Les aventures d’un enseignant américain dans la Russie de Gorbatchev

Andrey Solomonov/Sputnik; SparkPress/Service de presse
Le professeur américain Frank Thoms a visité l'Union soviétique à son crépuscule. 30 ans plus tard, il se souvient de son expérience dans un livre.

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Frank Thoms

« La Russie est un rébus enveloppé de mystère au sein d'une énigme » : l'Américain Frank Thoms commence son livre sur la Russie avec cette citation de Winston Churchill de 1939. Narrant ses aventures en recourant à la métaphore de la matriochka, la fameuse poupée russe, Frank est arrivé en Union soviétique à la veille de son effondrement. Il a cherché à pénétrer les différentes « couches » de la vie russe, a eu une chance unique de découvrir ce à quoi ressemblait la vie sous le « rideau de fer » et a finalement aussi beaucoup appris sur lui-même.

Le livre de Frank, Derrière le voile rouge : un Américain dans la Russie de Gorbatchev (qui sera publié par SparkPress le 15 septembre 2020) retrace l’itinéraire  d'un enseignant américain qui a décidé de se mettre au défi en voyageant dans un monde inconnu pour trouver la vérité par-delà la propagande émanant des deux côtés.

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Pourquoi la Russie?

Les premières rencontres de Frank avec la Russie ont été assez fragmentaires. Dans les années 1950, en tant qu'écolier, il découvre Radio Moscou, qui « fascine davantage par son lieu de diffusion que par son contenu ». Par la suite, le mystérieux pays des Soviets a pu se targuer de grandes réalisations dans l'espace : Spoutnik, Belka et Strelka, Gagarine et Terechkova – l’URSS avait dépassé les États-Unis, provoquant beaucoup de curiosité chez le jeune homme.

Enfin, à l'université, Frank a été surpris par les conférences de son professeur sur les tsars russes, le paysage russe et la mentalité des habitants du pays. Il imaginait qu'un jour, il visiterait le pays, mais avant que cela ne se produise, il a passé 20 ans à enseigner l'histoire de la Russie et le marxisme dans les écoles américaines, nourrissant sa curiosité pour tout ce qui est russe et soviétique.

Frank, tout comme l’écrasante majorité des Occidentaux, ne pouvait lire que des articles de propagande sur l'armée soviétique ou la gloire spatiale du pays, sans parler des articles américains férocement antisoviétiques de l'autre côté. Au milieu des années 1980, Frank s'est lassé de tout cela et a décidé qu'il voulait rencontrer de vrais Russes et leur parler.

Comment l'Union soviétique a accueilli un Américain

Lorsque Gorbatchev est arrivé au pouvoir en mars 1985, la Perestroïka a permis une légère ouverture du rideau de fer. Dans cette nouvelle ère d'ouverture et de transparence en URSS, une curiosité mutuelle s'est développée entre Américains et Russes ordinaires ; d'abord, il y a eu des ponts télévisés entre les superpuissances, puis une chance de visiter le pays est apparue.

Le KGB, cependant, veillait au grain. À l’automne 1985, lorsque Frank organisa un voyage en URSS, il n’avait pas beaucoup de liberté pour aller où il le souhaitait seul. L'agence de voyage officielle Intourist s'occupait avec diligence des étrangers qui venaient dans le pays… et se préoccupait un peu trop de ce qu’ils devaient voir ou ne pas voir.

Afin de franchir une nouvelle couche de la matriochka russe, Frank a postulé pour un programme d'enseignants en échange américano-soviétique et s'est rendu à Leningrad à l'automne 1986, pas en tant que touriste cette fois. Il a alors enfin eu la chance unique de rencontrer de vrais Russes.

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Frank était désireux d'établir de bonnes relations avec les Russes, de les écouter et d'essayer de comprendre – « non pas juger mais apprendre, non pas leur amener l'Amérique, mais être un Américain à leurs côtés », écrit-il dans son livre.

Qu'est-ce que Frank a découvert sur les Russes?

Lorsque Frank s'est promené seul dans Leningrad pour la première fois, il s'est senti menacé lorsqu'il s'est rendu compte que deux gars le surveillaient. Il sentait qu'il pouvait avoir des ennuis, et on l’avait averti de ne pas changer d'argent dans les rues. Il avait également peur de se faire dérober son portefeuille. Les gars, qui semblaient être des marchands à la sauvette, lui ont demandé s'il avait besoin d'acheter quelque chose d'authentiquement « soviétique », différent de ce que les boutiques officielles pour étrangers avaient à proposer.

L'esprit d'aventurier qui sommeillait à l'intérieur de Frank l'a poussé à passer à travers une nouvelle couche de matriochka et à communiquer avec ces gars. Il a dit qu'il avait besoin de retrouver deux connaissances de l'université. Et là, surprise : sur près de cinq millions de personnes vivant dans cette ville, ils connaissaient les filles. Ils ont invité Frank à dîner avec eux. Quoique nerveux, il les a suivis - et cela a réussi. Ses nouveaux amis l'ont non seulement aidé à retrouver les personnes en question, mais ils se sont également bien amusés et se sont raconté leur vie.

Ces amis russes voulaient « sortir de l'omniprésence du système communiste et pouvoir avoir des choix dans leur vie. Et ils voulaient être écoutés », écrit Frank.

En tant qu'enseignant, il a constaté les énormes différences entre l'attitude des enseignants soviétiques et américains à l'égard des élèves. Les enseignants soviétiques exprimaient un intérêt personnel profond et estimaient qu’ils devaient jouer le rôle de « mères », en défendant les élèves face à la société et en les aidant à entrer dans la vie adulte.

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En même temps, Frank a été impressionné par les étudiants qui ont inventé des dizaines de façons de créer des « pompes » pour tricher aux examens et les transmettre à leurs camarades de classe ; ils estimaient qu'il était plus important d'aider ses amis à réussir un test que de réussir mieux que les autres.

Finalement, ce que Frank a découvert sur les Russes était à la fois assez paradoxal et très fidèle à la réalité : « Les Russes sont gentils, combatifs ; généreux, imprévisibles ; pleins d'espoir, déprimés ; aimants, craintifs ; honnêtes, trompeurs ; ouverts, secrets ».  

Frank était étonné que, dans la sphère publique, les Russes fassent l’éloge des autorités, tandis que dans leur vie privée, dans l’intimité de leurs appartements, « les gens vivaient, loin du tapage soviétique, leur morne vie quotidienne ».

Comment l'URSS a-t-elle vu le jour ? Trouvez la réponse dans cette publication.

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