser passer cette chance et refuser le dialogue », a-t-il indiqué à RBTH.

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