Trois terrains d’entente de Poutine et Erdogan

Les présidents russe et turc, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.

Les présidents russe et turc, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.

Reuters
Le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan se sont entretenus le 10 octobre à Istanbul dans le cadre du Congrès mondial de l'Énergie. C’est la troisième rencontre entre les deux hommes politiques après que la Turquie eut présenté ses excuses pour avoir abattu un bombardier russe en novembre 2015. Les présidents ont réussi à s’entendre sur trois points importants.

1. Construction de Turkish Stream

Un accord intergouvernemental a été signé sur la construction du gazoduc Turkish Stream.

Une entente sur la pose de la conduite était intervenue dès décembre 2014. Le projet devait constituer une alternative au gazoduc South Stream, mais pour des raisons différentes sa matérialisation était toujours reportée : tantôt à cause de divergences sur une remise ou sur le nombre de conduites, tantôt à la suite d’une dégradation des relations bilatérales après que la Turquie eut abattu un avion russe et des spéculations sur la relance du projet South Stream et l’abandon de Turkish stream.

Au cours de la rencontre à Istanbul les deux parties ont réussi à faire aboutir leurs efforts en signant un accord intergouvernemental. Qui plus est, la Russie et la Turquie se sont entendues au sujet d’une remise sur le tarif du gaz dans le cadre du projet.

À l’issue de la rencontre, Vladimir Poutine a constaté « qu’un pas avait été fait vers la réalisation des projets du président turc sur la mise en place d’un grand hub énergétique dans son pays ».

2. Les fruits turcs bientôt de retour en Russie

Un autre problème important de la coopération bilatérale est celui de la levée des sanctions économiques décrétées unilatéralement par Moscou contre Ankara il y a un an, après l’incident lié à l’avion. Vladimir Poutine a annoncé que la Russie avait décidé de rouvrir son marché aux produits agricoles turcs.

Selon le président russe, c’est une décision mutuellement avantageuse. Il a précisé qu’il était question avant tout des fruits à noyaux et des agrumes. « L’agriculture russe n’en produit pas et l’arrivée sur le marché de ces fruits pourrait – nous comptons grandement dessus – faire baisser les prix », a-t-il précisé.

« Pour nos partenaires turcs, cela signifie l’ouverture du marché russe », a constaté Vladimir Poutine, en rappelant que « les ventes de ces produits turcs sur le marché russe avaient constitué 450 millions d’euros l’année dernière ».

3. Syrie : ne pas se gêner mutuellement

Outre les questions de la coopération économique, les parties se sont penchées également sur le dossier syrien. Pour la Turquie comme pour la Russie, la Syrie reste le problème numéro un dans le domaine de la politique étrangère.

Les deux pays sont physiquement impliqués dans le conflit syrien. La Russie réalise une opération militaire aérienne contre les terroristes de Daech (interdit en Russie, ndlr), tandis que la Turquie a lancé l’opération Bouclier de l’Euphrate dans le nord de la Syrie où elle défend les régions frontalières contre les extrémistes de cette organisation terroriste. Mais aussi contre les détachements de Kurdes syriens qui, selon les affirmations d’Ankara, sont liés au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, organisation séparatiste kurde combattue par les autorités turques depuis 1984. Le PKK est qualifié de terroriste en Turquie, aux États-Unis et dans les pays de l’UE, ndlr). Toutefois, les positions de Moscou et d’Ankara diffèrent grandement : la Russie soutient le régime du président syrien Bachar el-Assad et porte des frappes contre les groupes antigouvernementaux (ayant refusé de rejoindre le cessez-le-feu, ndlr), tandis que la Turquie soutient les forces antigouvernementales et qualifie de terroriste le régime du président.

« La Russie et la Turquie se sont entendues au sujet du Bouclier de l’Euphrate pendant la visite de Recep Tayyip Erdogan à Saint-Pétersbourg en août dernier. Moscou n’a pratiquement exprimé aucune émotion avec le début de l’opération turque en Syrie », fait remarquer Iouri Mavachev, chef du département politique du Centre d’études de la Turquie moderne. Selon lui, Moscou et Ankara sont liés d’une entente implicite : ne pas se gêner mutuellement. Et cette entente a été confirmée et consolidée pendant la visite de Vladimir Poutine. « Les fonctionnaires et les médias turcs ne soufflent mot sur l’implication russe à Alep. Ils ont reçu un ordre : laisser faire à Alep puisque Moscou laisse faire dans les régions septentrionales de la Syrie », a-t-il expliqué.

Kerim Khas, expert de la politique eurasienne au think tank Organisation internationale d'études stratégiques, se félicite que « les présidents Erdogan et Poutine aient convenu au sujet de la crise syrienne qu’il était important de développer l’ordre du jour positif et de poursuivre les négociations dans le cadre d’un mécanisme officiel tripartite composé des ministères des Affaires étrangères, des états-majors et des agences de renseignement. La situation à Alep, la crise humanitaire en Syrie et la distinction des groupes d’opposition et de terroristes seront examinées par ce mécanisme ».

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