Comment Raspoutine a conquis le cinéma mondial

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Vodka, chansons, restaurants et une multitude de films : le nom du favori de Nicolas II est exploité à travers le monde entier depuis sa mort

Relations intimes avec les membres de la famille royale, orgies folles avec les aristocrates, immense influence sur le tsar Nicolas II en personne et, enfin, mort de la dynastie des Romanov : le « vieillard » légendaire Grigori Raspoutine fit l’objet des rumeurs les plus incroyables.

Aujourd’hui, il passerait sans doute pour un simple psychothérapeute ou hypnotiseur. Pourtant, la notoriété qu’il connut de son vivant, bien au-delà des frontières de l’Empire russe, en fit un véritable héros de la culture populaire. Son nom se vend bien à ce jour.

Les États-Unis, le Canada, l’Australie, la France et l’Espagne comptent de nombreux bars et clubs portant le nom de Raspoutine ; son nom figure sur des bouteilles de vodka et de bière, et même sur un parfum, alors que la célèbre chanson interprétée par Boney M dans les années 1980 tourne toujours sur les radios à travers le monde.

Bien entendu, les cinéastes des différents pays se sont également intéressés à ce personnage truculent. Voici les films les plus mémorables consacrés à Raspoutine.

The Fall of the Romanoffs (1917)

Crédit : Iliodor Picture Corporation / Herbert Brenon Film Studios / First NationalCrédit : Iliodor Picture Corporation / Herbert Brenon Film Studios / First National

Étonnamment, le premier film sur Raspoutine fut tourné juste après sa mort. L’œuvre du réalisateur Herbert The Fall of the Romanoffs (La chute des Romanov) sortit sur les écrans d’Hollywood en 1917, neuf mois après l’assassinat de Raspoutine et deux mois avant la révolution d’octobre et l’exécution de la famille royale.

Dans son film, le réalisateur met en scène la révolution russe et Raspoutine y est présenté comme un moine fou ayant un pouvoir mystérieux sur les esprits. Le film montre les derniers jours des échanges entre Raspoutine et Nicolas II et reproduit les conversations entre le moine et le tsar.

Raspoutine et l’impératrice (1932)

« Qu’est-ce qu’une mère ne ferait pas pour son enfant ? » : cette phrase est au cœur d’un autre film américain, Raspoutine et l’impératrice. L’impératrice cherche un guérisseur pour le tsarévitch Alexis, atteint d’hémophilie.

L’étrange moine Raspoutine est invité chez elle et soulage mystérieusement les souffrances du malade. Raspoutine se permet absolument tout, des banquets aux harems dans la chambre. La famille royale supporte toutes les extravagances de Raspoutine et se montre attentive à chacun de ses conseils, jusqu’à ce qu’elle retrouve sa lucidité et commande l’assassinat du « vieillard ».

Lors de son séjour aux États-Unis, le célèbre couple princier Ioussoupov, accusé de complot contre Raspoutine, poursuivra le studio MGM pour diffamation. La princesse Ioussoupov est indignée par la « scène où Raspoutine la viole ». Le tribunal condamne le studio à verser des dommages et intérêts au couple.

C’est alors que les producteurs cinématographiques prennent l’habitude d’annoncer que les événements et les noms dans leurs films sont fictifs.

Raspoutine, le moine fou (1966)

Crédit : Kinopoisk.ruCrédit : Kinopoisk.ru

La Grande-Bretagne n’est pas en reste avec le film d’horreur Raspoutine, le moine fou. La génération actuelle dira sans doute que le film ne fait pas du tout peur, mais dans les années 1960, c’était un vrai succès, d’autant que Christopher Lee y joue le rôle principal.

La devise du film affirme : « Ladies Man – and Lady Killer » (« Homme à femmes, tueur de femmes »). Dans cette version, Raspoutine est fou et s’amuse à la cour impériale en manipulant les gens, en buvant et mangeant beaucoup et en inventant des intrigues et des ragots. Toutes les femmes sont folles de lui, car il les hypnotise et en fait ce que bon lui semble.

Le film est riche en danses, en musique captivante et en jolies femmes. Pour les critiques, ce film propose l’image la plus vibrante et la plus stéréotypée de Raspoutine.

Raspoutine, l'agonie (1981)

Le film russe signé par Elem Klimov est, selon les critiques, le plus fidèle à l’histoire de tous les films dont nous parlons. Soucieux de proposer un travail documentaire et objectif, Klimov insère de nombreuses chroniques anciennes dans son œuvre.

Dans la Russie prérévolutionnaire, le tsar Nicolas II est faible et digne de pitié – cette image du dernier tsar russe est une véritable découverte pour de nombreux spectateurs. Le tsar chasse passe son temps chasser le gibier, alors que le pouvoir russe est, en réalité, entre les mains de Raspoutine.

Ce dernier est présenté tantôt comme un faible d’esprit frappé d’accès de malaise pendant lesquels il se transforme en prophète, tantôt comme un ivrogne qui sombre dans la débauche, tantôt comme un sage.

Anastasia (1997)

Le retour de Raspoutine à Hollywood se fait par l’animation, grâce à un dessin animé de Disney, sorti en 1997. Il parle de la fille de Nicolas II qui, d’après le film, doit sa mort à un sorcier. Anastasia parvient à échapper à la mort et à recommencer une nouvelle vie, mais dix ans plus tard, le sorcier maléfique Raspoutine sort de sa tombe pour se mettre de nouveau à travers son chemin.

Le film n’est tiré d’aucun fait réel, il a été réalisé suite à l’histoire d’Anna Anderson qui assurait qu’elle était bien Anastasia Romanov, échappée par miracle à l’exécution de la famille royale.

Raspoutine (2011)

Crédit : Artyom Nikitine / RIA NovostiCrédit : Artyom Nikitine / RIA Novosti

Le dernier film sur Raspoutine est une coproduction franco-russe sortie en 2011. Le célèbre acteur français Gérard Depardieu y joue le rôle principal. L’action se déroule à la veille de la révolution russe. La venue du paysan Raspoutine auprès de la famille royale suscite l’indignation de toute la cour, et même du peuple.

Pourtant, Raspoutine fait des miracles et soulage les souffrances du tsarévitch Alexis. C’est ainsi que l’impératrice le qualifie de « sauveur envoyé par les cieux ». Depardieu a souvent raconté qu’il avait toujours rêvé d’incarner le rôle du vieillard fou : « Raspoutine m’habite depuis quinze ans déjà, je devais absolument le relâcher !… »

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