Boissons alcoolisées : la crise change la donne

Vodka is catching up with whiskey on the global market largely thanks to its Western rather than Russian manufacturers. Source: ITAR-TASS

Vodka is catching up with whiskey on the global market largely thanks to its Western rather than Russian manufacturers. Source: ITAR-TASS

Sur fond de crise, les Russes boivent moins de vodka et de spiritueux, leur préférant le vin et la bière. Les ventes au détail de boissons alcoolisées affichent un recul prononcé. Au cours des huit premiers mois de l’année, la baisse a constitué 5,7% par rapport à la même période de 2015, affirment les experts de l’Académie présidentielle russe de l’économie nationale et de l’administration publique. Car si les Russes limitent les achats de produits alimentaires et de services, ils réduisent en outre la consommation de boissons alcoolisées.

 Les ventes de boissons alcoolisées en Russie sont en chute libre. Crédit : TASS Les ventes de boissons alcoolisées en Russie sont en chute libre. Crédit : TASS

Vodka et bière

« Les ventes au détail de boissons alcoolisées à la population ont sensiblement diminué au cours des deux dernières années. De janvier à août 2016, les ventes ont baissé de 10,6% par rapport à la même période de 2014 », selon les résultats d’une étude. Les décrochages des ventes au détail les plus marqués ont été enregistrées en janvier et avril derniers.

De janvier à août 2016, 42% des ventes étaient occupées par la vodka, les liqueurs et les brandys (4% pour ces derniers).nnLa bière et les boissons à base de bière (3% pour ces dernières) constituent 44%-45% de toutes les ventes de boissons alcoolisées.nn12%-13% reviennent aux produits œnologiques dont 2,3% aux mousseux et 6% au vin.nnLes boissons à faible teneur en alcool (moins de 9%) et autres (cidre, poiré et hydromel) ne représentent que 1% de boissons alcoolisées achetées par la population, indiquent les experts.n

« Les ventes de vodka ont chuté de manière catastrophique. De janvier à août 2016, elles ont baissé de 13,4% par rapport aux huit premiers mois de 2014. La plus grande réduction a été remarquée l’année dernière, quand les ventes de vodka ont diminué de 12,6% par rapport à 2014 », a indiqué Alexandra Bourdiak, de l’Académie présidentielle russe de l’économie nationale et de l’administration publique, qui a participé à l’étude.

A la différence de la vodka, des liqueurs, de la bière et des boissons à base de bière dont les ventes ont considérablement diminué, la situation est autre pour les vins secs et mousseux : si au second semestre de 2015 le segment des vins a suivi la tendance des autres produits alcoolisés, au mois de décembre la tendance a commencé à afficher un mouvement ascendant.

Selon les experts, les amateurs de vins et de mousseux ont d’abord « fini » leurs réserves avant de recommencer à acheter quand ils ont constaté que le rouble restait faible et que les prix des boissons importées ne descendaient pas.

Nouvelle génération de consommateurs

Toujours d’après Alexandra Bourdiak, la tendance à la réduction de la consommation de vodka et d’autres spiritueux se manifeste depuis 2013. Le pic de consommation de spiritueux a été enregistré en 2007. Depuis, la tendance est à la baisse.

« La génération qui préférait la vodka s’en va. Les goûts des Russes qui sont nés en 1985 et plus tard se sont formés sous l’influence des tendances occidentales, avant tout européennes, et ils préfèrent le vin, la bière et d’autres boissons faiblement alcoolisées », a souligné Alexandra Bourdiak.

Vadim Drobiz, directeur du Centre d’études des marchés national et régionaux d’alcool (TSIFFRA), est du même avis. « Le marché de la consommation de produits alcoolisés, avant tout de la bière, accueille actuellement des jeunes de 18 à 25 ans qui ont leurs préférences », a-t-il indiqué.

Une baisse en trompe l’œil ?

Toujours selon Vadim Drobiz, il n’est pas exact de parler de réduction de la consommation de boissons alcoolisées en Russie. Environ 90% des consommateurs ont entre 18 et 55 ans. Et ceux-là n’ont pas réduit leur consommation.

« Suite à la crise, les principaux consommateurs de boissons alcoolisées ont pu se tourner vers des produits moins onéreux. Toutefois, peu nombreux sont ceux qui sont capables de faire des économies sur l’alcool », a-t-il fait remarquer.

Les statistiques de la consommation d’alcool changent uniquement parce que la Russie compte un important pourcentage de produits illégaux (d’assez bonne qualité, mais fabriqués illégalement) et d’alcool frelaté.

En effet, ces produits peuvent constituer la moitié des quantités consommées surtout dans le segment des spiritueux (vodka, brandy, whiskey), a poursuivi Vadim Drobiz. Il ne faut pas non plus oublier que les consommateurs russes considèrent les spiritueux comme un antidépresseur, a-t-il précisé.

Ainsi, la baisse du niveau de vie observée aujourd’hui chez les Russes risque de déboucher sur une augmentation de la consommation d’alcool. « Toutefois, pour l’instant ce n’est visiblement pas le cas », résument les experts en affichant toutefois une grande prudence.

Le texte est publié en version abrégée. Le texte intégral en russe est disponible sur le site de Gazeta.ru.

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