Pourquoi faut-il regarder la série Catherine la Grande sur HBO?

Philip Martin/HBO, 2019
Ce film «ressuscite» l'image de Catherine la Grande dans l’esprit des spectateurs. Et malgré quelques simplifications, la série HBO réussit à remplir sa tâche principale: fasciner le téléspectateur.

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« Je suis une patriote russe, mais avec une tête allemande », explique dans le troisième épisode Helen Mirren, qui incarne l'impératrice Catherine. Et ces mots pourraient bien appartenir à Ekaterina Alexeïevna elle-même, ou plutôt à Sofia Anhalt-Zerbst (son nom d’origine).

Contrairement aux personnages « en carton » des Derniers tsars de Netflix, une autre série sur l’histoire russe parue en 2019, les héros de Catherine la Grande suscitent réellement une identification chez le spectateur. Les trois rôles principaux du film - Catherine, Grigori Potemkine et Tsarévitch Pavel Petrovitch (futur Paul Ier) - sont écrits et joués avec zèle et sentiment. Les acteurs et les scénaristes ont vraiment mis le paquet.

La tsarine et le « semi-tsar »

Helen Mirren n'a pas besoin d’être présentée. Elle parvient à incarner l’impératrice avec brio, et ce malgré une ressemblance physique très limitée avec Catherine. Bien sûr, pour faire un personnage de 40 ans à partir d’une dame de 74 ans, maquilleurs, costumiers et éclairagistes ont dû se mettre en quatre. Mais jouer une femme détenant un tel pouvoir et une telle autorité ne pouvait être confié qu’à une actrice de la trempe de Mirren. Quand elle dit : « J'ai un pouvoir absolu entre mes mains », impossible de ne pas la croire. Bien sûr, dans un certain nombre d’épisodes, l’impératrice redoutable et impitoyable à bien des égards ne se comporterait pas de manière aussi sentimentale que ne le montre la série. Cependant, les plaisanteries caustiques et parfois grossières, la passion et l'impulsivité, ainsi que le désir débridé de Catherine de régner et de vaincre - tout cela est parfaitement transmis par Mirren.

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De plus, dans le film, nous voyons enfin qu'être un empereur russe est loin d’être une partie de plaisir. Dans chaque série, Catherine travaille à son bureau, souvent la nuit. Elle préside des réunions au sommet, a une influence décisive dans les intrigues de palais, organise le mariage de son fils, etc. Bien entendu, il est difficile de montrer toute la diversité des préoccupations et des tâches de l’impératrice dans le cadre d’un seul film. Cependant, cela a le mérité d’être évoqué - et l'impératrice ne semble pas être un personnage en carton, comme, par exemple, Nicolas II dans Les Derniers tsars. Quant à ses relations avec ses nombreux favoris, qui ponctuent tout le film, elles ne sont pas aussi exagérées que cela pourrait paraître. Catherine a vraiment eu une vie personnelle orageuse, étroitement liée à sa vie politique. Et l'un des rôles principaux a été joué par le prince Grigori Potemkine-Tavritcheski.

Jason Clarke, 50 ans, qui incarne Potemkine, est un acteur qui cumule plus de 20 ans d'expérience dans le domaine du tournage de séries et de films télévisés. Dans le rôle de prince, il s’avère convaincant - à la fois dans les épisodes où Potemkine est encore jeune et arrogant, que dans l'image du co-souverain tacite de l'Empire, commandant en chef et conquérant de la Crimée.

Grigori Potemkine était un homme noble et courageux – et ce bien que la vie à la cour l'ait corrompu. Potemkine a réellement « choisi » et contrôlé les favoris de l’impératrice - par exemple, Alexandre Dmitriev-Mamonov. Avec une grande précision, le film montre l’annexion sans effusion de sang de la Crimée. Et même si l'épisode correspondant ne tient pas compte de la fin sanglante de la guerre avec la Turquie, les scénaristes ont heureusement échappé à l'adaptation cinématographique du mythe des « villages Potemkine », inexistants. Et encore une fois, comme dans le cas de Catherine elle-même, le prince Potemkine suscite dans le film intérêt et sympathie, et l’on a envie d’en savoir plus sur lui.

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Une assez grande fidélité aux faits

La figure la plus contradictoire de la série - comme peut-être de l’époque elle-même - est le Tsarévitch Pavel Petrovitch. Joseph Quinn, qui interprète de ce rôle, n’est pas aussi expérimenté que ses collègues, mais il parvient tout de même à montrer l’incohérence et l’impulsivité du futur empereur, la tragédie que fut sa vie personnelle et sa dépendance à l’égard de sa mère.

Cependant, Pavel est probablement montré comme une personne moins impressionnante qu'il ne l'était - on ne dit rien de sa brillante éducation et de son talent indéniable d'homme d’État. Il est regrettable que son règne soit qualifié d’échec  à la fin du film. Mais au final, ce film ne parle pas de lui, mais de Catherine - et en ce sens, l’avant-dernière scène, dans laquelle, sur les ordres de Pavel Petrovitch, des honneurs dignes sont rendus à son père décédé, doit être remarquée.

Les décors dans lequel l'action se déroule méritent également notre attention. Bien qu'ils ne soient pas tout à fait exacts sur le plan historique, ce sont des palais d'époque et de style correspondants. Dans certains cas, l'action se déroule directement dans l'authentique palais de Gatchina, dans les ruelles de Peterhof et de Tsarskoïe Selo. Il est dommage que le tournage n’ait pas pu être organisé dans les intérieurs du Palais d'hiver ou du Grand palais de Peterhof, mais ce que nous voyons donne un bon aperçu de l’atmosphère qui régnait à la cour russe dans la seconde moitié du XVIIIe siècle – même si parfois les cérémonies de cour de l'époque sont présentées de façon simpliste.

Qu'est-ce qui manque le plus ?

Peut-être l’envergure. Ou du moins un sentiment de cette dernière. Le spectateur ne comprend pas très bien le sentiment d'horreur suscité chez l'impératrice et ses proches collaborateurs par Emelian Pougatchev. Et le combat contre ce dernier et son armée était beaucoup plus long et sanglant que ne le montre le film.

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Rien n’est dit à propos des activités législatives et de réforme de Catherine – et c’est regrettable, car la passion de l’impératrice pour les arts et son amour de la science auraient pu avantageusement nuancer son image. Les festivités à la cour sont également montrées de façon schématique - à l'occasion de la fin de la campagne de 1768-1774 ou pour la prise d'Otchakov ; mais ces problèmes sont probablement liés au budget du film.

L’objectif principal d’un produit cinématographique populaire n’est pas uniquement de raconter des événements historiques, mais de transmettre au spectateur l’image d’une époque et les impressions la concernant. Catherine la Grande s’acquitte bien de cette tâche. L’excellent travail des acteurs et des lieux de tournage bien choisis devraient être portés au crédit de la série. Si, grâce à tout cela, les téléspectateurs veulent en savoir plus sur le règne de cette femme exceptionnelle, la série, en plus du plaisir esthétique qu’elle procure, aura également été utile.

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