Dialogue aux perspectives modestes

Vladimir Poutine accueilli par François Hollande à l’Élysée le 5 juin 2014 à l’occasion de la commémoration du 70ème anniversaire du Débarquement en Normandie.

Vladimir Poutine accueilli par François Hollande à l’Élysée le 5 juin 2014 à l’occasion de la commémoration du 70ème anniversaire du Débarquement en Normandie.

Reuters
Le président russe se rendra à Paris en octobre pour inaugurer un centre culturel : l’occasion de redonner un élan aux relations bilatérales, mais dont on n’attend pas de percée majeure.

Alors que l’ombre de la crise ukrainienne continue de planer sur les relations entre l’Occident et la Russie, le prochain voyage de Vladimir Poutine en France provoque le scepticisme de plusieurs observateurs.

Bien que le but officiel de la visite ne soit pas lié à la politique – le président russe vient inaugurer un centre spirituel et culturel orthodoxe quai Branly –, certains estiment que l’homme fort du Kremlin cherchera à utiliser l’occasion pour atténuer les sanctions occidentales imposées à la Russie en 2014. Des voix s’élèvent déjà pour reprocher au président François Hollande d’« offrir une tribune » à Vladimir Poutine.

« Après la crise ukrainienne, les visites de M. Poutine dans l’Union européenne sont devenues rares, fait remarquer Dmitri Trenine, directeur du Centre Carnegie de Moscou, dans un entretien avec RBTH. Ses déplacements dans les grands pays de l’UE sont observés avec un intérêt particulier par certains, avec suspicion et désapprobation par d’autres ».

« Il est donc possible que nouvelle la plus importante en ce qui concerne la France soit le simple fait que cette visite ait lieu, ajoute l’expert. Depuis la dégradation des relations avec l’Occident, M. Poutine s’est rendu en France pour des rencontres internationales, comme les célébrations du Jour J ou le sommet de l’Onu sur le climat. Une visite bilatérale a bien sûr beaucoup plus de poids ».

Une amitié pragmatique

Les relations entre la Russie et l’Occident restent tendues et les menaces communes, notamment le terrorisme islamiste, n’ont pas permis un rapprochement. La France se démarque toutefois du bloc de l’Alliance atlantique (l’Otan) en relançant le dialogue diplomatique.

« M. Hollande est l’un des rares dirigeants européens qui voient la Russie comme un partenaire, un ami, non un ennemi, considère Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe. La France est à la recherche d’une dynamique positive dans ses relations avec Moscou et fait des efforts pour apaiser les tensions, mais rien n’est simple ».

Dmitri Trenine fait écho à ce point de vue. « La France est plus accommodante avec la Russie que de nombreux autres membres de l’Union européenne, y compris l’Allemagne, déclare-t-il. Paris est fatigué de l’Ukraine et a perdu toutes ses illusions à son sujet. Les sociétés françaises veulent un rétablissement des relations économiques avec la Russie ».

Les relations entre la Russie et la France ne se limitent pas à la question des sanctions, rappelle Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue La Russie dans la politique mondiale. Compte tenu de la transformation que vit l’Union européenne, Moscou juge plus pragmatique d’utiliser la diplomatie ciblée et de s’entendre avec des pays individuels qui gardent une attitude relativement amicale à l’égard de Moscou, estime l’analyste.

« La Russie réalise que quoi qu’il advienne de l’Union européenne, les pays qui la composent seront toujours là et il faudra coopérer avec eux. Il est donc plus judicieux de construire des relations » avec les principaux acteurs européens, explique M. Loukianov.

Un vecteur de rapprochement

Malgré les attentes suscitées par la visite de M. Poutine, les experts ne pensent pas qu’elle apporte de changements significatifs. « Avant l’été, nombreux étaient ceux qui plaçaient leurs espoirs dans cette rencontre bilatérale à Paris, rappelle Arnaud Dubien. Certains ont même supposé que le président français voulait prendre prétexte de cette visite pour ranimer le débat sur la levée des sanctions contre Moscou et normaliser les relations bilatérales franco-russes ainsi qu’entre la Russie et l’UE ».

Cependant, après les incidents survenus en Crimée (début août, le Service fédéral russe de sécurité a annoncé avoir arrêté des saboteurs ukrainiens planifiant des attentats sur la péninsule), la perspective d’améliorer les relations russo-européennes n’est pas réalisable à court terme. « Et nombreux sont ceux en Europe à en être déçus, ajoute Arnaud Dubien. Bien que des chances d’amélioration existent encore, l’incident de Crimée fut une surprise très déplaisante, qui a ravivé les tensions ».

Pour autant, Dmitri Trenine ne pense pas que Paris « rompe les rangs de la solidarité au sein de l’UE ou de l’Otan » et demande l’annulation des sanctions. Néanmoins, la visite de Vladimir Poutine souligne la tendance visant à ne pas isoler la Russie et à œuvrer au rétablissement des liens avec les anciens partenaires.

Les relations bilatérales franco-russes seront l’un des principaux points à l’ordre du jour de la visite de Poutine, car elles ne sont pas au beau fixe, note Arnaud Dubien.

Il est clair que la lutte contre le terrorisme offre un vecteur de rapprochement. C’est devenu une sorte de mantra pour les relations entre Paris et Moscou, estime le directeur de l’Observatoire franco-russe. Les deux dirigeants ne manqueront pas de l’évoquer, voire de s’en servir pour éventuellement aborder des sujets plus délicats.

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