Un politologue russe lâche tout pour devenir éleveur de rennes

Un élevage de rennes dans l’Altaï.

Un élevage de rennes dans l’Altaï.

Alexandr Kryazhev / RIA Novosti
Le politologue et activiste de l’Université d’État de Moscou (MGU) Nikolaï Kouvikine rêvait d’organiser un sommet de la jeunesse à Novossibirsk, mais a été déçu par l’activité militante. Il a ouvert un élevage de rennes dans l’Altaï et vend aujourd’hui des compléments alimentaires pour les amateurs de triathlon.

Nikolaï Kouvikine, jeune homme de 27 ans originaire de Novossibirsk, se rend régulièrement dans les montagnes de l’Altaï, où chacune de ses journées commence par un tour du prioritaire à cheval des 1,5 hectares du domaine familial – il doit surveiller un troupeau de 500 rennes.

Nikolaï Kouvikine. Crédit : Archives personnellesNikolaï Kouvikine. Crédit : Archives personnelles

Il y a quelques années, Nikolaï bâtissait une carrière politique à Moscou et passait ses étés sur le lac Seliger (région de Tver). Diplômé de l’Université d’État des télécommunications et d’informatique de Sibérie, il s’est inscrit en master à l’Université d’État de Moscou (faculté de sciences politiques) et s’est lancé dans la promotion de l’idée d’organiser une version pour les jeunes du Sommet de l’APEC à Novossibirsk.

L’idée a été bien accueillie, mais en est restée là. Nikolaï s’est lancé alors dans le développement de l’ONG Société panrusse des jeunes entrepreneurs, sans en être un lui-même. « Je suis un simple gars de Sibérie qui s’est retrouvé au MGU, a regardé autour de lui et a compris qu’en politique, les résultats d’une activité tendent vers zéro », explique Kouvikine. Il a alors décidé de se consacrer à quelque chose de plus concret.

Le marché des bois

L’Altaï compte actuellement près de 200 élevages de rennes. Au cœur de leur activité commerciale, la vente des bois des rennes de l’Altaï pour l’export. Ils sont utilisés à l’état pur ou dans la préparation de compléments alimentaires : les marques étrangères Deer Antler et Antler Farms et les marques russes Pantolex et Pantoproject sont parmi les plus célèbres.

Processus de séchage dans une ferme de la république de l'Altaï. Alexandre Kryajev / RIA NovostiProcessus de séchage dans une ferme de la république de l'Altaï. Alexandre Kryajev / RIA Novosti

Le sang des rennes est également utilisé : il est vendu sous forme concentrée et utilisé pour les bains de bois de rennes. La Nouvelle-Zélande contrôle 40% du marché mondial de produits à base de rennes (plus de 2 000 fermes et 1 million de rennes), mais l’Altaï russe figure lui aussi dans le peloton de tête des producteurs. Les principaux acheteurs sont les commerçants chinois et sud-coréens, ces ingrédients étant très prisés dans la médecine traditionnelle.

Bois et sabots

C’est le père de Nikolaï, Sergueï Kouvikine, qui lui a donné l’idée de se lancer dans l’élevage de rennes de race : il voulait acheter un élevage de rennes depuis longtemps.

Nikolaï Kouvikine n’a pas été immédiatement séduit par l’idée de son père : « Au début, j’avais des doutes, puis j’ai compris que je ne trouverais pas de meilleur partenaire que mon père ». Il a fallu près de 430 000 euros pour racheter 300 rennes et 1 500 ha de terrain avec plusieurs bâtiments à la ferme collective Sibir en faillite en 2013.

L’Altaï compte actuellement près de 200 élevages de rennes. Crédit : Alexandr Kryazhev / RIA NovostiL’Altaï compte actuellement près de 200 élevages de rennes. Crédit : Alexandre Kryajev / RIA Novosti

La ferme était alors confrontée à deux principaux problèmes : l’alcoolisme des employés et les ours affamés. Le premier problème a été plus ou moins réglé. Le deuxième reste toujours d’actualité. Les entrepreneurs ont rénové les clôtures de la ferme, mais les ours parviennent tout de même à pénétrer sur le territoire et mangent jusqu’à 40 rennes tous les ans.

Pendant que le père luttait contre les ours, le fils s’est consacré au marketing. Durant l’hiver 2014, les Kouvikine ont créé leur propre boutique en ligne pour constituer une base de clients au détail et réduire leur dépendance vis-à-vis des grossistes. Nikolaï a décidé que plutôt qu’exporter, il était plus profitable d’organiser la commercialisation à l’intérieur du pays : selon ses calculs, la marge d’une telle activité était 30% plus importante.

La ferme des Kouvikine ne produit pratiquement pas de déchets : les carcasses des rennes abattus sont vendues aux restaurants de Novossibirsk, les bois sont transformés en poudre, alors que le sang, prélevé une fois par an, est utilisé pour la préparation d’hématogène de renne et de concentré pour les bains.

La ferme tire environ 100 000 euros de la vente de bois et de sang concentré en gros : ces produits sont achetés par des fabricants de compléments alimentaires, produits cosmétiques et alcool, des spas et des détaillants qui les vendent sous leur propre marque. La boutique en ligne rapporte 28 000 euros de revenus par an.

La vente de rennes vivants apporte 14 000 euros supplémentaire : un renne mal coûte 1 070 euros, une femelle – 930 euros, alors que 70 petits rennes naissent chaque année à la ferme. Cet été, des cabanons de vacances ont été installés sur le territoire de la ferme : la famille envisage de développer l’écotourisme, mais, pour le moment, elle n’a accueilli que des amis et des proches. Les revenus cumulés de la compagnie s’élèvent à 143 000 euros, dont 43 000 euros de bénéfices, explique Kouvikine.

Les bois pour les triathlètes

Irondeer. Crédit : Archives personnellesIrondeer. Crédit : Archives personnelles

Fin 2014, avec la chute brutale du rouble, Nikolaï a constaté que les prix dans les magasins de nutrition sportive s’étaient envolés, alors que certains articles ont complètement disparu des étalages. Cela lui a donné l’idée d’utiliser les bois pour la production de compléments alimentaires pour les sportifs.

Il a découvert que sept marques sportives fabriquant des produits à base de bois de rennes existaient aux Etats-Unis, alors que personne ne fabriquait de nutrition sportive à base de bois en Russie. Début 2015, Kouvikine a déposé la marque commerciale Irondeer.

Actuellement, Irondeer est commercialisé dans 20 boutiques à Moscou, Saint-Pétersbourg, Tcheliabinsk, Arkhangelsk et Voronej. Kouvikine cherche des partenaires dans les salons spécialisés et lors de compétitions sportives.

Actuellement, l’entrepreneur travaille sur la réduction du prix de revient. Une petite boîte de 30 capsules de préparation à base de sang de rennes coûte 11 euros au détail (prix de gros – 5,5 euros). En 2016, le volume des ventes d’Irondeer s’élèvera à 21 400 euros, selon les estimations préliminaires. C’est beaucoup moins que les produits traditionnels à base de bois de rennes, mais la marge est 50% plus élevée que pour les produits semi-finis.

Source : RBC

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